Les ennemis intimes du Donbass

Un combattant prorusse monte la garde à Marinka,... (PHOTO DOMINIQUE FAGET, ARCHIVES AFP)

Agrandir

Un combattant prorusse monte la garde à Marinka, près de Donestk, le 15 juillet.

PHOTO DOMINIQUE FAGET, ARCHIVES AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Ukraine
Ukraine

Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

Emmanuel Grynszpan

collaboration spéciale

La Presse

(DONESTK, Ukraine) Portrait croisé de deux combattants ennemis qui s'affrontent dans la province du Donbass, à l'est de l'Ukraine, chacun persuadé de défendre sa partie contre un envahisseur, autrefois son concitoyen, et bizarrement devenu étranger.

Faria, 51 ans, se bat «à mort» contre le fascisme, les oligarques et les mercenaires internationaux. Orthodoxe, il se rappelle aussi avec nostalgie l'URSS et désire que sa «patrie», le Donbass, soit intégrée à la Russie. Bouchouï, 45 ans, veut défendre l'Ukraine contre une agression étrangère russe, tout en épargnant la population. Les deux ennemis de cette étrange guerre asymétrique ont pourtant beaucoup en commun. Tous deux sont d'anciens dirigeants d'entreprises et possèdent un passeport ukrainien. Ils refusent de révéler leur identité par souci de sécurité pour leurs proches. Ils se présentent sous leur surnom militaire: Bouchouï (coléreux) et Faria (personnage imaginaire russe).

«Nous ne reculerons jamais»

Rondouillard, parlant d'une voix de stentor sans jamais lâcher sa Kalachnikov, Faria semble constamment en colère. «Les Ukrainiens nous massacrent! Ils tirent sur les écoles, les hôpitaux, ce sont des fascistes! D'ailleurs, ils ont toujours été ainsi, il suffit de se souvenir de ce qu'ils ont fait pendant la Grande Guerre patriotique [nom sous lequel les Russes désignent la Seconde Guerre mondiale].»

À la tête de sa petite unité d'artillerie, il explique avoir «très rapidement appris sur le tas» à se servir d'un mortier. «Nous nous sommes battus comme des diables pendant deux mois à Slaviansk, et j'y ai perdu six soldats , se souvient-il.Ici, à Donetsk, nous ne reculerons jamais. Plutôt mourir!», crie-t-il devant ses camarades d'armes logés dans la mine no 421, au sud de Donetsk.

«J'ai perdu six hommes lorsqu'un obus de mortier nous est tombé dessus. Ils ont été tués net, et moi, j'en suis miraculeusement sorti indemne», dit-il en déposant un baiser sur la croix orthodoxe qui lui pend au cou. «Dieu m'a épargné, c'est qu'il a des plans importants pour moi», annonce-t-il.

De caractère impulsif, il explique d'une voix puissante être «excédé par l'État ukrainien, qui nous a volés pendant ses 24 ans d'existence». Ce propriétaire d'une petite entreprise de transport routier regrette amèrement la fin de l'URSS.

Faria dit avoir été contraint de vendre ses camions à cause de la corruption. Aujourd'hui, il veut que le Donbass s'annexe à la Russie. «Le Donbass a toujours été russe», croit-il, en dépit de l'histoire de la région.

Quant à Bouchouï, qui dirige une unité de reconnaissance, il ne cache pas son peu d'estime pour l'état-major de l'armée ukrainienne. «Ils commettent erreur sur erreur. Ce ne sont pas de bons professionnels», déplore cet homme de haute taille, souriant, mais au regard triste. «Alors qu'en face, nous voyons des combattants professionnels très bien préparés qui nous infligent des pertes considérables.»

Aux yeux de Bouchouï, il ne fait pas l'ombre d'un doute que la Russie envoie ses troupes d'élite s'entraîner dans le Donbass, déguisées en séparatistes. «Ils ont les armes les plus sophistiquées. Regardez comment ils ont vidé le ciel de nos avions et hélicoptères. Allez dire après ça que nous nous battons contre des maquisards!», se lamente-t-il.

Mais ce qui irrite le plus cet ancien chef d'entreprise, c'est de se faire traiter de fasciste. «Je défends mon pays, et on me traite de fasciste? C'est absurde. J'ai fait mon service militaire avec des Caucasiens et des types d'Asie centrale. Nous étions tous comme des frères. Il n'y a pas de dimension ethnique dans ce conflit. Nous parlons tous le russe, nous avons tous la même culture.»




À découvrir sur LaPresse.ca

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer