Ukraine: les accords de Minsk «en grand danger»

Des rebelles prorusses lancent des missiles de Horlivka,... (PHOTO ANDREY BORODULIN, AFP)

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Des rebelles prorusses lancent des missiles de Horlivka, une ville de la région de Donetsk.

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

Olga NEDBAEVA
Agence France-Presse
KIEV

Les chances de succès des accords de Minsk semblaient de plus en plus minces à quelques heures d'un cessez-le-feu censé entrer en vigueur samedi à 17h (heure de l'Est), après de violents combats qui ont fait 28 morts vendredi dans l'est de l'Ukraine.

Séparatistes prorusses et militaires ukrainiens ont continué à s'affronter pour gagner du terrain vendredi, poussant le président ukrainien à juger les accords de Minsk «en grand danger».

Le texte de ces accords de «Minsk 2», arraché jeudi au terme de seize heures de négociations entre les dirigeants russe, ukrainien, français et allemand, avait fait naître «une lueur d'espoir» alors que sur le terrain les affrontements avaient atteint des niveaux critiques récemment après dix mois de conflit au lourd bilan de plus de 5500 morts.

Mais vendredi, Petro Porochenko a profité d'une rencontre avec le premier ministre hongrois Viktor Orban à Kiev pour accuser les rebelles prorusses «d'attaquer les accords de Minsk» en bombardant les populations civiles dans l'est de l'Ukraine.

Le président ukrainien faisait référence au bombardement au lance-roquette multiple Grad de la ville d'Artemivsk, située à plus de trente kilomètres de la ligne de front, qui a tué trois civils dont un enfant de sept ans vendredi.

Au total, 16 civils et douze militaires ukrainiens ont été tués, selon les derniers bilans ukrainiens et séparatistes.

«Malheureusement, après les accords de Minsk, l'opération offensive de la Russie a significativement augmenté (...) Les accords de Minsk sont en grand danger», a déclaré le président ukrainien.

Les dirigeants des sept plus grandes puissances économiques mondiales (G7, Canada, France, Allemagne, Italie, Japon, Royaume-Uni, États-Unis) ont appelé au «strict respect» des accords et se sont dits «prêts à adopter» des sanctions contre ceux qui violeraient cet accord, selon un communiqué transmis par la présidence française.

«Le G7 reste prêt à adopter des mesures appropriées contre ceux qui violent le +paquet de Minsk+ en particulier contre ceux qui n'observent pas le cessez-le-feu global agréé ainsi que le retrait des armes lourdes», selon le texte.

De son côté, la porte-parole du département d'État américain Jennifer Psaki a accusé Moscou de continuer à déployer des armes lourdes dans l'est de l'Ukraine, se disant très préoccupée par «les informations concernant des chars et des systèmes de missiles supplémentaires venus ces derniers jours de l'autre côté de la frontière, de Russie».

Le Conseil de sécurité de l'ONU devrait quant à lui adopter dimanche une résolution appelant à «appliquer pleinement» le cessez-le-feu conclu à la suite des négociations de jeudi à Minsk, ont indiqué vendredi des diplomates.

Kiev attend une «escalade»

Signe que l'hypothèse d'un échec de «Minsk 2» fait son chemin, le chef-adjoint de l'administration présidentielle ukrainienne Valeriy Chaly a assuré lors d'une émission télévisée qu'«en cas d'échec du cessez-le-feu, l'Ukraine recevra l'aide militaire de l'Occident».

La chancelière allemande Angela Merkel et le président français François Hollande avaient dès jeudi laissé entendre qu'il y aurait des difficultés à appliquer Minsk 2, et ont menacé la Russie de nouvelles sanctions si la trêve n'était pas respectée.

Plus positive, la chef de la diplomatie de l'Union européenne Federica Mogherini, en visite en Tunisie, a estimé que le cessez-le-feu, s'il se concrétise, serait «le premier pas» vers une résolution de la crise.

Dans le fief rebelle de Donetsk, les tirs d'artillerie étaient continus, a en outre constaté un journaliste de l'AFP sur place. Mais les combats se déroulaient sur toute la ligne du front et les «drones ennemis ont survolé toute la zone de conflit», a indiqué l'armée ukrainienne.

Cette dernière a également fait état vendredi soir de combats faisant rage aux abords de Debaltseve, noeud ferroviaire stratégique à mi-chemin entre les capitales des «républiques» rebelles de Donetsk et de Lougansk, où les troupes ukrainiennes sont quasiment encerclées.

«L'Ukraine s'attend à une escalade et prend des mesures pour repousser les tirs», a déclaré le vice-ministre de la Défense Petro Mekhed en affirmant que les rebelles allaient tenter de prendre Debaltseve ainsi que le port stratégique de Marioupol, sur les bords de la mer d'Azov.

Insuffisances de Minsk 2 

De l'avis général, l'accord de Minsk 2 ne permettra pas d'instaurer la paix, car il ne prévoit pas de mécanismes concrets pour régler les questions litigieuses, en particulier le contrôle de la frontière, dont 400 kilomètres sont tenus par les rebelles. L'Ukraine et les Occidentaux accusent la Russie d'y faire transiter armes, combattants et troupes régulières.

Un contrôle ukrainien? «Je n'y crois pas. Nous resterons là où nous sommes», a affirmé vendredi à l'AFP un responsable séparatiste à Ouspenka, l'un des postes-frontière face à la Russie.

Le chef de la diplomatie ukrainienne Pavlo Klimkine a, par ailleurs, reconnu vendredi devant les députés qu'il n'y avait «malheureusement pas de date» fixée pour le retrait des forces étrangères du territoire ukrainien.

Le sort de Nadia Savtchenko, détenue en Russie et dont Kiev réclame la libération, reste aussi en suspens. Malgré l'annonce d'un échange des prisonniers et des otages, le Kremlin a souligné vendredi que seule la justice russe pouvait statuer sur le cas de cette pilote ukrainienne.



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