Ukraine: l'Est rebelle à court de monnaie

Mercredi matin, il n'était plus possible de retirer... (PHOTO ERIC FEFERBERG, AFP)

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Mercredi matin, il n'était plus possible de retirer de l'argent des distributeurs, ni de payer par carte bancaire dans la plupart des commerces de Donetsk.

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

Clément ZAMPA
Agence France-Presse
DONETSK

Les magasins n'acceptent que les espèces, mais les distributeurs ne donnent plus de billets: une pénurie d'argent liquide se profile dans l'Est ukrainien séparatiste à l'approche de l'hiver.

Ils vont et viennent, incrédules, sur un trottoir fraîchement enneigé du centre-ville de Donetsk. Les portes de la banque russe Sberbank ont beau rester closes ce mercredi matin, une trentaine de clients espèrent toujours pouvoir retirer un peu d'argent.

Parmi eux, Nina, une petite dame qui grelotte dans son manteau bordeaux. Elle est venue à 5 h du matin pour «avoir une bonne place» dans la queue et compte rester «jusqu'à 10 h, au cas où».

«Mais je pense qu'il ne va rien se passer», ajoute-t-elle.

Avec son mari, elle a encore un peu d'hryvnias -- la monnaie ukrainienne -- et «quelques dollars» de côté. Mais si sa banque ne rouvre pas, elle va devoir «aller ailleurs», c'est-à-dire en zone contrôlée par Kiev, «pour retirer de l'argent».

La banque nationale d'Ukraine a ordonné mardi soir aux établissements présents dans le pays de «suspendre» leurs services financiers dans les territoires de l'Est «qui ne sont pas sous le contrôle des autorités ukrainiennes».

Dès mercredi matin, il n'était plus possible de retirer de l'argent, ni de payer par carte bancaire dans la plupart des commerces de Donetsk.

Cette décision fait suite à un décret signé le 14 novembre par le président ukrainien Petro Porochenko, dont l'objectif est d'asphyxier financièrement les régions de Donetsk en partie contrôlées par les rebelles prorusses, qui ont déclaré unilatéralement leur indépendance en avril et avec qui l'Ukraine est en conflit armé.

Mi-novembre il avait aussi ordonné la fermeture de tous les services publics dans les zones sous contrôle rebelle.

«On a reçu l'ordre de fermer»

«On essaye de nous faire mourir de faim !», enrage Nellia, une retraitée de 78 ans, qui n'a pas touché sa pension «depuis quatre mois».

Elle s'en prend à Petro Porochenko, pendant de longues secondes, puis poursuit: «Nous ne sommes que des vieilles dames (...) Ma pension, ce n'est déjà pas assez pour vivre et ils ne me la donnent même pas.»

Dans la rue de Donetsk qui concentre l'essentiel des banques, prises d'assaut ces derniers jours par les habitants venus retirer toutes leurs économies, un seul établissement, celui de la banque ukrainienne Ochtchadbank, restait ouvert mercredi. Mais il n'était pas possible non plus d'y retirer de l'argent.

«On a reçu hier (mardi) l'ordre de fermer», confie Valeri, un employé envoyé au front pour répondre aux clients mécontents. «Et c'est pour très bientôt», ajoute-t-il.

Sans espèces, impossible d'acheter quoi que ce soit dans les magasins: leurs terminaux de cartes bancaires ne fonctionnent plus.

«Ça a marché une demi-heure ce matin, mais il semble que maintenant, ce soit terminé», explique Pavel Ialanbenko, l'un des responsables d'un supermarché Amstor, dans le centre-ville.

Les rayons sont encore pleins, les clients ont toujours des billets. Mais à ce rythme, la pénurie de hryvnias à Donetsk et plus globalement dans l'Est séparatiste, semble mécanique.

«Le système bancaire ne fonctionne plus depuis aujourd'hui (mercredi)», confirme, sous couvert d'anonymat, un officiel de la république autoproclamée de Donetsk (DNR), qui admet aussi qu'aucune «réponse exacte» n'a pour l'instant été définie par les autorités séparatistes.

Les habitants, eux, comptent sur l'aide humanitaire et leurs économies pour traverser l'hiver, à l'image d'Oleg, un mineur à la retraite de 72 ans, venu, son caddie à la main, chercher un panier de nourriture offert par une fondation.

Il n'a pas reçu de pension depuis août et a déjà bien entamé le pécule qu'il a économisé toute sa vie, pour ses obsèques: 30 000 hryvnias, soit environ 2100 $.

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