Matthew VanDyke, le rebelle américain

Matthew VanDyke s'est joint à la rébellion libyenne... (Photo Patrick Semansky, AP)

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Matthew VanDyke s'est joint à la rébellion libyenne d'abord pour aider ses amis, dit-il.

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Appuyer la cause des rebelles en Libye et en Syrie est une chose. Acheter un billet d'avion pour aller se battre à leurs côtés en est une autre. C'est ce qu'a fait l'Américain Matthew VanDyke. «Je l'ai fait pour aider mes amis», explique-t-il en entrevue avec La Presse.

Matthew VanDyke est une rareté: un civil américain de 34 ans qui a pris les armes pour faire tomber un tyran.

Son aventure a commencé par un voyage. Après avoir terminé sa maîtrise en études de sécurité à l'Université du Maryland, VanDyke a décidé, en 2007, d'entreprendre un voyage de trois ans en moto dans le nord de l'Afrique, jusqu'en Afghanistan, où il s'est fait battre par les villageois convaincus qu'il était taliban en raison de sa barbe et de sa moto de fabrication soviétique.

Rentré aux États-Unis, l'Américain originaire de Baltimore a reçu des nouvelles d'amis rencontrés en Libye, et a décidé d'aller se battre à leurs côtés. Il a passé près de six mois dans les prisons du régime de Kadhafi, où il a été placé en détention solitaire.

Libéré par d'autres détenus, il s'est joint aux insurgés, pour ensuite se rendre en Syrie. Il y a tourné un court film, Not Anymore: A Story About Revolution, lancé récemment. La Presse l'a joint au téléphone à New York.

Votre parcours donne le tournis... C'est difficile d'imaginer qu'un civil nord-américain puisse décider d'aller risquer sa vie dans un pays lointain, dans un conflit qui ne le touche pas.

Je ne suis pas allé en Libye avec l'intention de prendre les armes. Durant mon voyage, quelques années plus tôt, je m'étais fait des amis en Libye, des gens qui sont plus importants pour moi que bien des amis aux États-Unis. De retour chez moi, je me suis mis à recevoir des messages de mes amis libyens, qui manifestaient pour faire tomber Kadhafi. J'ai décidé d'y aller.

Sur place, j'ai été surpris de voir que mes amis hippies étaient devenus des rebelles armés.

Ces gens n'étaient pas entraînés. Je leur ai demandé de quoi ils avaient besoin, et ils m'ont dit qu'ils manquaient de combattants. J'avais déjà tiré avec un AK-47, et j'étais allé quelques fois dans un champ de tir. J'ai réalisé que j'avais plus d'expérience qu'eux! Ça a commencé comme ça.

Comment s'est déroulée votre expérience de combat?

C'était terrifiant. Ce qui fait peur, c'est le côté aléatoire de la guerre. Pourquoi ce type à 4 m de nous reçoit une balle et meurt, et pas nous? Il n'y a pas de réponse. Il y a aussi de beaux moments. Bien des gens qui ont combattu en Libye ont dit que c'était le «plus beau moment de leur vie». L'esprit de camaraderie est difficile à expliquer.

Vous avez été fait prisonnier par les troupes de Kadhafi, et avez été détenu pendant six mois.

C'était la pire expérience de ma vie. Je ne savais pas s'ils allaient me garder pendant 10 jours ou 10 ans, ou s'ils allaient me tuer ou non. Ils ne me disaient rien. J'entendais jour et nuit les gens se faire torturer dans les autres cellules. Ils exécutaient des gens et balançaient leur corps dans un fossé. Je suis sorti de prison grâce à d'autres détenus, et j'ai rejoint les rebelles. À ce moment-là, l'OTAN menait des bombardements quotidiens. Ça a permis aux rebelles d'avancer, et de renverser le régime.

Comment êtes-vous passé du conflit libyen au conflit syrien?

En Libye, nous parlions souvent d'aider la Syrie, d'exporter la révolution... Quand je suis arrivé en Syrie, j'ai réalisé que l'opposition manquait d'armes. Et aussi que l'opinion publique mondiale ne se souciait pas de ces personnes. J'ai décidé de ne pas me battre, mais de prendre la caméra et de filmer ce que je voyais. C'était d'une violence extrême. Le premier jour, j'ai vu un bébé sans tête. Les gens l'ont quand même amené à l'hôpital, par réflexe. C'était horrible. J'avais un pistolet 9 mm sur moi pour me défendre, mais je n'ai pas eu à l'utiliser.

Vous avez été accusé de porter à la fois la casquette de journaliste et celle de combattant...

Je ne suis pas un journaliste. C'est la presse qui m'a décrit ainsi. Un journaliste se doit d'être impartial. Moi, je prends position. C'est différent.

Dans votre film, on entend les rebelles syriens être cyniques envers l'Occident. Ont-ils l'impression que le monde les a laissé tomber?

Les combattants avaient l'exemple de la Libye en tête. Ils croyaient que l'Ouest allait les aider. Ils réalisent aujourd'hui que cette aide n'arrivera pas. Ça les rend cyniques, oui. La révolution syrienne n'était pas planifiée. C'est arrivé de façon spontanée, en réponse à la barbarie du régime d'Assad. C'est une lutte bien plus difficile qu'ils ne le pensaient. Bien des rebelles m'ont demandé: «Crois-tu que nous avons fait le bon choix?» Aujourd'hui, la destruction est telle qu'ils ne peuvent plus reculer.

Comptez-vous retourner en Syrie?

La dernière fois, le régime Assad a diffusé ma photo à la télé d'État, en disant que j'étais un terroriste libyen. J'aimerais y retourner, mais je vais rester aux États-Unis encore un peu.

L'épopée de Matthew VanDyke

2007-2010 : voyage à moto en Afrique du Nord, jusqu'en Afghanistan.

Février 2011 : VanDyke s'envole pour la Libye, où il prend les armes pour renverser Kadhafi.

Mars 2011 : il est fait prisonnier par les forces de Kadhafi et passe 165 jours en prison.

2012 : séjour avec les rebelles syriens, où il filme les images de Not Anymore: A Story About Revolution.

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