Élections rebelles pour Donetsk et Lougansk

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Le «premier ministre» de la «République populaire de Donetsk», Alexandre Zakhartchenko, à Donetsk, le 15 septembre.

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

Agence France-Presse
Donetsk

Les séparatistes prorusses ont annoncé mardi l'organisation d'élections présidentielles et législatives en novembre dans l'est de l'Ukraine, rejetant le plan de paix de Kiev au moment où une zone tampon se met en place le long de la ligne de front.

L'annonce de scrutins simultanés le 2 novembre dans les régions russophones de Donetsk et de Lougansk, théâtre de combats entre rebelles et militaires qui ont fait plus de 3200 morts depuis avril, est un camouflet pour le chef de l'État ukrainien qui avait proposé aux séparatistes le principe d'un «statut spécial» pour trois ans.

Interrogée mardi soir, la présidence ukrainienne se refusait à tout commentaire.

Les offres politiques de Petro Porochenko visaient à accorder une plus grande autonomie aux régions séparatistes et prévoyaient la tenue d'élections locales le 7 décembre et une amnistie sous conditions pour les combattants.

Depuis l'adoption le 16 septembre par le parlement ukrainien des lois permettant leur mise en oeuvre, Kiev attendait une réponse des séparatistes tout en conduisant parallèlement des négociations pour une trêve militaire durable.

Élections simultanées à Lougansk et Donetsk

«Nous envisageons d'organiser les élections du conseil suprême (parlement) et du chef de la République le 2 novembre», a finalement répondu le «premier ministre» de la «République populaire de Donetsk» (RPD), Alexandre Zakhartchenko, en précisant qu'il n'était pas question d'organiser les législatives ukrainiennes proposées par Kiev fixées au 26 octobre.

«Nous avons notre conseil suprême et nous décidons nous-mêmes quelles élections organiser et à quelle date», a-t-il indiqué, cité par l'agence de presse russe Interfax.

Dans la foulée, la région séparatiste voisine de Lougansk faisait de même. Les élections présidentielles et législatives «auront lieu simultanément avec la RPD le 2 novembre», a déclaré le président du conseil suprême de la République de Lougansk, Alexeï Kariakine, à l'agence officielle russe Itar-Tass.

Ces annonces mettent en lumière la fragilité du processus de paix lancé ces dernières semaines. Si la trêve des combats est globalement respectée, le volet politique concernant l'avenir des régions russophones de l'Est est beaucoup plus problématique.

Plus de 3200 morts en 5 mois

Mais cette zone démilitarisée vient au monde dans la douleur.

Un habitant de Donetsk a ainsi été tué dans des combats durant les dernières 24 heures, première victime civile depuis la signature samedi à Minsk d'un plan de paix par Kiev, Moscou et les rebelles. Et les journalistes de l'AFP ont pu constater de nombreux tirs d'artillerie, notamment des salves de roquettes Grad, mardi après-midi à l'est de Donetsk.

Selon un nouveau bilan de l'ONU établi au 21 septembre, le conflit a fait 3245 morts.

Retrait d'artillerie et combats

La rébellion prorusse a annoncé mardi avoir commencé le retrait de son artillerie dans les secteurs où l'armée ukrainienne a déjà retiré ses canons, mais des combats sporadiques faisaient toujours rage dans l'Est, notamment autour de l'aéroport de Donetsk.

Trois jours après la signature à Minsk d'un accord renforçant les premières mesures de cessez-le-feu édictées le 5 septembre, les conditions d'une trêve se mettent progressivement en place.

En retirant graduellement leurs canons, les belligérants permettent la mise en oeuvre d'une zone tampon de 30 km le long de la ligne de front gelée le 19 septembre. Mais cette zone démilitarisée, au coeur de l'ébauche d'accord de paix signé par Kiev et par les séparatistes des régions de Donetsk et de Lougansk, vient au monde dans la douleur.

Un habitant de Donetsk a ainsi été tué dans des combats durant les dernières 24 heures, première victime civile depuis la signature samedi du mémorandum de Minsk. Et les journalistes de l'AFP a pu constater de nombreux tirs d'artillerie, notamment des salves de roquettes Grad, mardi après-midi à l'est de Donetsk.

Aéroport de Donetsk en feu

Le long des plus de 230 km de ligne de front entre Lougansk au nord et Novoazovsk au sud, plusieurs positions posent problème. Notamment le très stratégique aéroport de Donetsk, ville qui comptait un million d'habitants avant le début des combats au printemps. En mai, les rebelles avaient pris l'aéroport, provoquant une intervention musclée de l'armée qui en avait repris le contrôle partiel. Depuis, les combats sont quasi quotidiens.

Kiev et la rébellion ont répété qu'ils n'avaient aucune intention d'abandonner leurs positions. «L'aéroport est sur notre territoire», a déclaré à l'AFP un des dirigeants de la République populaire de Donetsk (RPD) autoproclamée, Andreï Pourguine.

L'aéroport était en feu mardi matin, à la suite d'échanges de tirs à l'arme lourde, selon des journalistes de l'AFP sur place.

Absence d'incursions de militaires russes

«Nous avons retiré notre artillerie dans les zones où les forces ukrainiennes régulières ont fait de même. Dans les endroits où l'artillerie ukrainienne n'a pas été retirée, nous n'avons pas retiré la nôtre non plus», a affirmé à l'agence de presse russe Interfax Alexandre Zakhartchenko, le «premier ministre» de la RPD.

«Tout cela concerne les pièces d'artillerie d'un calibre supérieur à 100 mm», a-t-il précisé.

Exemple près de Kommounar, à une quarantaine de kilomètres à l'est de Donetsk, où les rebelles ont fait reculer leurs chars.

«Ce sont les derniers chars sur la ligne de front et nous nous replions en direction de Donetsk sur une distance de 15 à 20 km», a expliqué à l'AFP «Krest», commandant d'une quarantaine de rebelles, alors que trois chars quittaient leurs positions de tir.

«Nous avons reçu l'ordre de nous retirer et nous le ferons même si nous n'avons pas de certitude que l'armée ukrainienne fait de même», a-t-il ajouté, soulignant que tous les chars étaient partis.

Pour sa part, l'armée ukrainienne avait annoncé la veille le début de la mise en oeuvre des dispositions du plan de paix.

«Nous nous préparons à reculer l'armement lourd à 15 km» de la ligne de front, avait assuré le porte-parole de l'armée, Andriï Lyssenko, se félicitant par ailleurs de l'absence d'incursions de militaires russes par la frontière ou de tirs «en provenance du territoire russe».

Depuis mi-avril, le conflit a fait près de 2900 morts et a mené à une crispation sans précédent depuis la fin de la Guerre froide des relations entre Russes et Occidentaux.

Il est intervenu après des mois de soubresauts en Ukraine, d'un mouvement de protestation pro-européen à Kiev ayant conduit à la chute du président Viktor Ianoukovitch, à l'annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée par la Russie et au réveil des séparatismes prorusses dans l'Est.

Au coeur des négociations à venir : le statut des régions séparatistes.

Les rebelles ont pour l'instant ignoré les propositions de Kiev en vue d'une plus grande autonomie pendant trois ans dans les zones sous leur contrôle, de l'organisation d'élections locales le 7 décembre et d'une amnistie sous conditions pour les combattants.

Sur le plan économique, le commissaire européen à l'Énergie, l'Allemand Günther Oettinger, se trouvait mardi à Kiev pour des discussions sur fond d'incertitudes quant à la capacité de l'Ukraine à passer l'hiver après l'interruption en juin des livraisons de gaz russe.

Il a appelé la Russie à ne pas utiliser le gaz comme une arme pour faire pression sur l'Ukraine, tout en plaidant pour une solution «provisoire» avec Moscou afin d'assurer les livraisons de gaz à l'Europe.

- Avec Michel Moutot, Maxime Popov et Karim Talbi




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