Un banquier new-yorkais mise sur l'éclatement du Soudan

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Mathieu Perreault
La Presse

Un financier new-yorkais vient d'acquérir 400 000 hectares de terres au Soudan. En plus de constituer l'une des plus importantes transactions de ce type depuis la vente de l'Alaska au XIXe siècle, cette transaction fait partie d'une stratégie troublante: la firme Jarch Capital parie que le Soudan, et d'autres pays africains, sont sur le point de se morceler en plusieurs États.

Philippe Heilberg, président de Jarch Capital, s'allie en effet avec la famille Matip, qui contrôle le sud du Soudan par le biais de l'Armée populaire de libération du Soudan. Il estime que le sud formera bientôt un État indépendant et que cette famille jouera un rôle crucial dans l'éventuel gouvernement de ce nouveau pays.

 

«Nous pensons que le sud du Soudan sera bientôt formellement indépendant, et nous voulons être les premiers à y investir, explique M. Heilberg joint à New York. D'autres pays africains, comme le Nigeria ou l'Éthiopie, sont aussi appelés à éclater. Les frontières du continent ont été tracées par les puissances coloniales sans tenir compte de la démographie et des différents groupes culturels et linguistiques. Elles vont inévitablement changer.» La superficie louée par Jarch équivaut à 10 fois l'île de Montréal.

Cet intérêt des banquiers occidentaux pour l'Afrique n'est pas nouveau. Ce qui distingue M. Heilberg de ses prédécesseurs, cependant, c'est qu'il est très transparent dans ses intentions, contrairement aux financiers de l'ombre qui ont longtemps financé les guerres civiles africaines. «Je ne suis pas un saint, je suis là pour faire de l'argent, dit M. Heilberg. Mais je pense que la seule stratégie viable à long terme est de conclure des transactions qui bénéficient aussi à la population locale. Nous ne voulons pas enrichir un dictateur qui brade les ressources naturelles de son pays.»

La transaction - une location à très long terme - dévoilée par le quotidien britannique The Financial Times survient quelques mois après que le gouvernement de la Corée-du-Sud a annoncé la location pour un siècle de 1,3 million d'hectares à Madagascar, en guise de police d'assurance en cas de pénurie de nourriture similaire à la crise alimentaire du printemps dernier. M. Heilberg a lui aussi comme projet de faire de l'agriculture sur son domaine dans le sud du Soudan.

«Le prix des denrées alimentaires est nécessairement en hausse à long terme, dit M. Heilberg, qui a commencé sa carrière dans les minéraux, au sein de plusieurs banques prestigieuses. Il faudra plusieurs années avant que nos investissements en infrastructures, notamment des routes vers l'océan Indien, soient complétés. Nous sommes en Afrique pour y rester, parce que nous croyons en l'avenir du continent.»

Le financier new-yorkais entend notamment profiter de l'aide internationale au développement pour faciliter ses projets. Il est certes bien entouré: le Financial Times indique que le CA de Jarch compte notamment Joseph Wilson, ex-haut diplomate américain qui est plus connu comme le mari de l'espionne Valerie Plame.

 

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