L'avion malaisien abattu par un missile sol-air, selon les États-Unis

Des restes de l'avion écrasé.... (Photo Dmitry Lovetsky, AP)

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Des restes de l'avion écrasé.

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

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Stéphane ORJOLLET, Michel Viatteau
Agence France-Presse
WASHINGTON

L'écrasement de l'avion malaisien transportant 298 personnes dans une zone ravagée par la guerre civile en Ukraine suscitait vendredi la consternation de la communauté internationale, Washington appelant à une enquête «sans entrave» alors que des experts américains avançaient le tir d'un missile.

Le président américain Barack Obama a réclamé une enquête «rapide» et «sans entraves», lors d'une conversation téléphonique avec le premier ministre néerlandais Mark Rutte, dont le pays comptait 154 ressortissants à bord.

Washington est prêt à fournir «de l'aide immédiate en faveur d'une enquête internationale rapide, complète, crédible et sans entraves» en Ukraine, a assuré M. Obama.

Pour cela, les Etats-Unis appellent «toutes les parties concernées --la Russie, les séparatistes prorusses et l'Ukraine-- à un cessez-le-feu immédiat».

Des experts des services de renseignement américains estiment que le Boeing 777 de Malaysia Airlines, parti d'Amsterdam pour Kuala Lumpur, a été abattu par un missile sol-air dont l'origine reste cependant encore incertaine.

Les experts étudient leurs données pour savoir si l'engin a été tiré par les séparatistes prorusses, selon un responsable sous couvert de l'anonymat.

Plus tôt jeudi, M. Obama avait appelé son homologue ukrainien Petro Porochenko, et les deux hommes avaient souligné que «toutes les preuves sur les lieux du écrasement» devaient rester en place jusqu'à ce que les enquêteurs internationaux «soient en mesure d'examiner tous les aspects de cette tragédie».

Les autorités de Kiev et les rebelles se sont immédiatement accusés d'être à l'origine d'un tir supposé avoir causé la catastrophe, sans qu'aucun élément matériel ne permette d'en attribuer solidement la responsabilité.

154 Néerlandais

Le Canada a pointé la responsabilité russe. «Nous ne savons pas encore qui est responsable de cette attaque, mais nous continuons de condamner les actes d'agression militaire perpétrés par la Russie ainsi que l'occupation illégale de l'Ukraine (...) à la source du conflit actuel dans la région», a déclaré le premier ministre Stephen Harper dans un communiqué.

Plusieurs des passagers étaient en route vers l'Australie, via Kuala Lumpur, pour participer à la conférence internationale sur le sida, qui se tient tous les deux ans, ont indiqué vendredi les organisateurs. L'édition 2014 a lieu à Melbourne et démarre dimanche.

«Mes pensées et mes prières vont aux familles de ceux qui ont disparu tragiquement à bord du vol MH17. Beaucoup de passagers étaient en route pour la conférence AIDS2014 ici à Melbourne», a écrit sur son compte Twitter Michel Sidibe, directeur d'Onusida, le programme qui coordonne l'action des agence de l'ONU pour lutter contre la pandémie.

Parmi eux, le chercheur néerlandais Joep Lange, figure internationale de la lutte contre le sida.

Outre les 154 Néerlandais à bord, l'avion transportait 43 Malaisiens (dont 15 membres d'équipage), 27 Australiens, 12 Indonésiens, 9 Britanniques, 4 Allemands, 5 Belges, 3 Philippins, un Canadien, selon le dernier décompte fourni par Malaysia Airlines vendredi matin.

La nationalité des autres passagers est en cours de vérification. Le président français François Hollande a affirmé jeudi soir que «plusieurs Français pourraient avoir été» dans l'avion.

Guerre de désinformation

Sur le lieu de l'écrasement, où gisent éparpillés un grand nombre de corps, aucun signe d'éventuels survivants n'était visible jeudi soir, selon des journalistes de l'AFP.

Des morceaux du fuselage déchiqueté, dont la queue de l'appareil avec le logo de Malaysia Airlines, ainsi que des bagages, étaient disséminés sur une vaste zone autour du village de Grabove, dans la région de Donetsk (est de l'Ukraine).

Des messages affichés - et parfois rapidement enlevés - sur des sites internet rebelles et des conversations interceptées par les services de sécurité ukrainiens laissent penser que l'appareil a pu être abattu par erreur par les rebelles, qui l'auraient pris pour un avion militaire ukrainien.

Si jamais cette hypothèse, à traiter avec prudence, dans le contexte d'une virulente guerre de propagande et de désinformation, se confirmait, la position des séparatistes et de leur allié Vladimir Poutine se trouverait considérablement affaiblie face à la communauté internationale.

Mais, pour le président russe, c'est l'Ukraine qui «porte la responsabilité de cette terrible tragédie».

Les marchés financiers européens et américains ont décroché jeudi  après l'annonce du écrasement, intervenue pendant la nuit en Asie, les investisseurs craignant les conséquences d'une nette escalade des tensions dans cette région en crise et ses conséquences sur l'économie mondiale.

Vendredi, c'était au tour des Bourses asiatiques de reculer nettement. L'action de Malaysia Airlines, elle, plongeait de près de 20% à la Bourse de Kuala Lumpur. C'est le deuxième appareil perdu en quatre mois par la compagnie, après le MH370 mystérieusement disparu le 8 mars alors qu'il se rendait à Pékin.

Abattu par erreur?

Les séparatistes prorusses auraient pu abattre l'avion malaisien après l'avoir pris pour un appareil militaire ukrainien, d'après plusieurs éléments parus sur les sites des insurgés et des interceptions des services de sécurité ukrainiens.

«Le ministre de la Défense» des séparatistes Igor Strelkov a indiqué sur sa page Vkontakte (Facebook russe) que les rebelles avaient abattu un avion de transport militaire ukrainien An-26 à peu près à l'heure et dans la zone de l'écrasement de l'avion de ligne malaisien avec 298 personnes à bord.

Il a affiché sur son site une vidéo montrant une épaisse fumée noire s'élevant de l'endroit d'impact de l'appareil abattu. Cette vidéo offre une grande ressemblance avec des images présentées sur YouTube comme étant celles de la chute de l'avion de ligne malaisien.

«On vient d'abattre un An-26 près de Snijné, il traîne quelque part derrière la mine Progress», a écrit à 13H37 GMT Igor Strelkov, citoyen russe présenté par les services ukrainiens comme un colonel du renseignement militaire, mais qui a lui-même récemment reconnu être un officier des services de sécurité russes à la retraite.

Snijné est une localité proche de l'endroit où l'avion malaisien a été abattu dans la région de Donetsk, dans une zone contrôlée par les séparatistes prorusses. L'appareil a disparu des radars à 13H20 GMT.

Un An-26, avion de transport militaire ukrainien a été abattu le 14 juin dans l'Est. Ses 49 occupants ont péri, la tragédie la plus meurtrière pour les forces ukrainiennes depuis le début de leur opération dans l'Est à la mi-avril.

L'avion «civil à 100%»

Les services de sécurité ukrainiens (SBU) ont publié dans la soirée l'interception de ce qu'ils ont présenté comme une conversation entre deux chefs rebelles après l'examen du lieu du écrasement.

- «Ce sont les gars du check-point Tchernoukhine qui ont abattu l'avion. Il s'est désintégré dans l'air», dit l'un d'eux, «Major».

- «Et alors?» demande l'autre, «Grek».

- «C'est un avion civil à 100%» (...).

- «Y a-t-il des armes?»

- «Non, rien, seulement des affaires civiles».

- «Des documents?»

- «Il y en a un d'un étudiant indonésien».

Le chef des services de sécurité ukrainien Valentin Nalyvaïtchenko a convoqué dans la soirée une conférence de presse pour souligner que ces conversations «d'officiers du GRU (renseignement militaire russe) avaient été interceptées et transcrites en conformité avec la loi».

Abattu par un missile Bouk?

Igor Strelkov ne précise par sur les réseaux sociaux par quel moyen a été abattu l'avion qui volait à une altitude de 10 000 mètres.

Mais dans un message affiché sur le compte Twitter officiel de la «République populaire de Donetsk» - qui a été ensuite retiré - les rebelles ont affirmé plus tôt dans la journée avoir saisi «à l'unité ukrainienne A1402» des missiles Bouk capables d'atteindre des cibles à une altitude de 25 kilomètres.

Quelques heures avant le crash, le porte-parole militaire ukrainien Andriï Lyssenko a indiqué que les rebelles basés près de Snijné disposaient de systèmes Bouk «destinés à abattre avions et hélicoptères à petite et moyenne altitude» sans préciser de quelle manière ils se les sont procurés.

Immédiatement après la tragédie, un conseiller du ministre ukrainien de l'Intérieur, Anton Guerachtchenko, a formulé des accusations bien plus précises, affirmant que l'avion de ligne avait été abattu par un missile Bouk, «gracieusement offert aux terroristes (les rebelles prorusses) par (le président russe Vladimir) Poutine».

Les rebelles prorusses ont affirmé ensuite que l'avion malaisien avait été abattu par les forces armées ukrainiennes, dénonçant une «provocation». L'Ukraine a démenti que son aviation ait effectué des tirs jeudi.

Les experts du renseignement américain ont indiqué que l'avion a été abattu par un missile sol-air mais ont reconnu qu'il n'en connaissaient pas, ou pas encore, l'origine.

Les analystes américains «croient fortement» qu'un missile sol-air a abattu le Boeing 777 et ils sont en train d'examiner les données afin de déterminer si le missile a été tiré par les séparatistes pro-russes de l'est de l'Ukraine, les soldats russes de l'autre côté de la frontière ou les forces gouvernementales ukrainiennes, a expliqué l'un de ces responsables sous couvert d'anonymat.




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