La présidentielle, un test de survie pour l'Ukraine

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Petro Porochenko est le grand favori avec plus de 30 % d'intentions de vote.

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

Karim TALBI, Olexandr SAVOCHENKO, Max DELANY
Agence France-Presse
Kiev et Donetsk

En se rendant aux urnes dans une semaine, les Ukrainiens n'élisent pas qu'un nouveau président. Entre risque de partition, pression de la Russie et de ses soldats massés à sa frontière et quasi-faillite de l'économie, c'est la survie et l'existence même du pays qui se joue.

«Ce sont les élections les plus importantes depuis l'indépendance», de l'Ukraine en 1991, résume Volodymyr Fesenko, le directeur du centre d'analyse politique Penta à Kiev. «La survie de l'État ukrainien dépend de ces élections», ajoute le politologue rappelant qu'un gouvernement et un président par intérim dirigent le pays depuis fin février, prêtant le flanc aux accusations d'«illégitimité» portées par Moscou et par les séparatistes armés prorusses qui contrôlent de facto depuis avril les régions de Lougansk et de Donetsk, dans l'Est.

Le scrutin a longtemps été incertain. Mais à une semaine de l'élection, après des mois d'une crise politique majeure qui a vu la péninsule ukrainienne de Crimée rattachée à la Russie et qui a conduit le pays au bord de la guerre civile les morts se comptant par dizaines, le danger d'une annulation de l'élection semble écarté.

Les Occidentaux, «parrains» du mouvement de contestation de Maïdan qui a installé au pouvoir les autorités actuelles, font du scrutin une étape «cruciale» pour régler la crise qui a dégénéré en pire bras de fer diplomatique entre Russes et Occidentaux depuis la fin de la Guerre froide.

Moscou, accusé par Kiev et par les Occidentaux de tirer les ficelles dans l'Est, dément tout soutien logistique aux séparatistes armés et ironise sur l'organisation d'une présidentielle «au son des canons».

En visite en Ukraine, le secrétaire général adjoint de l'ONU aux droits de l'Homme, Ivan Simonovic, s'est montré pessimiste, estimant que l'Ukraine approchait «un point de non-retour».

Le roi du chocolat, grand favori 

La peur de voir les chars russes envahir le pays et le débat complexe sur l'identité ukrainienne, entre habitants de l'Ouest proche de la Pologne et taxés de nationalisme et Ukrainiens de l'Est qui se méfient de Kiev et regardent vers Moscou, ont été au coeur de la campagne électorale. Aux prorusses qui prônent le «fédéralisme», les partisans d'une Ukraine accrochée à l'Europe ont répondu par la «décentralisation» et une plus grande autonomie budgétaire pour les régions.

L'élection pêche par manque de «nouveaux visages», selon les experts, plusieurs ayant été ministre ou premier ministre ces dix dernières années. Les candidats ultranationalistes, dont les mouvements ont été en pointe sur les barricades de Maïdan, ont progressivement perdu en popularité.

Le grand favori avec plus de 30 % d'intentions de vote, Petro Porochenko, qui s'est rendu populaire en mettant son immense fortune au service des contestataires de Maïdan entre novembre et février, a résumé d'une phrase son programme: «mettre fin en trois mois à la crise avec la Russie».

L'ancienne première ministre Ioulia Timochenko, deuxième dans les sondages, promet pour sa part de rendre l'Ukraine énergétiquement indépendante de la Russie d'ici à 2020 grâce à l'exploitation de gaz ukrainien. L'ancienne égérie de la Révolution orange de 2004 prône par ailleurs l'adhésion du pays à l'Union européenne.

Le vainqueur pourra compter sur les 27 milliards de dollars de prêt promis par le FMI, la Banque Mondiale et l'Union européenne. Mais devra alors mener des réformes difficiles et pas toujours populaires.

Les candidats ont sillonné l'Ukraine, à l'exception des régions de l'est où les affrontements sont réguliers entre l'armée ukrainienne et les séparatistes armés prorusses. L'opération «antiterroriste», loin de permettre à Kiev de reprendre le contrôle de ces régions où vivent 7 millions d'habitants, est un échec et les insurgés ont étendu leur contrôle.

La Commission électorale a déjà prévenu que le vote pourrait ne pas se dérouler dans une dizaine de parties des régions de Lougansk et de Donetsk, privant de scrutin près de deux millions d'électeurs potentiels.

«Je peux vous assurer qu'il n'y aura pas d'élection à Donetsk, aucune», a prévenu Alexandre Borodaï, le très mystérieux consultant russe devenu «premier ministre» de la «République populaire de Donetsk», qui a proclamé sa souveraineté après un référendum d'indépendance.




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