Les séparatistes déterminés à «défendre» Donetsk

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Volontaires locaux dépités ou combattants très professionnels, les séparatistes se disaient déterminés lundi à défendre Donetsk, la grande métropole de l'Est ukrainien qu'ils tiennent toujours.

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

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Stéphane ORJOLLET, Galina KORBA
Agence France-Presse
DONETSK ET KIEV

Les rebelles prorusses se préparaient lundi à défendre leur principale place forte de Donetsk, alors que les forces de Kiev avançaient dans sa direction, après avoir pris samedi et dimanche plusieurs villes, dont Slaviansk, abandonnée sans combat par les insurgés.

Plusieurs leaders séparatistes ont affiché leur détermination à livrer bataille après ce «repli tactique», affirmant même, comme l'a dit l'un d'entre eux, Denis Pouchiline, que la défense de Donetsk, la capitale du bassin houiller du Donbass, allait marquer un tournant dans leur conflit avec Kiev.

Mais le «vice-premier ministre» de la république autoproclamée de Donetsk, Andreï Pourguine, a reconnu, dans une conversation avec l'AFP, que les rebelles n'avaient «peut-être pas» assez de forces pour résister à l'armée de Kiev.

Mais «s'ils (les loyalistes) commencent à raser cette ville comme ils ont rasé Slaviansk j'espère que le monde ne restera pas sans réagir à l'extermination de milliers de civils pacifiques dans leurs maisons», a-t-il ajouté.

Interrogé sur l'aide de la Russie, il a évité d'évoquer son aspect militaire.

«Il y a une aide humanitaire, médicale, des organisations de la société civile russe, il y a une aide de la Fédération de Russie au niveau des pourparlers, la Russie participe aux consultations, (le chef de la diplomatie Sergueï) Lavrov discute personnellement avec les Européens. Bien sûr on pourrait attendre plus mais ce n'est déjà pas mal».

Quant à l'aide militaire, elle «doit répondre à (des résolutions du) Conseil de sécurité de l'ONU, au maintien de la paix ou à des états de catastrophe humanitaire. Et je ne vois pas ici de telle tragédie, mais une tragédie émotionnelle», a encore dit M. Pourguine.

Lundi soir, les présidents français et américain François Hollande et Barack Obama ont «appelé» dans un communiqué leur homologue russe Vladimir Poutine à «faire pression sur les séparatistes» prorusses «afin qu'ils acceptent le dialogue avec les autorités ukrainiennes».

La ville était calme dans la journée et on ne notait pas de préparatifs militaires ou de présence accrue d'hommes armés dans les rues du centre où peu de gens circulaient.

Le potentiel militaire des rebelles - qui compteraient au total quelques milliers de combattants dans les régions de Donetsk et Lougansk - est difficile à mesurer. Des colonnes de véhicules transportant plusieurs centaines d'hommes ont été vues entrant à Donetsk pendant le week-end, ainsi que des blindés et des camions montés de canons anti-aériens.

Défendre une aussi grande ville n'est pas évident, même si des points de contrôle renforcés ont été érigés par les rebelles sur les grands axes.

Guérilla urbaine? 

Cependant, l'armée ukrainienne est confrontée à une tâche difficile. Donetsk compte un million d'habitants et le président ukrainien Petro Porochenko s'est engagé solennellement à ne pas les mettre en danger. Entrer dans la ville avec des chars et des blindés exposeraient ceux-ci aux tirs d'armes antichars, dont les rebelles sont amplement pourvus. Et une éventuelle guérilla urbaine, évoquée par les insurgés, ferait couler beaucoup de sang.

Selon l'ancien ministre de la Défense par intérim, Mykhaïlo Koval, la stratégie, conçue par le président Petro Porochenko lui-même, consiste à établir un «blocus» tant de Donetsk que de l'autre grande ville rebelle, Lougansk. Ce «blocus complet» forcera les rebelles «à déposer les armes», a-t-il estimé à la télévision.

De fait,  les forces loyalistes resserrent leur étau. Présentes depuis le début aux portes de Donetsk à l'ouest, où elles ont toujours gardé le contrôle de l'aéroport autour duquel se déroulent régulièrement des combats sporadiques, elles se rapprochent par le nord depuis trois jours.

La grande inconnue reste l'appui que les habitants de Donetsk sont prêts à donner aux combattants insurgés.

Dimanche, plus de deux mille partisans de la «République populaire de Donetsk» - un nombre qui paraît modeste par rapport au million de ses habitants - se sont rassemblés pour proclamer leur intention de défendre la ville.

Une autre incertitude est le degré de soutien que le Kremlin pourrait offrir aux insurgés face à l'offensive sur Donetsk. Pour Volodymyr Fessenko, chef du centre d'études politiques Penta, certes, «il y aura des pressions (en Russie) sur Poutine pour faire entrer ses troupes dans le Donbass, mais il est plus probable que Moscou soutiendra les séparatistes par des livraisons d'armes et une concentration de ses troupes à la frontière», car une intervention directe «provoquerait une troisième vague de sanctions et Poutine voudrait l'éviter».

Sur le plan diplomatique, Moscou jouit d'un appui indirect des Européens, et notamment de Berlin qui cherche à pousser Kiev à accepter un cessez-le-feu inconditionnel, ce que l'Ukraine refuse, jugeant qu'il ne ferait que renforcer les rebelles tant qu'ils contrôlent des parties de la frontière avec la Russie.

Hérissons antichar

En fait, les hommes en armes ne grouillent pas en ville, même s'ils sont plus visibles depuis quelques jours. Et dans la métropole de près d'un million d'habitants, pas de signes visibles de préparatifs guerriers, même si tous les accès sont gardés par d'imposants postes de contrôle, renforcés de sacs de sable, blocs de béton ou grands «hérissons» antichar en acier.

Le chef militaire des séparatistes, Igor Strelkov, qui, selon Kiev, est officier du renseignement militaire russe, serait à Donetsk pour procéder à la réorganisation du dispositif rebelle.

Certains n'ont en tout cas pas besoin de rappel à leur mission, comme ces hommes du bataillon Vostok (Est), qui tiennent un poste de contrôle au rond-point «Motel», dans l'est de la ville.

Uniformes et équipement professionnels, maintien de soldats bien entraînés, ils s'abritent d'une pluie fine sous des filets de camouflage.

L'un d'eux explique avoir rejoint les volontaires dès le début de l'insurrection en avril, alors qu'il venait d'achever son service militaire, «pour défendre sa terre».

Lunettes de soleil sur le front, «Max», l'index bien parallèle à la gâchette de son fusil d'assaut, n'a aucune crainte. Défendre une ville aussi grande que Donetsk? «C'est sans problème. Le seul problème ce sont les civils. Mais, est-ce qu'ils vont bombarder un million de personnes?»




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