Kiev poussé à changer sa stratégie pour isoler les séparatistes

Des militants prorusses patrouillent le long d'une route... (PHOTO DIMITAR DILKOFF, AFP)

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Des militants prorusses patrouillent le long d'une route de Donetsk.

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

Oleksandr SAVOCHENKO
Agence France-Presse
Kiev, Ukraine

Le changement de la stratégie militaire ukrainienne dans l'Est est une réponse aux renforts reçus de Russie par les rebelles et au convoi humanitaire russe soupçonné de servir de prétexte à une intervention, estiment les analystes.

Alors que les principaux bastions rebelles de Donetsk et de Lougansk sont encerclés, le président ukrainien Petro Porochenko a annoncé «un regroupement de troupes permettant de poursuivre l'offensive de l'armée» compte tenu de «nouvelles circonstances», au cours d'une réunion avec les représentants des forces de l'ordre ukrainiennes.

Il a confirmé les informations données par un dirigeant séparatiste selon lesquelles les rebelles avaient reçu des renforts en provenance de Russie, soit 1200 hommes bien entraînés ainsi que des chars et d'autres blindés arrivant «au moment le plus crucial». Moscou a démenti ces allégations.

«L'opération militaire ukrainienne a été un succès jusqu'à la semaine dernière», ayant permis de réduire des deux tiers le territoire contrôlé par les insurgés, selon Serguiï Zgourets, analyste militaire indépendant.

«Depuis, la situation a changé, les groupes séparatistes ayant été renforcés, y compris avec des systèmes de défense antiaérienne», affirme-t-il.

«Les soldats ukrainiens risquent de se retrouver pris au piège et encerclés. D'où la nécessité d'un regroupement», ajoute-t-il.

Contrôle de la frontière

Jusque là, la tactique employée par le commandement militaire ukrainien consistait à encercler et à mettre sous «blocus total» Donetsk et Lougansk, pour forcer les rebelles à déposer les armes, tout en évitant un assaut frontal qui serait meurtrier pour l'armée et pour les civils.

L'offensive cause en outre des pertes de plus en plus élevées dans les rangs ukrainiens, officiellement chiffrées à la mi-août à 568 morts et 2120 blessés depuis le début de l'opération il y a quatre mois.

L'armée ukrainienne peine aussi à remplir un autre objectif prioritaire : hermétiquement sceller la frontière avec la Russie par laquelle transitent, selon Kiev et les Occidentaux, armes et mercenaires.

Les forces ukrainiennes ont déjà tenté par le passé de reprendre le contrôle de leur poreuse frontière, mais ont dû se replier à plusieurs reprises après avoir essuyé, selon eux, des tirs à partir de la Russie au lance-roquettes multiples Grad.

Selon le chef de la diplomatie ukrainienne Pavlo Klimline, la question du contrôle de la frontière a dominé ses pourparlers dimanche à Berlin avec son homologue russe Sergueï Lavrov en présence des ministres allemand et français, mais ceux-ci n'ont abouti à aucune avancée.

«La Russie n'est pas prête à s'engager [...] sur le contrôle de la frontière russo-ukrainienne. Elle n'est pas prête à reconnaître qu'armes et mercenaires [envoyés] de Russie traversent constamment celle-ci», a-t-il affirmé.

Un convoi russe problématique

Depuis la semaine dernière, Kiev doit en outre gérer l'affaire du convoi humanitaire russe de près de 300 camions destiné à venir en aide aux populations de l'est de l'Ukraine.

Après de longues tergiversations, l'Ukraine a accepté qu'il passe par le territoire contrôlé par les rebelles, mais il reste bloqué depuis jeudi du côté russe de la frontière, officiellement en raison du manque de garanties sur sa sécurité.

«Si les insurgés attaquent ce convoi, et la Russie estime que c'est de la faute des Ukrainiens, cela peut servir de prétexte pour une entrée des troupes. L'Ukraine est contrainte de renforcer les unités pour faire face à cette menace», estime M. Zgourets.

Les autorités ukrainiennes ne peuvent non plus se risquer à un cessez-le-feu demandé par la Russie, tant qu'elle ne contrôle par la frontière.

Un cessez-le-feu unilatéral décrété en juin par M. Porochenko sous la pression des Occidentaux s'était soldé par de multiples pertes dans les rangs ukrainiens et avait été mal accueilli par l'opinion.

«La guerre et les combats vont se poursuivre de la manière dont il en a été décidé par le commandement ukrainien», prédit Volodymyr Gorbatch, expert de l'Institut de la coopération euro-atlantique à Kiev.

Cette nouvelle tactique de regroupement n'est toutefois pas sans risques pour l'armée ukrainienne.

«Ce réarrangement de la stratégie ukrainienne causera une pause dans l'offensive qui peut faire perdre l'initiative aux forces ukrainiennes», souligne Oleksiï Melnik, du centre de recherche Razoumkov.




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