L'armée ukrainienne «débloque» l'aéroport de Lougansk

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Des carcasses de blindés entravent la route menant à l'aéroport, dans le sud de Lougansk, le 14 juillet.

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

Dmytro GORSHKOV, Stéphane ORJOLLET
Agence France-Presse
KIEV et DONETSK

Les forces ukrainiennes ont marqué un point sur le plan militaire contre les rebelles prorusses avec le déblocage de l'aéroport de Lougansk lundi, au moment où Moscou fait monter la tension après un incident frontalier.

«L'état-major de l'opération antiterroriste a rapporté au président Petro Porochenko que les militaires ukrainiens sont arrivés, après des combats, à l'aéroport de Lougansk», a annoncé la présidence dans la nuit de dimanche à lundi.

Endommagé et fermé depuis plusieurs semaines, l'aéroport de Lougansk était contrôlé par les loyalistes, mais rendu quasiment inaccessible par la présence de forces séparatistes tout autour. Il apparaissait comme l'un des points importants des défenses des insurgés sur le chemin de Lougansk.

Dimanche soir, le «ministre de la Défense» des rebelles, Igor Strelkov, a affirmé à l'agence publique russe Ria Novosti que d'«intenses combats» étaient en cours à la périphérie de Lougansk où les forces ukrainiennes ont, selon lui, déployé des dizaines de chars.

Des combats continuaient lundi matin, a rapporté le service de presse de la «République populaire de Lougansk» autoproclamée, touchant les villages de Mettalist (au nord), Olexandrivka (à l'ouest), Gueorguiivka et Raskochna (sud-ouest) ainsi qu'à l'aéroport (sud), ce qui reflète la manoeuvre d'encerclement effectuée par les forces de Kiev. Selon la même source, les forces séparatistes ont attaqué des colonnes de l'armée ukrainienne du côté de l'aéroport et de Gueorguiivka.

La mairie de Lougansk a précisé de son côté lundi matin que les échanges de tirs avaient fait trois morts et quatorze blessés parmi la population civile au cours des dernières 24 heures.

Pendant ce temps, la recherche d'une solution politique semble au point mort. La rencontre du président russe Vladimir Poutine avec la chancelière allemande Angela Merkel à Rio, en marge de la finale du Mondial, n'a abouti qu'à la répétition de leurs souhaits : des «discussions directes dès que possible» entre Kiev et les séparatistes pour parvenir à un cessez-le-feu bilatéral.

La réalisation de ces souhaits se heurte depuis plusieurs jours à l'exigence de l'Ukraine de reprendre au préalable le contrôle de sa frontière avec la Russie, exigence que les rebelles et Moscou rejettent implicitement, mais fermement.

Le dialogue est devenu encore plus difficile dimanche après un incident frontalier entre l'Ukraine et la Russie. Accusant les forces de Kiev d'être à l'origine d'un tir d'obus qui a fait un mort du côté russe de la frontière, Moscou a évoqué une «escalade extrêmement dangereuse» et menacé l'Ukraine de «conséquences irréversibles».

«Frappes ciblées»

Le journal russe Kommersant, citant une source proche du Kremlin, a traduit lundi matin ces «conséquences» par des «frappes ciblées» que la Russie pourrait mener ponctuellement sur le territoire ukrainien, contre les endroits d'où, selon elle, étaient partis les tirs contre son territoire.

«Notre patience a des limites», a rapporté une source proche du Kremlin au quotidien, ajoutant qu'«il ne s'agissait pas d'une quelconque action à grande échelle, mais exclusivement de frappes ciblées et ponctuelles sur des positions d'où sont effectués les tirs sur le territoire russe».

Selon la source, citée par Kommersant, Moscou «sait exactement d'où les tirs sont effectués».

Réagissant, le porte-parole du Kremlin a pourtant vertement démenti ces allégations.

«Les informations selon lesquelles la Russie envisage la possibilité de frappes n'ont aucun sens et ne sont pas réelles», a déclaré Dmitri Peskov à l'agence Bloomberg dans des propos repris par Interfax.

«La Russie n'envisage pas de frappes en Ukraine», a-t-il souligné.

Kiev a démenti tout rôle dans cet incident, indiquant que «les militaires ukrainiens n'ont jamais tiré sur le territoire de l'État voisin».

Il serait absurde, pour l'armée ukrainienne, de provoquer une éventuelle riposte des forces russes, beaucoup plus puissantes, estime un expert, Alexeï Goloboutskiï, chef adjoint de l'Agence de modélisation de situations. «Pour l'Ukraine, un tel tir ne ferait qu'ajouter de nouveaux problèmes, avec des images de maisons détruites et de blessés (en Russie), dont elle n'a pas vraiment besoin», a-t-il dit à l'AFP.

«De tels incidents servent les séparatistes et leurs commanditaires. Compte tenu du fait que la Russie fournit aux séparatistes des armements et contrôle une partie du territoire, il lui est facile de faire tourner les canons en direction du territoire russe. Puis, en accusant l'Ukraine, on obtient un bel effet de propagande», a estimé M. Goloboutskiï.

Le chemin vers un compromis politique restant pour le moment introuvable, le dialogue de sourds fait de récriminations mutuelles risque de continuer, alors que les canons poursuivent le leur sur le terrain.

Le président Porochenko a appelé dimanche le Conseil européen à condamner le comportement de la Russie, qu'il a accusée d'introduire illégalement dans son pays du «matériel militaire lourd» et d'«attaquer les positions des soldats ukrainiens». Lors d'un entretien téléphonique avec le président sortant du Conseil européen Herman Van Rompuy, il lui a demandé d'inscrire la question ukrainienne à l'ordre du jour du prochain Conseil européen du 16 juillet.

En attendant, les ambassadeurs accrédités à Kiev ont été invités lundi à une réunion à la présidence destinée à leur présenter des preuves matérielles du soutien que la Russie est accusée de fournir aux séparatistes.




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