Guantanamo: les avocats veulent voir la prison des accusés

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Aucun de ces avocats n'a jamais pénétré dans l'enceinte du camp 7, le plus secret de Guantanamo.

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Chantal VALERY
Agence France-Presse
Base américaine de Guantanamo

Les avocats des cinq accusés des attentats du 11-Septembre, qui boycottaient mardi les débats d'une audience préliminaire à Guantanamo, ont demandé au juge de voir le lieu d'incarcération secret de leurs clients et d'y passer du temps avec eux.

«Cela serait la meilleure solution pour mieux comprendre leur conditions de détention», a déclaré le commandant Walter Ruiz, avocat du Saoudien Moustapha al-Houssaoui.

«Vous voulez dormir avec votre client?», a ironisé le juge militaire James Pohl, face à l'avocat qui lui demandait de pouvoir passer 48 heures d'affilée dans le camp 7, où sont enfermés au secret les cinq «détenus de grande valeur».

«Quel intérêt de passer deux jours dans l'établissement?», a demandé le juge, en l'absence des cinq hommes qui ont refusé d'assister à l'audience de mardi. Ils encourent la peine de mort pour le meurtre de près de 3000 personnes.

«Cela nous permettrait d'observer exactement comment est leur vie dans ce camp, particulièrement pour une personne qui a été torturée», a expliqué David Nevin, évoquant son client, Khaled Cheikh Mohammed, le cerveau autoproclamé des attentats du 11-Septembre.

Le Pakistanais, communément surnommé KSM --ses initiales en anglais--, a subi avant son transfert à Guantanamo 183 simulations de noyade dans une prison secrète de la CIA, une technique d'interrogatoire renforcée assimilée à de la torture.

En réponse à la défense, le gouvernement a proposé une visite de deux heures. «Nous essayons d'organiser cette visite de la manière la plus sûre possible», a déclaré le procureur Robert McGovern, qui s'est opposé à ce que les accusés soient présents pendant ce tour.

Une proposition que l'avocat Kevin Bogucki a jugé tout à fait «inacceptable». «Ce serait comme le tour "Jungle Cruise" à Disneyland... sans possibilité de descendre du bateau», a lancé le défenseur du Yéménite Ramzi ben al-Chaïba.

«Punition illégale»

«Nous devons ressentir une émotion», a renchéri Jim Harrington, autre avocat de M. al-Chaïba. «48 heures c'est absolument un minimum», a aussi plaidé Cheryl Bormann, qui défend le Yéménite Wallid ben Attach.

Dans l'attente d'une décision du juge, les avocats ont obtenu la publication de documents considérés comme classifiés de la Croix Rouge Internationale, la seule organisation humanitaire à pouvoir pénétrer dans le camp 7.

Aucun de ces avocats n'a jamais pénétré dans l'enceinte du camp 7, le plus secret de Guantanamo que les journalistes non plus n'ont jamais pu voir, même de l'extérieur.

«Il ne s'agit pas de chercher des circonstances atténuantes» en vue de leur condamnation, a encore déclaré le commandant Ruiz, «il y a une autre requête pour cela». Il faisait allusion à leur demande de préserver les prisons secrètes de la CIA où les cinq accusés ont été détenus au préalable.

Pour la défense, ces sites «noirs», dont la localisation reste classifiée, sont des preuves potentielles que les cinq hommes ont été torturés.

Evoquant ces prison, le lieutenant-colonel James Connell, qui défend le Pakistanais Ali Abdoul-Aziz Ali, neveu de KSM, avait expliqué que le débat consisterait à prouver que les accusés ont subi «une punition illégale en détention préventive», interdite par le code de Cour martiale et la Constitution.

Ce même point de droit a récemment permis au soldat américain Bradley Manning, qui encourt la perpétuité pour avoir transmis des dizaines de milliers de documents classifiés au site WikiLeaks, d'obtenir 112 jours de remise de peine, en raison du sévère régime carcéral subi avant son inculpation.

Une partie des débats consacrée lundi à ces prisons secrètes a été censurée, à la grande surprise du juge qui a admis mardi que les trois minutes d'échanges n'auraient pas dû être brouillées.

Le juge a repoussé à la mi-février le débat sensible sur les «sites noirs». Entretemps, il doit décider si les accusés doivent être exclus de certaines portions «classifiées» de leur propre procès.

Une session à huis clos est prévue mercredi, les audiences publiques devant reprendre jeudi matin.

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