Occasion de rapprochement entre Cuba et les États-Unis

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Après un premier contingent de 165 professionnels de la santé dépêchés au début du mois en Sierra Leone pour combattre l'épidémie de fièvre Ebola, Cuba envisage d'en envoyer 300 de plus prochainement.

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L'épidémie de fièvre hémorragique Ebola s'est déclarée au début de l'année 2014 en Guinée avant de gagner le Liberia puis la Sierra Leone. Le virus mortel touche de plus en plus de personnes. »

(New York) Est-il possible que les historiens puissent un jour retracer le début d'un rapprochement entre les États-Unis et Cuba à l'épidémie d'Ebola qui frappe l'Afrique de l'Ouest?

La crise humanitaire a déjà donné lieu de part et d'autre à des déclarations qui tranchent avec les relations exécrables que les deux pays entretiennent depuis un demi-siècle. John Kerry a donné le ton le 17 octobre en remerciant Cuba pour son aide dans la lutte internationale contre la fièvre hémorragique.

«Nous voyons déjà des nations petites et grandes accélérant de manière impressionnante leurs contributions sur la ligne de front», a déclaré le secrétaire d'État américain devant le corps diplomatique étranger de Washington. «Cuba, un pays d'à peine 11 millions d'habitants, a dépêché 165 professionnels de la santé et prévoit d'en envoyer près de 300 de plus.»

Dans un article publié le lendemain et intitulé «L'heure du devoir», l'ex-président cubain Fidel Castro, grand pourfendeur des États-Unis devant l'Éternel, a répliqué que son pays «collaborerait avec plaisir avec le personnel américain» pour endiguer l'épidémie d'Ebola.

On est loin des invectives et des reproches habituels. Mais comment les experts des relations entre les États-Unis et Cuba analysent-ils ces échanges d'amabilité?

«Je n'en fais pas complètement fi», répond Brian Latell, chercheur à l'Université de Miami, mais «il y a un long chemin à parcourir avant que les États-Unis et Cuba se réconcilient».

William LeoGrande, professeur de l'American University à Washington, rappelle de son côté que John Kerry n'est pas le premier secrétaire d'État américain à remercier Cuba pour son rôle dans une crise humanitaire. Hillary Clinton l'a fait après le séisme de 2010 en Haïti.

«Et il y avait eu une coopération sur le terrain entre Cuba et les États-Unis», précise le professeur LeoGrande. «Les États-Unis avaient fourni de l'équipement et des approvisionnements aux cliniques cubaines sur le terrain en Haïti.»

Un «moment intéressant»

Cela dit, la coopération actuelle entre les États-Unis et Cuba en Afrique de l'Ouest survient «à un moment intéressant qui pourrait mener à une amélioration de la relation» entre les deux pays, selon l'expert.

«Les étoiles politiques sont bien alignées», ajoute celui qui vient de faire paraître aux États-Unis Back Channel to Cuba, un livre sur les négociations secrètes entre Washington et La Havane depuis la présidence de John Kennedy.

Le professeur LeoGrande fait notamment allusion aux deux dernières années de Barack Obama à la Maison-Blanche, qui lui offriront la chance de réviser la politique américaine à l'égard de Cuba sans craindre de répercussions électorales. Il pense aussi à l'appui donné par Hillary Clinton, candidate démocrate pressentie à l'élection présidentielle de 2016, à un réexamen de l'embargo maintenu contre Cuba depuis 1962, et à l'évolution de l'opinion de la communauté cubaine de Floride sur ce sujet.

Facteurs qui, selon lui, pourraient contribuer à un rapprochement entre les États-Unis et Cuba à l'occasion du sommet des Amériques, qui sera tenu en avril à Panama.

«Le Panama a indiqué son intention d'inviter Cuba, et même si les États-Unis s'opposent à la participation de Cuba, il semble qu'Obama ira au sommet même si Raul Castro y participe, dit le professeur LeoGrande. Ce sera la première fois depuis 1959 que les présidents américain et cubain s'assoiront à la même table. Ils auraient l'occasion de faire plus que de se serrer la main comme ils l'ont fait aux funérailles de [Nelson] Mandela.»

Selon Brian Latell, l'administration Obama pourrait faire plusieurs gestes au cours des deux prochaines années pour réduire la tension entre les États-Unis et Cuba. Le plus important de ces gestes pourrait être le retrait de Cuba de la liste américaine des quatre pays finançant le terrorisme - aux côtés de l'Iran, du Soudan et de la Syrie.

«Si les États-Unis effectuaient ce changement et que Cuba rendait la pareille en libérant Alan Gross, alors les deux pays seraient en bonne voie de nouer de bien meilleures relations», dit le chercheur de l'Université de Miami en faisant référence à un Américain emprisonné à Cuba pour espionnage depuis décembre 2009.

Un rôle international

En attendant, les deux pays peuvent se donner la main pour sauver des vies en Afrique de l'Ouest, ce qui n'est pas rien.

«Cuba a clairement assumé un rôle international de premier plan pour organiser et coordonner le soutien aux pays qui tentent de maîtriser l'épidémie d'Ebola. Et le président Obama a fait de la réponse des États-Unis à l'Ebola une priorité de sa politique étrangère, explique William LeoGrande. Il est donc parfaitement logique que les deux pays veuillent coopérer, d'autant plus que le type d'aide qu'ils offrent est très complémentaire. Les Cubains envoient du personnel médical et les États-Unis construisent des infrastructures.»

Reste à voir quelle suite aura cette coopération.

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