Le soutien de Poutine aux rebelles de plus en plus décrié

Des membres de la communauté ukrainienne d'Australie dénoncent... (PHOTO SAEED KHAN, AFP)

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Des membres de la communauté ukrainienne d'Australie dénoncent le soutien du président Vladimir Poutine aux rebelles prorusses de l'Est ukrainien, lors d'une manifestation à Sydney, le 19 juillet.

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

Nicolas MILETITCH
Agence France-Presse
MOSCOU

La destruction en vol du Boeing malaisien pose à nouveau, mais cette fois de manière spectaculaire, la question du soutien du Kremlin aux rebelles de l'est de l'Ukraine, soupçonnés par les Occidentaux d'avoir abattu l'avion avec un missile fourni par la Russie.

«Il est assez clair qu'il s'agit d'un système (de tir de missiles) qui a été transféré de Russie et remis aux mains des séparatistes» prorusses en Ukraine, a déclaré dimanche le secrétaire d'État américain John Kerry.

Le Kremlin n'a jamais caché son soutien politique aux rebelles, mais a toujours nié leur fournir une aide militaire, ce dont l'accusent régulièrement l'Ukraine et plusieurs pays occidentaux, en premier lieu les États-Unis.

«Sans la Russie, il n'y aurait chez les rebelles ni chars ni artillerie lourde. Il s'agit de décisions prises au niveau de l'État. Cela se fait sous la pression de groupes politiques encore plus anti-occidentaux que Poutine», explique Alexandre Konovalov, de l'Institut des évaluations stratégiques à Moscou.

«La Russie s'est efforcée ces derniers temps de faire croire qu'elle n'était pas partie prenante au conflit», estime la politologue Maria Lipman. Mais après l'écrasement du Boeing, «la Russie est devenue aux yeux du monde un acteur du conflit, qui contrôle les rebelles et qui est responsable de cette tragédie», ajoute-t-elle.

Le Kremlin a toujours pris soin de maintenir une certaine distance officielle avec les séparatistes de l'est de l'Ukraine : Vladimir Poutine n'a jamais reçu les dirigeants rebelles et il n'a pas reconnu les «République populaire de Donetsk» et «République populaire de Lougansk» autoproclamées à l'issue d'un référendum en mai dernier.

La Russie avait d'ailleurs demandé aux insurgés de surseoir à l'organisation de ce référendum, mais ces derniers avaient passé outre. Un geste qui pouvait donner opportunément l'impression qu'ils n'obéissaient pas aux injonctions de Moscou.

Le Kremlin n'a pas non plus répondu aux dirigeants rebelles qui ont demandé le rattachement à la Russie des régions séparatistes, puis l'envoi d'une force d'interposition russe, quand le conflit armé avec Kiev s'est durci.

Poutine «ne peut pas céder»

«La Russie ne cachait pas que des consultations avaient lieu avec des chefs rebelles, dont certains sont d'ailleurs des citoyens russes, et qu'ils étaient en partie financés par des hommes d'affaires russes. On reconnaissait que la Russie était impliquée dans le conflit, mais on cachait l'ampleur de cette implication», estime Mme Lipman.

La presse et les chaînes de télévision proches du Kremlin ont apporté un soutien sans faille aux rebelles prorusses depuis le début du conflit avec Kiev, ce qui ne peut se faire sans l'assentiment des autorités, mais la position officielle de Moscou a toujours été plus prudente.

Ainsi, quand l'un des responsables des séparatistes, Denis Pouchiline, a affirmé avoir été reçu par deux conseillers du président Poutine, Vladislav Sourkov et Serguei Glaziev, pendant un séjour à Moscou en juin, l'information a été largement relayée par les médias russes, mais n'a jamais été confirmée par le Kremlin.

De nombreux articles de la presse russe font état de liens étroits entre des hommes d'affaires considérés comme proches du Kremlin, tels Konstantin Malofeev, et des chefs rebelles tels le «premier ministre» de la «République de Donetsk», Alexandre Borodaï (un citoyen russe), et son «ministre de la Défense», Igor Strelkov (lui aussi citoyen russe).

Selon des sources non confirmées, ces milieux sont soutenus par un «parti de la guerre» au sein de la direction russe, emmené par le vice-premier ministre Dmitri Rogozine et le ministre de la Défense Sergueï Choïgou.

Mis en accusation par Washington, sommé par le ministre britannique de la Défense Michael Fallon de «cesser son ingérence» dans la région, pressé par Paris, Londres et Berlin d'obtenir de la part des rebelles un libre accès pour les enquêteurs à la zone de la catastrophe qui a fait près de 300 morts, que peut faire Vladimir Poutine?

«Il ne peut pas céder face aux Occidentaux. L'opinion publique et les élites attendent autre chose de lui : une attitude anti-occidentale et le soutien aux rebelles», estime Maria Lipman.

La Bourse de Moscou poursuit sa chute

La Bourse de Moscou chutait de nouveau lundi, les investisseurs s'inquiétant d'une nouvelle escalade de la crise ukrainienne après l'écrasement du MH17 et de possibles nouvelles sanctions occidentales douloureuses pour l'économie russe.

Vers 12 h 25 GMT (8 h 25 à Montréal), les indices de la place financière moscovite, le Micex (libellé en roubles) et le RTS (en dollars), cédaient respectivement 2,35 % et 2,38 % par rapport à la clôture de vendredi. Ils accumulent des chutes respectives de près de 5 % et de 7 % depuis mercredi dernier.

La monnaie russe se stabilisait, à 35,11 roubles pour un dollar.

«Il y a peu de raisons d'être optimiste», ont souligné les analystes d'Alfa Bank, citant «les risques géopolitiques croissants» après l'écrasement de l'avion de ligne malaisien.

La Bourse russe, qui était remontée près de ses plus hauts niveaux de l'année début juillet, pique du nez depuis l'adoption mercredi dernier de sanctions occidentales, les États-Unis visant directement de grandes entreprises russes, suivie jeudi de l'écrasement du Boeing de la Malaysia Airlines en zone séparatiste en Ukraine.

Dimanche, la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne ont menacé la Russie de nouvelles sanctions si le président Vladimir Poutine n'obtenait pas des séparatistes prorusses en Ukraine un accès «libre et total» au site de l'écrasement.

«La Russie va probablement se retrouver encore plus isolée», ont estimé les analystes de la société financière Brown Brothers Harriman, évoquant un possible «tournant» de la crise ukrainienne. «Cela pourrait pousser l'Europe à durcir sa position et annoncer une nouvelle série de sanctions», ont-ils ajouté.

Pour l'heure, les États-Unis se sont montrés les plus durs dans leurs sanctions, incluant la semaine dernière à leur «liste noire» les géants de l'énergie Rosneft et Novatek dont les actions reculaient respectivement de 1,73 % et 2,11 % lundi vers 12 h 30 GMT (8 h 30, heure de Montréal).

L'agence de notation Moody's a averti lundi que ces mesures, en «coupant de fait (Rosneft et Novatek) des marchés de capitaux américains à long terme», pourraient perturber leurs projets de production, notamment celui de Novatek avec le français Total sur la péninsule russe de Yamal.

«Si les sanctions étaient étendues au secteur financier européen, cela limiterait de manière drastique les financements et les possibilités de partenariat pour les sociétés touchées et augmenterait les coûts, conduisant potentiellement à un gel des investissements et ralentissant leur croissance», a poursuivi Moody's.

La menace de lourdes sanctions économiques contre Moscou a provoqué des fuites massives de capitaux de Russie au printemps, après le rattachement de la Crimée, le rouble tombant notamment à des niveaux record.

Les sanctions restant ciblées, un certain apaisement avait suivi, permettant aux marchés de rebondir et à la Russie d'échapper de justesse à une entrée en récession au deuxième trimestre, selon les estimations du gouvernement.

Les statistiques officielles du produit intérieur brut pour cette période n'ont pas encore été publiées par l'institut des statistiques.




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