«Notre voyage ne sera pas terminé tant que nos frères et soeurs homosexuels ne seront pas traités comme tout le monde par la loi», a lancé le 44e président des États-Unis à la tribune, devenant le premier président à jamais évoquer la cause homosexuelle lors d'une investiture.
Alors que la plus haute juridiction du pays s'apprête à trancher sur la question sensible du mariage homosexuel, Barack Obama a exhorté les Américains à se rappeler de grands lieux historiques de la lutte des droits civiques et mentionné Stonewall, ce bar new-yorkais d'où étaient parties en 1969 des émeutes violemment réprimées de militants de la cause gai.
Le sujet sensible avait été complètement passé sous silence il y a quatre ans, lors de la première investiture du premier président noir des États-Unis. Comme d'ailleurs lors de tous les précédents discours d'investiture. Seul Bill Clinton avait mentionné, après sa première prestation de serment en 1993, le «combat contre la crise mondiale du sida», ce qui avait ému le mouvement homosexuel.
«Le président Barack Obama a fait l'histoire aujourd'hui», s'est félicité Chad Griffin, président de Human Rights Campaign, la principale organisation de défense des homosexuels. «En évoquant pour la toute première fois dans un discours d'investiture les vies des gais et des lesbiennes, le président Obama envoie le message clair aux jeunes homosexuels de la côte du Golfe du Mexique aux Rocheuses, que les dirigeants de ce pays se battront jusqu'à ce que l'égalité devienne la loi dans ce pays».
Le mariage gai fin mars devant la Cour suprême
Barack Obama a prononcé son discours, immédiatement après avoir prêté serment devant le président de la Cour suprême John Roberts, et en présence des huit autres juges de la haute Cour qui, les 26 et 27 mars prochains, examineront la question explosive du mariage gai.
C'est déjà le président qui avait aboli en 2011 la loi imposant aux militaires de taire leur homosexualité (Don't Ask, Don't Tell) et qui s'était ouvertement engagé en faveur du mariage homosexuel, à quelques mois de sa réélection le 6 novembre dernier.
Le président démocrate, réélu pour quatre années, a chargé un poète homosexuel d'origine cubaine, Richard Blanco, d'écrire un poème pour la cérémonie. Celui-ci a cité Martin Luther King et «le +j'ai fait le rêve+ dont nous continuons tous de rêver».
Pour la bénédiction solennelle, il avait finalement choisi le pasteur Luis Leon, qui a appelé à prier «pour les homosexuels et les hétérosexuels».
Dans une fausse note remarquée, le pasteur Louis Giglio avait été initialement choisi, mais avait dû se retirer après avoir provoqué la colère du mouvement homosexuel pour avoir prononcé un sermon homophobe dans les années 1990.
Déjà en 2009, Barack Obama avait offensé la communauté homosexuelle en choisissant le pasteur Rick Warren, opposant déclaré du mariage des couples de même sexe.
«Cette fois, il a soutenu les droits des gais dans des termes non équivoques», a déclaré à l'AFP Felipe Munoz, un militant de la cause homosexuelle de San Francisco. «C'est un signe évident à la Cour suprême pour qu'elle se range du bon côté de l'histoire alors qu'elle s'apprête à examiner la loi sur le mariage».
Les neuf juges de la haute Cour doivent trancher sur cette question sensible dans un pays où le mariage homosexuel est interdit au niveau fédéral mais légal dans neuf États américains sur cinquante ainsi que dans la capitale Washington.
Ils rendront fin juin leur décision historique sur l'interdiction de l'union des couples de même sexe en Californie et sur la constitutionnalité de la loi fédérale sur le mariage, qui prive les homosexuels légalement mariés des mêmes droits que les couples mariés hétérosexuels.