Passage à tabac, froid glacial: la vie dans les prisons secrètes de l'est de l'Ukraine

La longue détention de Mykola Vakarouk a débuté... (Photo Alexey Filippov, Agence France-Presse)

Agrandir

La longue détention de Mykola Vakarouk a débuté le 9 décembre 2014.

Photo Alexey Filippov, Agence France-Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Ukraine
Ukraine

Consultez notre dossier sur la crise ukrainienne. »

Sergey VOLSKI
Agence France-Presse
OUKRAÏNSK

Des coups à répétition, un froid glacial, l'ablation d'un rein: détenu secrètement pendant près de 600 jours par les forces ukrainiennes, Mykola Vakarouk a vécu un enfer, qu'il raconte dans un entretien à l'AFP.

Le jeune homme, qui porte les cicatrices de son ablation du rein, a été libéré fin juillet, à la suite de pressions exercées par les ONG Amnesty International et Human Rights Watch (HRW), qui ont révélé dans un rapport l'existence de prisons secrètes tenues par les services de sécurité ukrainiens (SBU) dans l'est du pays.

Dans ce rapport publié en juillet, les deux ONG affirmaient également qu'aussi bien les forces ukrainiennes que les séparatistes prorusses se livraient à la torture et n'hésitaient pas à faire disparaître des civils dans l'Est.

La longue détention de Mykola Vakarouk a débuté le 9 décembre 2014. Le jeune homme de 34 ans affirme n'avoir jamais su pourquoi les forces de Kiev l'avaient arrêté dans sa ville d'Oukraïnsk, sous contrôle de l'armée ukrainienne, dans la région de Donetsk.

Assis sur une chaise, la main menottée à un radiateur, «l'interrogatoire a commencé. (...) Deux hommes en civil sont entrés et lui ont dit «Maintenant à chaque mauvaise réponse, tu recevras un coup dans la poitrine»», raconte-t-il.

«Prêt à être fusillé»

«J'étais prêt à être fusillé. On m'a tellement battu. Il n'y avait plus rien à battre», dit-il.

Il explique qu'on l'a alors obligé à reconnaître qu'il «avait participé à des provocations contre les autorités ukrainiennes». Pendant cinq jours, il a été détenu dans des conditions extrêmes.

«Je gelais dans une chambre qui faisait un mètre sur deux. (...) Même l'eau gelait là-bas», décrit-il. «On ne me laissait pas aller aux toilettes. Les toilettes c'était une bouteille de 5 litres», ajoute Mykola.

Il explique que son rein, qui avait reçu de graves coups, a terriblement souffert de ce froid. Lorsqu'on l'a transféré à Kharkiv, où se trouve, selon HRW et Amnesty, une prison secrète tenue par le SBU, il tenait «à peine sur (ses) jambes».

Peu après, en mars 2015, il a dû être hospitalisé dans cette grande ville industrielle proche de l'Est séparatiste prorusse. On l'a alors obligé à se présenter sous une fausse identité, celle d'un habitant de Kharkiv, raconte-t-il.

Son pronostic vital étant engagé, c'est là qu'il a dû subir une ablation du rein.

Il est ensuite resté des mois en détention avant d'être libéré, contre toute attente, le 25 juillet 2016: «On nous a rendu nos papiers et 100 hryvnias (3,5 euros, NDLR)», dit-il.

Le 25 juillet et le 2 août, 13 prisonniers détenus secrètement à Kharkiv par les forces ukrainiennes ont été libérés, affirment Amnesty et HRW, dans un rapport publié fin août.

Cinq personnes encore détenues

Ces libérations interviennent à la suite de la publication de leur précédent rapport dénonçant l'existence de ces prisons secrètes à Kharkiv, Kramatorsk, Izioum et Marioupol, dans l'est de l'Ukraine. Les ONG avaient alors appelé les pays occidentaux soutenant Kiev à faire pression pour mettre fin à ces pratiques.

Les ONG s'inquiétaient aussi du fait que les civils détenus avaient souvent été présentés comme des combattants afin d'être utilisés lors d'échanges de prisonniers de guerre entre les deux camps, ce qui «peut être assimilé à une prise d'otage et donc à un crime de guerre», selon le rapport.

L'ONU avait déjà dénoncé en juillet de possibles «crimes de guerre» commis par les deux camps dans l'est de l'Ukraine, s'inquiétant notamment d'exécutions sommaires de civils.

Selon Amnesty et HRW, au moins cinq personnes restent secrètement détenues dans les prisons ukrainiennes.

«Nous appelons Kiev à prendre des mesures pour assurer (leur) libération» et «pour rendre justice et protéger» ceux qui en désormais besoin, a indiqué John Dalhuisen, directeur d'Amnesty International pour l'Europe et l'Asie centrale.

Selon les deux ONG, avant de libérer les prisonniers, les gardes ukrainiens les ont en effet «menacés de sévères représailles s'ils venaient à parler publiquement» de leur détention secrète.

Malgré ces menaces, Mykola Vakarouk ne veut pas rester dans l'ombre. Il a engagé un avocat et est rentré chez lui, à Oukraïnsk.

«Pourquoi je partirais d'ici?», lance-t-il. «Mes parents sont enterrés ici, mes enfants sont nés ici».

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer