Porochenko fait étalage de son autorité à Kiev

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C'est en tenue de camouflage que le président Porochenko a présenté aux médias la livraison de dix véhicules blindés américains, assurant que l'approvisionnement de l'armée en équipements modernes devenait désormais une réalité.

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

Olga NEDBAEVA
Agence France-Presse
Kiev

Au moins trois civils ont été tués mercredi dans l'explosion d'un autobus ayant roulé sur une mine dans l'est de l'Ukraine, en proie à un conflit armé avec les rebelles prorusses, alors qu'à Kiev le président ukrainien Petro Porochenko a limogé un gouverneur d'envergure pour faire taire ceux qui l'accusent de ne rien contrôler.

Selon Ilia Kiva, le directeur adjoint de la police de la région de Donetsk, loyal à Kiev, l'autobus qui transportait des civils a explosé dans la soirée près d'Artemivsk, ville contrôlée par les forces ukrainiennes à environ 50 kilomètres de Donetsk, fief des rebelles prorusses.

«L'autobus était dans l'illégalité. Ils ont tenté d'éviter le système de vérification au niveau des postes de contrôle. Actuellement, il y a trois morts et six blessés dans un état grave», a-t-il précisé.

Un porte-parole de l'administration de la région de Donetsk, Ilia Souzdalev, a de son côté fait état de quatre morts, confirmant la version d'un autobus ayant emprunté une route de campagne entre Gorlivka (ville sous contrôle des rebelles, ndlr) et Artemivsk, pour éviter de passer les postes de contrôle.

De nombreux champs et routes de campagne ont été minés afin de les rendre inutilisables dans l'Est de l'Ukraine, où le conflit opposant les forces régulières aux séparatistes prorusses a fait plus de 6000 morts en onze mois.

À la peine dans ce conflit armé, en difficulté pour enrayer la crise économique qui touche de plein fouet l'Ukraine, Petro Porochenko a frappé mercredi coup sur coup dans deux dossiers différents à Kiev.

Il a reçu en pleine nuit à la présidence le milliardaire et gouverneur de la région de Dnipropetrovsk, frontalière de la «république» rebelle de Donetsk, Igor Kolomoïski, qui lui a présenté sa démission, aussitôt acceptée selon les services du chef de l'État, au terme de plusieurs jours de bras de fer.

Nommé gouverneur en mars 2014 pour mettre fin aux pulsions séparatistes dans cette région industrielle clé, Igor Kolomoïski, s'est illustré par la création et le financement de puissants bataillons de volontaires qui combattent aux côtés des troupes ukrainiennes contre les insurgés prorusses.

Bien que toute proche de la région de Donetsk, Dnipropetrovsk a en effet résisté aux appels au séparatisme, notamment sous l'impulsion de M. Kolomoïski qui a littéralement acheté la paix sociale et empêché, aux yeux de beaucoup d'observateurs, la rébellion de s'y propager.

Mais ses intérêts sont entrés en collision la semaine dernière avec ceux du président ukrainien quand les députés ont voté une loi destinée à modifier l'organisation des conseils d'administration des entreprises publiques afin de réduire le contrôle exercé par les actionnaires minoritaires.

Dans la foulée, des hommes armés et encagoulés, envoyés par Igor Kolomoïski selon la presse ukrainienne, ont investi les locaux de deux sociétés publiques pétrolières, UkrTransNafta et Ukrnafta, où l'oligarque avait des intérêts.

Le chef de l'État ukrainien a alors haussé le ton, rappelant au gouverneur Kolomoïski qu'il ne tolérerait pas l'existence de milices privées.

L'irruption dans le siège de ces groupes publics d'hommes armés et encagoulés a suscité des interrogations sur la capacité de M. Porochenko à contrôler la situation dans son pays à un moment où les conjectures vont bon train sur la possibilité d'un nouveau «Maïdan», ce mouvement de contestation qui fait chuter des régimes en Ukraine.

Arrêtés devant les caméras

Quelques heures après le limogeage d'Igor Kolomoïski, le pouvoir ukrainien a procédé, en plein conseil des ministres, à une nouvelle démonstration de force en faisant arrêter devant les caméras deux dirigeants du service des Situations d'urgence accusés de corruption.

Le directeur du service d'État pour les Situations d'urgence Serguiï Botchkovski et son adjoint Vassyl Stoïetski, menottés devant les journalistes, sont accusés, a fait savoir la police, d'avoir effectué des achats publics «à des prix beaucoup plus élevés» que le prix du marché, y compris auprès du géant pétrolier russe Loukoïl.

Le gouvernement pro-occidental ukrainien, arrivé au pouvoir après la chute, en février 2014, du régime de l'ex-président prorusse Viktor Ianoukovitch, a placé la lutte contre la corruption en tête de ses priorités.

«Ce n'est pas un spectacle. (...) Je pense que c'est un vaccin et il faut que cela soit public», a déclaré le ministre de l'Intérieur, Arsen Avakov pour expliquer ces arrestations inédites en Ukraine.

Peu après, M. Avakov a également annoncé le limogeage d'Olexiï Krivopichine, le dirigeant du monopole étatique des chemins de fer du Sud-Ouest de l'Ukraine, également soupçonné de corruption.

Sur le front militaire, le président Porochenko en tenue de camouflage a pris livraison de dix véhicules blindés américains, assurant que l'approvisionnement de l'armée en équipements modernes devenait désormais une réalité.

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