Ebola menace d'infecter les économies africaines, selon des experts

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Des travailleurs de l'UNICEF installent une bannière dans le cadre d'une campagne de sensibilisation sur le virus Ebola, le 2 octobre à Monrovia, au Liberia.

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Virus Ebola
Virus Ebola

L'épidémie de fièvre hémorragique Ebola s'est déclarée au début de l'année 2014 en Guinée avant de gagner le Liberia puis la Sierra Leone. Le virus mortel touche de plus en plus de personnes. »

Patrick FORT
Agence France-Presse
PARIS

Le virus Ebola, qui a déjà tué 3500 personnes et durement touché les économies de la Guinée, du Liberia et de la Sierra Leone, est en train d'infecter les économies d'autres pays du continent africain en menaçant leurs taux de croissance, selon des experts.

«On aurait un peu plus confiance [en l'avenir] si Ebola n'était pas sur notre continent», a confié la présidente de la Commission de l'Union africaine Nkosazana Dlamini Zuma, lors du 14e Forum économique international sur l'Afrique organisé par l'OCDE à Paris.

Le «coup est énorme pour les trois pays qui étaient en situation post conflit avec des institutions fragiles», souligne Carlos Lopes, le secrétaire administratif de la Commission économique pour l'Afrique.

Car comme le souligne, Ayodele Odusola, chef de stratégie et d'analyse au bureau Afrique du Programme des Nations unies pour le développent (PNUD), «cela n'affecte pas que le système de santé, cela touche toute l'économie et le développement».

«Ces trois pays avaient tourné le dos à leurs problèmes de conflit et allaient si bien», regrette Mme Dlamini Zuma.

Ainsi, la Sierra Leone escomptait un taux de croissance en 2014 de 13,8 %, le Liberia de 6,8 % et la Guinée de 4,2 %.

Mme Dlamini-Zuma a souligné que ces pays vont revoir leurs PNB à la baisse en raison de la crise Ebola.

Le gouvernement du Liberia a déjà indiqué que la croissance du pays pourrait être divisée par deux en 2014.

Selon les calculs de la Banque mondiale, le produit intérieur brut cumulé de ces trois pays pourrait être amputé de 359 millions de dollars en 2014 et de 809 millions en 2015 si l'épidémie n'est pas contenue.

Facteur peur 

M. Lopes refuse de parler chiffres, mais convient que les dégâts peuvent être à long terme: il y a le ralentissement de l'activité, mais aussi les baisses des recettes fiscales et douanières, la «déviation de dépenses de l'État» vers la lutte contre Ebola au détriment d'autres secteurs etc.

En paralysant de nombreux domaines comme le tourisme, mais surtout l'agriculture, les transports et les mines (les trois pays ont de grandes ressources), Ebola a fait «dans un effet boule de neige» monter les prix de nombreux produits dans les pays voisins en même temps qu'elle privait de nombreux travailleurs saisonniers de ressources. Le «commerce informel qui est très important aussi dans ces régions» a également pris un coup sévère, selon M. Odusola.

Les pays voisins vont donc aussi subir les effets d'Ebola, mais il y un autre grand danger: le «facteur peur»: les experts craignent que la crise Ebola n'effraie investisseurs et touristes.

«Ces trois pays représentent moins de 1 % de l'économie africaine», mais les autres pays africains seront affectés par la crise en raison des problèmes de «perception» et de «l'étiquetage négatif de l'Afrique», analyse M. Lopes.

«On a moins peur du fait que ces 3 pays aient Ebola» que de la perception du monde qui pense que «toute l'Afrique a Ebola», admet Mme Dlamini Zuma.

Le milliardaire soudanais Mo Ibrahim, qui a fait fortune dans les télécommunications, résume: «Des gens ne vont plus aller au Kenya ou en Afrique du Sud parce qu'il y a Ebola en Afrique alors que Londres ou Lisbonne sont plus près des zones contaminées».

Ebola peut aussi avoir un effet sur les opérateurs économiques qui peuvent craindre une plus grande volatilité de leurs investissements dans des pays africains exposés à de telles crises.

«La perception est quelque chose qui ne reflète pas forcément la réalité, mais elle devient réalité parce que c'est ce que les gens croient», précise M. Lopes.

M. Odusola se projette sur l'avenir: «Cela nous donne une indication sur ce qu'on doit faire à l'avenir: arriver à une bonne gouvernance de nos systèmes de santé». Ebola «a eu un effet négatif pour l'économie, mais je le vois comme quelque chose sur lequel on doit s'appuyer pour l'avenir», souligne-t-il.

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