Sommet de Berlin: dialogue de sourds sur l'Ukraine

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De gauche à droite: le président français François Hollande, la chancelière allemande Angela Merkel et le président ukrainien Petro Porochenko, hier, à Berlin.

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Six mois après la conclusion d'un cessez-le-feu, les armes rugissent toujours dans l'est de l'Ukraine. À l'issue d'une rencontre à Berlin, hier, la chancelière allemande ainsi que les présidents français et ukrainien ont encore une fois appelé Moscou à respecter la trêve. Le point sur six mois d'impasse en quatre éléments.

Le respect de la trêve

«Tout doit être fait pour que le cessez-le-feu devienne réalité», a déclaré Angela Merkel au terme de la rencontre. Or, la trêve a été convenue lors du dernier accord de Minsk, en février, mais les affrontements se poursuivent. «Les accords ne sont pas respectés depuis le début», note Dominique Arel, titulaire de la chaire d'études ukrainiennes de l'Université d'Ottawa. «Essentiellement, le front n'a pas bougé.» Le président ukrainien Petro Porochenko a accusé son homologue russe Vladimir Poutine d'avoir envoyé encore récemment des centaines de chars d'assaut, de véhicules blindés et de systèmes d'artillerie en renfort aux groupes séparatistes de l'Est ukrainien. «C'est clair qu'il y a une intervention militaire, même si la Russie le nie», estime M. Arel. Il doute cependant que la situation s'envenime davantage, estimant que Moscou se livre plutôt à une «guerre d'usure».

«Neutralisation de l'Ukraine»

Outre un cessez-le-feu, l'accord de Minsk prévoyait des élections à la fin de l'année et une décentralisation des pouvoirs, «un peu sur le modèle canadien», explique Dominique Arel, pour qui l'entente est «absolument inapplicable». Des réformes et des élections sont impossibles «si vous n'êtes même pas capable de contrôler les forces de sécurité sur votre territoire», si des milices «se promènent et terrorisent le monde», ajoute-t-il. Cette situation convient à Moscou, qui vise la «neutralisation de l'Ukraine», analyse le professeur. «Entretenir continuellement une guerre comme ça, ça affaiblit le pouvoir central [ukrainien], son économie», dit-il, rappelant l'importance du secteur métallurgique dans l'est de l'Ukraine. Moscou espérerait ainsi retarder le rapprochement entre l'Ukraine et l'Europe.

Le vent peut tourner

Malgré l'impasse qui perdure, l'Europe et les États-Unis n'envisagent toujours pas de fournir de l'armement militaire à Kiev. «La question c'est: «Est-ce que la situation actuelle constitue un danger pour l'Europe?» », dit Dominique Arel. La réponse étant négative, le statu quo est donc, pour l'instant, «la meilleure des solutions du côté occidental». Ce qui pourrait faire tourner le vent, cependant, c'est l'échec de Moscou à susciter un sentiment d'appartenance à la Russie. «La guerre semble avoir eu l'effet inverse», note M. Arel, affirmant que «le sentiment pro-ukrainien a monté en flèche» dans les régions russophones d'Ukraine qui ne sont pas sous le contrôle des séparatistes. La perspective de voir l'Ukraine «coupée en deux», tel qu'évoquée au début de la crise, semble de moins en moins probable. «L'Ukraine devient de plus en plus européenne», ajoute-t-il.

«Un problème humanitaire»

En attendant qu'elle prenne fin, la guerre a des conséquences «considérables sur l'économie ukrainienne», estime Dominique Arel. Elle est même en train de «miner les fondations de l'État». Outre la «destruction partielle ou complète d'entreprises», les affrontements armés ont changé radicalement le visage d'une région dont «au moins le tiers» a pris la fuite. «Qui va reconstruire? demande-t-il. C'est assez clair que la Russie ne veut pas le faire», tandis que la position de Kiev est que «tant qu'il y a un conflit, on n'envoie plus un sou là-bas, donc même les pensions ne sont plus envoyées», souligne-t-il. «C'est un énorme problème, c'est un problème humanitaire.»

- Avec l'Agence France-Presse

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