Attaques de drones américains: «Le monde doit cesser d'être silencieux»

Barack Obama a autorisé près de 300 frappes... (Photo : archives AFP)

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Barack Obama a autorisé près de 300 frappes de drones au Pakistan durant les quatre premières années de son administration.

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(Los Angeles) Les attaques de drones américains ont fait au moins 3400 morts en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie centrale depuis 2002. L'administration Obama a affirmé, cette semaine, que ces frappes étaient «légales, éthiques et sages». Or, un nombre grandissant d'experts prend position contre ces assassinats en marge des lois, rapporte notre correspondant.

Les frappes de drones menées par l'administration Obama contreviennent aux droits de l'homme et doivent être dénoncées avec plus de vigueur par les alliés des États-Unis, croit l'une des sommités internationales sur la question.

Mary Ellen O'Connell, titulaire de la chaire de droit international à l'Université Notre Dame et spécialiste des enjeux liés à l'usage de la force, estime que l'administration Obama ne reçoit pas assez de critiques et de pressions de la part des pays occidentaux sur la question de ces assassinats extrajudiciaires.

«Le Canada ne dit rien. L'Allemagne ne dit rien. La Suède ne dit rien. La Norvège, le Chili, la Finlande, l'Autriche... Personne ne dénonce cet usage. Personne n'agit», dit-elle en entrevue avec La Presse.

La question des attaques de drones est revenue au premier plan, cette semaine, quand NBC News a diffusé un mémo secret dans lequel l'administration Obama énonce la logique justifiant l'usage des drones pour tuer des citoyens américains «membres d'Al-Qaïda ou associés» à l'organisation et qui se trouvent en dehors d'une zone de guerre.

Mme O'Connell, dont les travaux sont cités dans le mémo, estime que les justifications données par l'administration Obama ne tiendraient pas devant une cour internationale.

L'arrivée au pouvoir du président Obama, en 2009, laissait présager la fin de l'utilisation des drones. Or, dès sa première semaine à la Maison-Blanche, le nouveau président a autorisé une frappe de drone contre un «combattant ennemi» dans une maison au Pakistan, dans laquelle se trouvait notamment un bébé de 2 ans, qui est mort dans l'explosion.

En septembre 2011, un jeune Américain de Denver, Abdulrahman al-Awlaki, 16 ans, a été tué avec d'autres garçons de son âge, pendant qu'ils cuisinaient autour d'un feu en bordure d'une route au Yémen. Il était le fils d'Anwar al-Awlaki, ex-Américain affilié à Al-Qaïda tué deux semaines plus tôt lors d'une frappe de drone, également au Yémen.

«L'administration Bush a été accusée de fermer les yeux, de permettre la torture. Ça a créé un tollé. Mais lorsque Obama continue et renforce un programme qui a fait 3400 morts depuis 2002, dont des Américains, c'est le calme plat», dit Mme O'Connell.

Barack Obama a autorisé près de 300 frappes de drones au Pakistan durant les quatre premières années de son administration, soit six fois plus que sous l'administration de George W. Bush.

»Extrêmement vague»

En entrevue avec La Presse, Noureen Shah, directrice du Projet pour le contreterrorisme et les droits de la personne à l'Institut des droits de l'homme de l'Université Columbia, à New York, dit avoir été surprise par le langage utilisé dans le mémo concernant l'usage des drones.

«La définition des cibles potentielles est extrêmement vague. Essentiellement, la Maison-Blanche et la CIA disent: Faites-nous confiance. Venant d'Obama, qui s'est présenté comme le candidat antiguerre, c'est préoccupant.»

Mme Shah note que l'administration Obama semble s'être laissé séduire par la simplicité et la flexibilité des drones.

«C'est une méthode attrayante, qui ne demande pas l'envoi de soldats au sol et qui ne coûte pas cher. Seulement, on sait que les attaques des drones tuent des civils innocents et des enfants. Au lieu de réclamer des enquêtes, l'administration Obama choisit de garder les informations pour elle. Ça donne l'impression qu'ils craignent la transparence.»

***

Comment un drone passe à l'attaque en cinq étapes

1. Des pilotes postés dans une base de l'US Air Force, souvent celle de Creech, dans le désert du Nevada, observent durant des semaines des cibles dans des villages en Afghanistan ou au Pakistan, au moyen d'un drone Reaper.

2. Les pilotes en viennent parfois à bien connaître les cibles qu'ils observent. «Je les vois avec leur femme, leurs enfants, aller au travail, etc.», a dit un pilote au New York Times, l'an dernier.

3. Les pilotes reçoivent éventuellement l'ordre de tuer la cible (souvent lorsque ses proches ne sont pas présents).

4. Les drones décollent et atterrissent à des bases locales en Afghanistan et en Arabie saoudite, notamment.

5. L'US Air Force compte 1300 pilotes de drone, postés dans 13 bases aux États-Unis. La CIA a aussi un programme de drones, dont peu de détails sont connus.

Sources: The New York Times, BBC

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