Craintes d'une guerre totale dans l'Est ukrainien

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Des journalistes de l'AFP ont vu plusieurs blindés et des camions transportant des pièces d'artillerie.

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

Nicolas MILETITCH avec Olga NEDBAEVA à Kiev
Agence France-Presse
CHAKHTARSK

La convergence de matériels militaires lourds vers Donetsk, dans l'est de l'Ukraine, faisait craindre mardi la reprise d'une guerre totale dans ce bastion séparatiste prorusse en dépit des mises en garde occidentales adressées à la Russie.

Le vice-président américain Joe Biden a ainsi prévenu la Russie lundi qu'elle s'exposait à des sanctions supplémentaires si elle ne respectait pas ses engagements à «retirer ses troupes et son matériel» des régions orientales d'Ukraine.

A Amsterdam, une cérémonie s'est déroulée le même jour en l'honneur des 298 personnes mortes dans la chute du Boeing de Malaysia Airlines abattu le 17 juillet au-dessus d'une région sous contrôle des séparatistes, une tragédie qui a conduit les Occidentaux à hausser le ton face à Moscou.

L'évacuation des débris du Boeing malaisien MH17 commencera mardi, ont annoncé lundi les autorités rebelles à Donetsk. Une information non confirmée par les experts néerlandais chargés de procéder à l'enlèvement des débris, qui ont toujours souligné la nécessité de travailler dans un environnement sécurisé.

A environ cinq kilomètres du lieu de la chute de l'appareil malaisien, à Nikichiné, le commandant rebelle Mikhaïl Boldarev a fait état lundi de violents tirs d'artillerie la veille.

Et les combats pourraient s'intensifier. Près de Chakhtarsk, à proximité du site où le Boeing de la Malaysia Airlines a été détruit, des journalistes de l'AFP ont vu six chars et deux blindés faisant mouvement vers Donetsk, épicentre depuis des mois des affrontements entre l'armée ukrainienne et les rebelles.

Des colonnes de camions, sans plaque d'immatriculation, ont aussi été observées quasiment dans le centre de Donetsk et dans ses environs. De nombreux véhicules tractaient des canons et l'un d'eux, sans bâche, laissait voir des caisses de munitions empilées.

Selon les autorités régionales ukrainiennes, quatre personnes, trois civils et un soldat ukrainien, ont été tuées et sept autres blessées lundi matin dans des tirs d'artillerie contre Avdiivka, une ville sous contrôle gouvernemental toute proche de la ligne séparant loyalistes et séparatistes.

Des tirs et combats ont aussi été signalés ces dernières heures dans plusieurs autres endroits, notamment dans la région de Lougansk, autre bastion rebelle.

L'Ukraine dénonce depuis vendredi l'entrée dans l'est séparatiste prorusse de chars et pièces d'artillerie depuis la Russie.

Sur le plan diplomatique, les présidents américains et russes, Barack Obama et Vladimir Poutine, se sont brièvement rencontrés lundi à Pékin en marge du sommet Asie-Pacifique de l'Apec, a annoncé un haut responsable américain. «Une brève rencontre au cours de laquelle ils n'ont pas eu le temps d'aborder les problèmes», a indiqué ce responsable sous couvert d'anonymat.

La Maison Blanche a mis en garde contre toute tentative des rebelles de s'emparer de davantage de territoire, estimant que cela constituerait une «flagrante violation» des accords de cessez-le-feu dans le conflit qui a fait plus de 4000 morts en sept mois.

Jugeant «très inquiétante» la présence de camions transportant des pièces d'artillerie et de quelques chars signalés par l'OSCE près des villes rebelles de l'Est, la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini a demandé dimanche soir à Moscou de «retirer d'Ukraine toutes troupes, armes et équipements sous son contrôle» et d'empêcher l'arrivée de nouveaux renforts en Ukraine.

La situation sur le terrain s'est brusquement dégradée après la tenue le 2 novembre d'élections séparatistes qui ont contribué à saper le processus de paix engagé en septembre par Kiev et les séparatistes avec la participation de Moscou et de l'OSCE.

Cérémonie à Amsterdam 

Lundi après-midi, les Pays-Bas, qui ont perdu 193 ressortissants dans le crash et sont chargés de l'enquête, ont rendu hommage aux victimes du vol MH17 lors d'une cérémonie chargée d'émotion rassemblant 1600 de leurs proches et le couple royal néerlandais.

«Et si les vacances avaient débuté un jour plus tard? Et si l'avion avait eu du retard? Et si je me réveillais pour me rendre compte que tout cela n'est qu'un rêve?», a lancé le Premier ministre Mark Rutte dans une salle où brûlaient 298 bougies.

«Mais il n'y a pas de et "si?", il n'y a que la dure réalité de ces 298 morts», a-t-il ajouté.

Le vol MH17, qui avait décollé d'Amsterdam-Schiphol et qui devait rallier Kuala Lumpur, transportait notamment 193 Néerlandais et 38 Australiens.

Les débris de l'appareil sont retombés près du village de Grabové sur le territoire contrôlé par les séparatistes, dans une zone qui reste difficile d'accès.

Depuis Pékin, le président russe Vladimir Poutine a accusé les forces ukrainiennes de tirer dans la zone, empêchant une enquête objective.

La tragédie de l'appareil malaisien a choqué l'opinion occidentale qui a mis en cause Vladimir Poutine et entraîné de lourdes sanctions économiques américaines et européennes contre la Russie même si la lumière n'est toujours pas faite sur les causes exactes du crash.

Kiev et les États-Unis affirment que l'avion a été abattu par un missile fourni aux séparatistes par la Russie alors que Moscou pointe du doigt les forces ukrainiennes.

Le ministre néerlandais des Affaires étrangères, Bert Koenders, a dit samedi à Kiev qu'il n'y avait «pas de raisons» de lever les sanctions contre Moscou, alors que les pays européens doivent examiner de nouveau leur stratégie face à la Russie vendredi.

Peu amène à l'égard du Kremlin, le Premier ministre australien Tony Abbott, qui va aussi rencontrer Vladimir Poutine à Pékin, a averti que le président russe ne pourrait pas éviter une «conversation» à ce sujet au sommet du G20 cette semaine à Brisbane, en Australie.

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