Ebola: FMI et Banque mondiale face à leurs ambiguïtés africaines

La directrice du Fonds monétaire international (FMI), Christine... (PHOTO YUYA SHINO, ARCHIVES REUTERS)

Agrandir

La directrice du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde.

PHOTO YUYA SHINO, ARCHIVES REUTERS

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Virus Ebola

International

Virus Ebola

L'épidémie de fièvre hémorragique Ebola s'est déclarée au début de l'année 2014 en Guinée avant de gagner le Liberia puis la Sierra Leone. Le virus mortel touche de plus en plus de personnes. »

Jeremy TORDJMAN
Agence France-Presse
WASHINGTON

Le président de Guinée a été le premier surpris: face à lui, la patronne du FMI Christine Lagarde vient d'appeler à «augmenter les déficits» pour freiner l'avancée d'Ebola, s'éloignant de l'orthodoxie budgétaire défendue par son institution.

«Le FMI ne dit pas ça très souvent», admet-elle aussitôt. Le président Alpha Condé, dont le pays est durement frappé par l'épidémie, ne peut qu'en convenir: «C'est un vrai changement par rapport à ce qu'on entend d'habitude...»

Cet échange, début octobre à Washington, résume l'évolution autant que les ambiguïtés du FMI et de la Banque mondiale: les deux institutions délient aujourd'hui les cordons de la bourse pour enrayer l'épidémie, mais sont accusées d'avoir affaibli les systèmes de santé publique en Afrique de l'Ouest en imposant de sévères tours de vis budgétaires.

«(La responsabilité du FMI) est une évidence, qu'il faut cependant relativiser, car les dirigeants ont toujours le choix de privilégier tel ou tel poste de dépense... et de moins détourner», affirme à l'AFP le professeur Olivier Bouchaud, spécialiste des maladies infectieuses à l'hôpital Avicenne, près de Paris.

«Mains liées»

L'accusation renvoie plus précisément à la période des «ajustements structurels» mis en place par le FMI dans les années 80-90 qui conditionnaient des prêts à une stricte discipline budgétaire et auraient conduit à des coupes dans les dépenses de santé, notamment en Afrique de l'Ouest.

«Les gouvernements avaient les mains liées par ces accords et n'ont pas eu les ressources nécessaires quand des épidémies ont éclaté», affirme à l'AFP David Stuckler, professeur d'économie politique à Oxford, en Angleterre.

Selon une de ses études couvrant la période 1996-2006, les dépenses de santé ont en moyenne progressé «environ deux fois moins vite» dans les États sous perfusion du FMI que dans les autres pays à revenu comparable.

Institution-phare du développement, la Banque mondiale aurait, elle, défendu des projets «instaurant des frais d'usagers pour la santé» et «diminuant le rôle de l'État», assure à l'AFP Mohga Kamal-Yanni, experte santé à l'organisation Oxfam.

Le résultat serait, selon elle, visible dans les pays frappés par Ebola: «Pas de travailleurs de santé, pas de centres de santé et pas de médicaments».

«Nos systèmes ont été mis à mal par une difficulté à investir dans les secteurs sociaux et particulièrement dans la santé», concède à l'AFP Dédé Ahoéfa Ekoué, ministre de l'Action sociale togolaise, dont le pays coordonne la lutte anti-Ebola dans la région.

La critique n'est pas nouvelle. En 2002, le Prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz accusait le Fonds d'avoir «forcé» la Thaïlande à réduire ses dépenses de santé pendant la crise asiatique de 1997-98, au risque de saper la lutte anti-VIH. Le Fonds avait alors dénoncé des accusations «délétères».

Mais dix ans après, le débat reste ouvert.

«Le monde extérieur prête au FMI et à la Banque mondiale bien plus d'influence qu'ils n'en ont vraiment», rétorque Amanda Glassman, experte au Center for Global Development de Washington.

Selon elle, les conflits ou la mauvaise gouvernance ont davantage pesé dans l'affaissement des dépenses de santé en Afrique sub-saharienne, passées de 6,9% du Produit intérieur brut (PIB) en 2005 à 6,5% en 2012.

Infléchissement ?

Interrogé par l'AFP, le FMI certifie que les choix budgétaires des gouvernements auraient été «plus difficiles» sans son aide et affirme même que les pays pauvres placés sous son assistance ont augmenté leurs dépenses sociales «de 1% de leur PIB en moyenne» sur cinq ans.

Plus généralement, les institutions de Bretton Woods avancent la même ligne de défense: elles auraient infléchi leur politique et feraient preuve de plus de souplesse.

Elles peuvent ainsi se prévaloir d'une vaste mobilisation contre l'épidémie actuelle. La BM a débloqué près d'un milliard de dollars et a plaidé mardi pour la mise en place d'un fonds d'urgence contre les pandémies. Le Fonds a, lui, porté sa contribution à 430 millions de dollars.

«Ajustement structurel? C'était avant mon mandat et je n'ai aucune idée de ce que c'est», avait ironisé Christine Lagarde en avril, interrogée sur un futur plan d'aide au Ghana.

Du côté de la Banque mondiale, l'arrivée en 2012 à sa tête de Jim Yong Kim, médecin spécialisé dans les maladies infectieuses, aurait scellé cette nouvelle orientation.

«Au cours des cinq dernières années, le groupe Banque mondiale a modifié sa stratégie (...) pour aider les pays à renforcer leurs systèmes de santé», affirme à l'AFP une porte-parole de l'institution.

Leurs détracteurs restent toutefois sceptiques. Selon Mme Kamal-Yanni, il reste «parfois difficile» de voir sur le terrain les changements actés dans les «quartiers généraux».

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer