Ebola: la mobilisation commence à payer

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L'Organisation mondiale de la Santé s'est dite certaine de la baisse du nombre de nouveaux cas «dans certaines régions», en particulier au Liberia, pays le plus touché par l'Ebola.

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L'épidémie de fièvre hémorragique Ebola s'est déclarée au début de l'année 2014 en Guinée avant de gagner le Liberia puis la Sierra Leone. Le virus mortel touche de plus en plus de personnes. »

Rod MAC JOHNSON, Nina LARSON
Agence France-Presse
FREETOWN et GENÈVE

La mobilisation internationale contre l'épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest a réduit son retard sur le virus, qui poursuit néanmoins sa propagation, faisant des milliers de morts non comptabilisés dans un bilan déjà lourd, selon les autorités sanitaires.

Au niveau continental, la Confédération africaine de football (CAF) a donné jusqu'à samedi au Maroc, pays organisateur de la Coupe d'Afrique des Nations (CAN) prévue en janvier-février 2015, pour décider s'il renonce finalement à accueillir la compétition, la CAF ayant refusé sa demande de report pour cause d'Ebola.

L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) s'est dite certaine de la baisse du nombre de nouveaux cas «dans certaines régions», en particulier au Liberia, pays le plus touché, mais a reconnu que la transmission restait intense dans l'ouest de la Sierra Leone, comprenant la capitale, Freetown, et dans le sud de la Guinée.

C'est dans cette dernière région que s'est déclarée en décembre 2013 l'épidémie, la plus grave de l'histoire de cette fièvre hémorragique identifiée en 1976 en Afrique centrale: 4960 personnes sont mortes sur 13 268 cas recensés, dans leur immense majorité dans ces trois pays, selon le dernier bilan de l'OMS arrêté au 4 novembre.

«Il y a beaucoup de morts qui manquent dans cette épidémie», a souligné Christopher Dye, directeur de la stratégie de l'OMS, évoquant la persistance de pratiques funéraires clandestines à risques, avec lavage et toucher des corps.

Le virus se transmet par contact direct avec les fluides corporels, provoquant une fièvre qui se manifeste par des hémorragies, des vomissements et des diarrhées.

Le président sierra-léonais Ernest Bai Koroma a tancé mercredi les responsables locaux de la région rurale de l'ouest du pays, les sommant de mettre fin aux rites mortuaires impliquant le moindre contact avec les corps.

«Vous devez arrêter l'hypocrisie dans la lutte contre Ebola», leur a-t-il lancé, rappelant que l'état d'urgence était en vigueur.

En vertu des pouvoirs conférés par l'état d'urgence, M. Koroma a fait arrêter mardi l'animateur d'une émission de radio qui avait donné la parole à un responsable de l'opposition critiquant la gestion de la lutte contre Ebola dans le pays.

L'Ordre des avocats a demandé à la police de rendre publiques les raisons de l'arrestation et les éventuelles charges retenues contre David Tam Baryoh, toujours détenu vendredi, malgré les protestations d'organisations des droits de l'Homme.

Un porte-parole du gouvernement, Ajibu Jalloh, a qualifié les propos tenus le 1er novembre sur la radio privée Citizen FM d»'irresponsables», affirmant qu'ils «nuisaient aux efforts du gouvernement pour mettre fin à la crise d'Ebola».

Risque d'expansion mondiale en baisse 

Au terme d'une visite de trois jours en Sierra Leone, la directrice exécutive du Programme alimentaire mondial (PAM), Ertharin Cousin, a salué jeudi des avancées, appelant à la «vigilance» et la mobilisation internationales pour les préserver car «avec cette maladie, les progrès peuvent être éphémères».

Au Liberia, qui compte pour plus de la moitié des cas et des morts, la stabilisation semblait se confirmer, après un afflux de matériel et de personnel, notamment le déploiement de plus d'un millier de militaires américains, dont les effectifs pourraient atteindre à terme près de 4000 pour la région.

La présidente libérienne Ellen Johnson Sirleaf a inauguré mercredi avec l'ambassadrice des États-Unis un hôpital de 25 lits pour les soignants, particulièrement touchés (546 contaminés, 310 morts), construit par les armées des deux pays près de l'aéroport international.

Le chef de la Mission des Nations unies pour coordonner la lutte contre Ebola (UNMEER, basée au Ghana), Anthony Banbury, a indiqué ne pas encore disposer des moyens d'enrayer la propagation, soulignant qu'il restait «des gens, des villages, des villes et des zones qui ne reçoivent aucun type d'aide pour le moment».

L'ONU a annoncé cette semaine avoir reçu 572 des 988 millions de dollars (près de 459 des 792 millions d'euros) qu'elle a réclamés pour arrêter Ebola.

Le président américain Barack Obama a demandé au Congrès plus de 6 milliards de dollars (plus de 4,8 milliards d'euros) de fonds d'urgence pour la lutte en Afrique et pour gérer le risque aux États-Unis, où l'état de santé d'un médecin de retour de mission en Guinée s'améliorait.

Le Japon a annoncé vendredi pour sa part qu'il allait porter de 40 millions à 140 millions de dollars (de plus de 32 millions à plus de 80 millions d'euros) son aide à la lutte contre l'épidémie.

Dans le monde, la psychose créée par le virus, qui avait atteint son paroxysme après les premiers cas de contamination hors d'Afrique - une aide-soignante en Espagne, sortie cette semaine de l'hôpital, et deux autres aux États-Unis, toutes trois guéries - a reflué, sans pour autant disparaître.

L'OMS a ainsi demandé au Canada et à l'Australie de justifier leurs décisions la semaine dernière de suspendre l'immigration en provenance des pays africains touchés, réaffirmant que la fermeture des frontières était contre-productive dans la lutte contre l'épidémie.

Progrès pour empêcher la transmission du virus dans les obsèques

La transmission du virus Ebola lors des inhumations a diminué grâce à des procédures strictes pour les obsèques, a affirmé vendredi l'OMS.

Un nouveau protocole sur des «inhumations dignes et sans risques» a été mis au point avec différents groupes religieux pour réduire la transmission tout en respectant les cultures locales.

Près de 60% des nouvelles infections avaient lieu en Afrique de l'Ouest lors des enterrements au mois d'août: ce pourcentage est tombé à environ 20%, a indiqué à la presse le Dr Pierre Formenty, chef d'équipe pour les maladies émergentes à l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Il a précisé que de 60% à 80% des inhumations se déroulent désormais de manière sûre, un pourcentage qui varie beaucoup selon les régions. Dans l'ouest de la Sierra Leone, par exemple, ce pourcentage n'est que de 50%, alors que 80% des enterrements sont considérés comme sûrs dans la partie orientale du pays.

Le Dr Formenty a estimé que l'objectif fixé pour le 1er décembre de 70% d'enterrements sûrs devrait être atteint, compte tenu aussi du fait que l'épidémie ne progresse plus de manière exponentielle. Le nombre de cas enregistrés chaque semaine a commencé à plafonner.

Le nouveau protocole a été discuté avec le Conseil oecuménique des Églises (COE), Islamic Relief, Caritas, World Vision et l'Église catholique pour tenir compte des croyances des familles touchées par l'Ebola. Pour les musulmans pas question de laver le corps mais l'option de l'ablution sèche est proposée.

«Le dialogue avec les familles est essentiel», a affirmé Panu Saaristo, coordinateur pour les questions d'urgence sanitaires à la Fédération internationale des sociétés de Croix-Rouge. Dans la grande majorité des cas, ce sont les volontaires de la Croix-Rouge qui sont chargés d'inhumer les corps.

Ceux-ci restent très contagieux pendant au moins deux à trois jours après le décès. Les habitants avaient l'habitude de les laver, de rester avec eux et de les toucher, alors que les funérailles regroupent dans la région plusieurs dizaines de personnes, ce qui a accéléré la transmission du virus depuis le début de l'épidémie il y a huit mois.

Le responsable de la Croix-Rouge a souligné que la communauté internationale doit continuer à se mobiliser pour fournir les équipements protecteurs et le personnel. Plus de 500 équipes d'inhumation entraînées (composées d'au moins six personnes) sont nécessaires dans les trois pays.

«Des inhumations dignes et sans risque ne sont qu'une partie de la solution», a souligné Panu Saaristo. «Il faut que les personnes malades soient isolées le plus rapidement possible pour stopper la transmission et aussi accroître le nombre de lits dans les centres de traitement», a-t-il expliqué.

Des 4700 lits considérés comme nécessaires en Guinée, au Libéria et au Sierra Leone, seulement 22% sont opérationnels, selon le dernier rapport de situation de l'OMS. L'épidémie a fait 4.960 morts pour 13 268 cas, selon son dernier bilan.

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