Nadia Savtchenko, symbole de l'Ukraine dressée face à l'«ennemi» russe

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Nadia Savtchenko

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Ania TSOUKANOVA
Agence France-Presse
Kiev

Avec son regard frondeur, ses cheveux courts et son inflexibilité devant les juges russes, la pilote militaire Nadia Savtchenko incarne pour les Ukrainiens une «Jeanne d'Arc», icône dressée face à la Russie, pays «frère» devenu leur pire ennemi.

Cette Ukrainienne aux yeux bleus risque 23 ans de prison au terme d'un procès dont le verdict sera rendu à partir de lundi par le tribunal de Donetsk. Elle est accusée par la justice russe d'avoir fourni à l'armée ukrainienne la position de deux journalistes de la télévision publique russe tués par un tir de mortier dans l'Est séparatiste de l'Ukraine en juin 2014.

Nadia Savtchenko, 34 ans, a toujours rejeté ces accusations et assure avoir été capturée par des rebelles prorusses au moins une heure avant les faits, puis livrée à la Russie.

Son procès controversé lui a apporté une renommée mondiale et le soutien de Kiev, qui la considère comme une prisonnière politique, mais aussi des capitales européennes et de Washington, ainsi que de prix Nobel, notamment l'écrivaine bélarusse Svetlana Alexievitch qui l'a qualifiée de «Jeanne d'Arc ukrainienne» et de «symbole du peuple ukrainien».

Discriminée dans l'armée

Originaire de Kiev, Nadia Savtchenko obtient un diplôme de stylisme, puis étudie brièvement le journalisme avant que sa passion pour le ciel ne la conduise vers l'armée ukrainienne. Pour entrer plus facilement à l'académie de l'armée de l'air, la jeune femme sert plusieurs années dans des unités militaires en Ukraine ainsi que dans le contingent de maintien de la paix en Irak en 2004.

En 2009 Nadia Savtchenko, qui rêve de piloter un avion de chasse, obtient un diplôme de navigateur aérien pour hélicoptère de combat Mi-24.

Quand elle veut devenir parachutiste, le commandant du bataillon lui rétorque qu'il ne recrute pas de femmes avant de lui imposer de courir 15 kilomètres dans la neige avec un sac à dos de 15 kilos, selon un documentaire de 2011 que le ministère de la Défense lui a consacré.

En 2014, elle rejoint le mouvement pro-européen du Maïdan, qui débouche sur la chute en février 2014 du président ukrainien  prorusse Viktor Ianoukovitch.

Quand la guerre éclate dans l'est de l'Ukraine, elle demande à être déployée. Faute de réponse positive, elle part à la guerre sur ses «vacances», dit-elle. Pour certains, elle a simplement déserté pour rejoindre le bataillon Aïdar, une unité controversée, plus tard accusée de crimes de guerre par Amnesty International.

Bras d'honneur à Moscou

Le 17 juin 2014 à Lougansk, l'Ukrainienne dit s'être approchée de l'endroit où des rebelles venaient de frapper des véhicules blindés «pour voir s'il y avait des blessés». Elle affirme avoir été «enlevée» à ce moment-là. L'accusation assure pour sa part qu'elle a été arrêtée plusieurs jours plus tard en Russie, après avoir traversé d'elle-même la frontière.

La défense de Nadia Savtchenko rétorque, preuves à l'appui, qu'elle se trouvait déjà aux mains des rebelles au moment de l'attaque au mortier et ne pouvait pas physiquement fournir la position des journalistes à l'artillerie.

La militaire devient célèbre lorsqu'une vidéo de son interrogatoire, mené par des rebelles, est diffusée sur internet. Elle y explique, menottée, être venue sur la ligne de front pour «défendre l'Ukraine et son intégrité territoriale».

Sa popularité en Ukraine grandit au fur et à mesure de son procès. Elle n'hésite pas à porter un chemisier brodé de motifs ukrainiens et à défier le pouvoir russe, voire Vladimir Poutine personnellement, en qualifiant notamment la Russie de «pays du tiers-monde avec un régime totalitaire et un despote à sa tête».

L'hebdomadaire britannique The Economist consacre une «martyre moderne» tandis que Moscou dénonce son «comportement provocateur» et interdit à des médecins ukrainiens de lui rendre visite.

Au dernier jour de son procès, elle saute sur le banc des accusés et adresse un spectaculaire bras d'honneur à ses juges, avant d'entonner l'hymne ukrainien.

Élue symboliquement députée en Ukraine, elle passe plus de 80 jours en grève de la faim de décembre 2014 à mars 2015. Début mars, elle arrête de se nourrir et de s'hydrater pendant sept jours et prévient Moscou: à vous de choisir si vous voulez me rendre «morte ou vivante»».

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