Kiev: l'ambassade du Canada a servi de refuge à des manifestants

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La place de l'Indépendance, à Kiev, fut le théâtre de nombreux affrontements entres forces pro et anti-Européennes.

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Murray Brewster
La Presse Canadienne
Kiev

Au cours du soulèvement de l'hiver 2014 qui a conduit à la destitution du président ukrainien Viktor Ianoukovitch, l'ambassade du Canada à Kiev a involontairement servi de refuge à des manifestants antigouvernementaux durant plusieurs jours.

Le gouvernement fédéral n'a jamais pleinement reconnu à ce jour la portée et l'étendue de cette brèche de sécurité. Et ce, même si elle a eu d'importantes conséquences sur la manière dont les Canadiens sont perçus dans la région.

La Presse Canadienne a passé plusieurs mois à reconstituer la chaîne d'événements entourant cet extraordinaire incident qui a débuté le 18 février 2014, au plus fort des violentes répressions contre les manifestants ukrainiens pro-Européens.

Plusieurs éléments divergents ont émergé sur l'occupation de l'ambassade canadienne, qui a d'abord été rapportée par un média russe comme une attaque perpétrée par des groupes prorusses.

Selon de multiples sources à Kiev et à Ottawa, tout a commencé quand un manifestant pourchassé par la police anti-émeute a brandi un passeport canadien au service de sécurité de l'ambassade du Canada à Kiev, située tout près de la place de l'Indépendance (Maïdan). Une fois les portes ouvertes, d'autres manifestants armés de bâtons et de pavés se sont pressés à l'intérieur.

L'actuel ambassadeur du Canada à Kiev, Roman Waschuk, a récemment confirmé les faits à La Presse Canadienne au cours d'une entrevue.

M. Waschuk - qui a remplacé l'ambassadeur Troy Lulashnyk en septembre 2014 - a affirmé que des manifestants avaient campé dans le hall principal de l'ambassade durant au moins une semaine, une information qui ni le ministère des Affaires étrangères ni le gouvernement de Stephen Harper n'ont précisé publiquement auparavant.

Selon les informations qui lui ont été transmises, M. Waschuk a pu dire qu'aucun tort n'a été causé, ajoutant que les manifestants auraient «laissé des fleurs en quittant».

Un grand nombre d'améliorations à la sécurité des lieux ont été apportés à la suite de l'incident, mais selon l'ambassadeur Waschuk, l'ouverture des portes était «un geste destiné à réagir et à tendre la main à la population au coeur de la tourmente».

Toutefois, certains alliés européens du Canada - qui ont accepté de fournir des éléments de contexte sans s'exprimer publiquement sur ce sujet délicat - ont estimé que le fait que des manifestants antigouvernementaux soient tolérés durant si longtemps et qu'ils aient pu agir en toute liberté a fait paraître le Canada comme un participant actif du changement de régime, et non seulement comme un soutien moral.

Il s'agit sans aucun doute de la perception qu'en a eu le ministère de l'Intérieur ukrainien, qui supervise les opérations des policiers, de la garde nationale et des services de renseignements.

Deux représentants de ce ministère au fait du dossier, qui ont accepté de rencontrer La Presse Canadienne pourvu que leur identité ne soit pas révélée, ont précisé qu'une enquête criminelle sur les actions des manifestants avait été ouverte, puis discrètement abandonnée après que Viktor Ianoukovitch eut fui vers la Russie.

Les deux officiels ont décrit la violence et le chaos qui régnaient à l'extérieur de l'ambassade. «Il n'y avait pas vraiment d'obstacle pour empêcher (les manifestants) d'entrer, pas vraiment de sécurité, a relaté l'un d'entre eux. Le Canada sympathisait avec les manifestants, à ce moment-là, plus que le gouvernement.»

Le hall de l'ambassade a été utilisé pour soigner les blessés durant la nuit du 18 février 2014, avant qu'ils ne soient transférés à l'hôpital en ambulance malgré les gestes de violence, dont le vol d'une fourgonnette par des manifestants, selon les représentants du ministère de l'Intérieur. Le véhicule a plus tard été retrouvé brûlé, bien qu'Ottawa n'ait jamais reconnu les faits, selon eux.

Le même jour, un porte-parole du ministre des Affaires étrangères d'alors, John Baird, avait admis que des manifestants se trouvaient dans l'aire d'accueil de l'édifice. Selon lui, ils y avaient trouvé «refuge» et étaient «pacifiques et n'avaient causé aucun dommage ou tort au personnel».

Après ce rapport initial, ce fut le silence radio. L'ambassade a été fermée et l'est demeurée durant le soulèvement qui a mené à la fuite du président Ianoukovitch vers la Russie, le 22 février.

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