Vague pro-occidentale aux législatives en Ukraine

Ce vote était crucial pour cette ex-république soviétique... (Photo: AFP)

Agrandir

Ce vote était crucial pour cette ex-république soviétique en proie à la pire crise depuis son indépendance en 1991.

Photo: AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Ukraine
Ukraine

Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

Germain MOYON, Olga NEDBAEVA, Nicolas MILETITCH, Maria ANTONOVA
Agence France-Presse
Kiev, Donetsk et Marioupol

Le camp pro-occidental et nationaliste a remporté dimanche aux législatives une victoire d'une ampleur sans précédent depuis l'indépendance de l'Ukraine, qui conforte selon le président Petro Porochenko le fragile processus de paix engagé avec les séparatistes prorusses dans l'Est.

Les sondages réalisés à la sortie des bureaux de vote, dont les chiffres ont été rendus publics à leur fermeture, donnaient environ 70% des voix aux cinq mouvements pro-occidentaux, pour certains aux tonalités nationalistes. Ils devront se partager le pouvoir, aucun d'eux ne se détachant largement.

Selon les résultats portant sur 10% des circonscriptions, le Bloc Petro Porochenko du chef de l'État arrive comme prévu en tête avec 21,9% des suffrages, suivi du Front Populaire du Premier ministre Arseni Iatseniouk (21,6%).

Le scrutin, au taux de participation limité à 53%, est toutefois marqué par le maintien d'anciens alliés de l'ex-président prorusse Viktor Ianoukovitch, à l'inverse du Parti communiste menacé, événement historique, de disparaître de l'assemblée.

Ce vote était crucial pour cette ex-république soviétique en proie à la pire crise depuis son indépendance en 1991, avec le renversement en février par la rue de Viktor Ianoukovitch, l'annexion en mars de la Crimée par la Russie et, dans les régions orientales, le réveil des séparatismes qui a dégénéré en conflit armé.

Ce pays de 45 millions d'habitants est également le terrain d'affrontements géopolitiques entre Occidentaux et Russes dont les relations, de l'aveu même de Moscou, ont «touché le fond».

Le président Porochenko, élu en mai dès le premier tour, a souligné que les Ukrainiens avaient massivement voté en faveur d'un rapprochement «irréversible» avec l'Europe et en majorité en faveur de son plan de paix pour l'Est, où les combats entre rebelles prorusses et forces ukrainiennes ont fait plus de 3700 morts selon l'ONU.

L'instauration d'un cessez-le-feu le 5 septembre, négocié avec la participation de la Russie, n'a pas permis une fin totale des combats et a été critiquée par une partie de la population comme une capitulation face aux insurgés, soutenus militairement par Moscou selon Kiev et les Occidentaux.

«Les partisans d'une solution militaire sont en nette minorité», a assuré le chef de l'État.

Le Premier ministre confirmé?

La victoire du Bloc Petro Porochenko est moins large que prévu, tandis que les scores du Front Populaire et de Samopomitch (13% selon les sondages), parti composé de jeunes représentants de la société civile et de combattants revenus de l'Est, ont surpris.

Ces deux formations sont favorables à une politique plus ferme contre les séparatistes et Moscou.

Le parti de M. Iatseniouk, principal artisan des négociations avec les bailleurs de fonds occidentaux de Kiev, a aussitôt fait savoir que celui-ci espérait garder son poste.

La tête de liste de Samopomitch, Ganna Gopko, a cependant prévenu qu'une éventuelle coalition l'incluant ne devrait pas être «pro-présidentielle mais pro-ukrainienne», laissant entendre que le parti ne comptait pas apporter un soutien aveugle au chef de l'État.

Le président Porochenko s'est réjoui d'un autre tournant de ces législatives. «Les Ukrainiens ont porté un coup décisif à la cinquième colonne communiste», a-t-il dit.

Le PC ne passe en effet pas la barre des 5% nécessaire pour entrer à l'assemblée, où il ne sera représenté qu'à condition d'une hypothétique élection dans l'un des scrutins locaux.

En revanche, avec près de 8%, le Bloc d'Opposition, regroupant plusieurs figures de l'ancien Parti des Régions de Viktor Ianoukovitch, dépasse ce seuil.

Suivent le Parti radical du populiste Oleg Liachko (6%), les nationalistes et radicaux de Svoboda (6%) et le parti Batkivchtchina de l'ancienne Première ministre Ioulia Timochenko (6%).

Ces sondages ne donnent pas directement la répartition des 450 sièges de la Verkhovna Rada (Parlement). La moitié des députés est en effet élue dans des scrutins locaux à la majorité simple dont les résultats ne seront pas immédiatement connus.

Réformes radicales 

Ces élections avaient été convoquées par le président Porochenko pour tourner définitivement la page du régime de Viktor Ianoukovitch, renversé au terme d'un mouvement de contestation pro-occidental déclenché en novembre 2013 sur le Maïdan, dans le centre de Kiev.

Environ cinq millions d'électeurs, sur 36 millions au total, n'ont pas pu voter en Crimée, rattachée à la Russie en mars, ni dans les zones contrôlées par les séparatistes dans l'Est. Sur les 450 sièges de députés, 27 resteront ainsi vides.

A Donetsk, principal fief des rebelles, les habitants ont ignoré les élections et attendent celles que les séparatistes prévoient d'organiser le 2 novembre.

Le nouveau Parlement devra voter des réformes radicales destinées à sortir l'Ukraine d'une profonde récession, à lutter contre une corruption endémique et à la rapprocher de l'Union européenne, avec laquelle elle a récemment signé l'accord d'association rejeté l'an dernier par M. Ianoukovitch.

Il devra aussi accentuer les douloureuses mesures de rigueur exigées par les bailleurs de fonds occidentaux, notamment le FMI, pour sauver l'Ukraine de la faillite après le retrait du soutien financier russe. La situation est encore aggravée par le conflit gazier avec la Russie, qui la prive de gaz.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer