Ukraine: l'ex-président géorgien Saakachvili nommé gouverneur d'Odessa

Mikheïl Saakachvili, 47 ans, est «un grand ami de... (PHOTO GERARD CERLES, ARCHIVES AFP)

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Mikheïl Saakachvili, 47 ans, est «un grand ami de l'Ukraine».

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

Maria TIMOCHTCHOUK, Olga NEDBAEVA
Agence France-Presse
ODESSA, Kiev

Mikheïl Saakachvili, ex-président géorgien réformateur et ennemi juré de Vladimir Poutine, est devenu samedi gouverneur de la région stratégique ukrainienne d'Odessa pour y préserver la «souveraineté» et lutter contre la corruption, une nomination qui suscite la fureur de la Russie.

Le président ukrainien, Petro Porochenko, a présenté M. Saakachvili, 47 ans, «un grand ami de l'Ukraine» auquel il avait octroyé la veille la citoyenneté ukrainienne, à Odessa devant les responsables régionaux qui l'ont applaudi. Une centaine de manifestants brandissant des drapeaux ukrainiens ont accueilli le nouveau gouverneur devant le siège de l'administration régionale, a constaté une journaliste de l'AFP.

M. Porochenko lui a fixé comme objectif de «préserver la souveraineté, l'intégrité territoriale, l'indépendance et le calme», tout en soulignant que la guerre la plus importante était «celle contre la corruption».

La ville d'Odessa, peuplée d'un million d'habitants et principal port ukrainien, proche de la Transdniestrie, région sécessionniste de Moldavie où sont basées des troupes russes, est convoitée par le président russe, Vladimir Poutine, qui l'avait citée il y a un an comme faisant partie du projet de Novorossia (Nouvelle Russie) qu'il aimerait voir constituée.

Cité russophone, Odessa a réussi à résister aux pulsions séparatistes qui ont conduit dans les régions rebelles de l'est à un conflit armé ayant fait depuis avril 2014 près de 6300 morts, mais la situation y reste très tendue. Plusieurs mystérieuses explosions ayant visé des organisations pro-ukrainiennes y ont retenti ces derniers mois.

Le 2 mai 2014, Odessa fut le théâtre d'une tragédie ayant coûté la vie à 48 personnes, principalement des prorusses, qui ont péri dans un incendie après avoir attaqué et tué des partisans de Kiev.

«Notre but est de dépasser les conflits imposés artificiellement» à l'Ukraine, a déclaré M. Saakachvili dans une claire allusion à la Russie, accusée par Kiev et les Occidentaux de soutenir militairement la rébellion séparatiste dans l'est, ce que Moscou dément.

Bête noire de Poutine 

La Russie a dénoncé avec virulence la nomination de M. Saakachvili.

«Saakachvili accusé de crimes contre le peuple géorgien est nommé gouverneur d'Odessa où les néonazis ont brûlé des gens en toute impunité: c'est un symbole profond de la démocratie à la Kiev observée avec bienveillance par l'Occident», a lancé le délégué aux droits de l'Homme du ministère russe des Affaires étrangères, Konstantin Dolgov.

Mikheïl Saakachvili, président de la Géorgie de 2004 à 2013 arrivé au pouvoir après la «Révolution de la rose», premier d'une série de soulèvements populaires en ex-URSS honnis par le Kremlin, a toujours été très proche des autorités pro-occidentales de l'Ukraine.

Il avait harangué les foules sur le Maïdan à Kiev pendant la «Révolution orange» en 2004 et le mouvement de contestation de 2013-2014 réprimé dans le sang qui avait conduit à la chute du régime prorusse de Viktor Ianoukovitch.

Ce juriste charismatique formé aux États-Unis et en France, qui parle cinq langues dont l'ukrainien, avait chassé du pouvoir Edouard Chevardnadze, ancien ministre des Affaires étrangères de l'Union soviétique.

Bien que M. Saakachvili et son équipe aient mis l'accent sur la lutte contre la corruption - raison pour laquelle plusieurs ex-responsables géorgiens sont entrés dans le gouvernement ukrainien -, il a été accusé par ses détracteurs de dérives autoritaires. Il est poursuivi en Géorgie pour «abus de pouvoir».

Peu après son élection à la présidence, il avait repris le contrôle de la région prorusse géorgienne d'Adjarie et avait fait de son chef-lieu, le port de Batoumi, la vitrine des réformes.

Mais, en 2008, son pays avait perdu face à la Russie une guerre éclair pour le contrôle du territoire séparatiste prorusse d'Ossétie du Sud, dont l'«indépendance» a ensuite été reconnue par Moscou, de même que celle de l'autre république géorgienne prorusse d'Abkhazie.

Signe de la franche haine qu'il lui voue, Vladimir Poutine l'avait menacé pendant la crise géorgienne de le «faire pendre par les couilles».

À Odessa, Mikheïl Saakachvili remplace le milliardaire Igor Palitsa, un proche de l'oligarque controversé Igor Kolomoïski. Ce dernier, nommé l'an dernier gouverneur de la région stratégique de Dnipropetrovsk dans l'est et proche de la ligne du front, avait été démis de ses fonctions en mars après un bras de fer avec l'État ukrainien pour le contrôle de juteux actifs pétroliers.

Cette nomination s'inscrit dans le cadre de la campagne de «dé-oligarquisation de l'Ukraine», prônée par M. Porochenko, lui-même milliardaire et qui n'a toujours pas vendu ses affaires en dépit de ses promesses électorales.

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