La «République de Donetsk» demande son rattachement à la Russie

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«Nous, le peuple de la République populaire de Donetsk déclarons que la République devient désormais un État souverain», a dit devant la presse Denis Pouchiline.

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

Agence France-Presse
DONETSK et SLAVIANSK, Ukraine

Les séparatistes de l'est de l'Ukraine ont demandé lundi que leur «république de Donetsk» autoproclamée soit rattachée à la Russie, au lendemain d'un référendum d'«indépendance» jugé illégal par Kiev et les Occidentaux.

«Nous, le peuple de la République populaire de Donetsk déclarons que la république devient désormais un État souverain», a dit devant la presse Denis Pouchiline, l'un des responsables séparatistes, lisant une déclaration devant les caméras.

«Pour rétablir la justice historique, nous demandons à la Russie d'examiner un rattachement de la République de Donetsk à la Fédération de Russie», a-t-il poursuivi.

«Le peuple de Donetsk a toujours fait partie du monde russe», a-t-il déclaré en dénonçant «la junte de Kiev» arrivée au pouvoir après la destitution du président pro-russe Viktor Ianoukovitch en février et qui, selon lui, «prône une idéologie néo-nazie, raciste et russophobe».

Les insurgés armés pro-russes ont convoqué dimanche un référendum d'indépendance dans les régions industrielles de Donetsk et Lougansk, dans l'est de l'Ukraine où ils revendiquent la victoire du oui à 90% environ.

La région de Lougansk a aussi proclamé sa «souveraineté» lundi lors d'une manifestation, a rapporté l'agence de presse Interfax.

De son côté, la Russie a annoncé lundi qu'elle allait «respecter» la volonté des Ukrainiens de l'Est au lendemain du oui massif à un référendum séparatiste ouvrant la voie à une partition du pays, tout en insistant sur le «dialogue» avec Kiev.

«Nous respectons à Moscou l'expression de la volonté des populations des régions de Donetsk et Lougansk», a déclaré le Kremlin lundi dans un communiqué.

Moscou a ajouté compter désormais sur un «dialogue» entre les régions séparatistes et Kiev.

Les premiers résultats du «référendum», une consultation illégale aux yeux de Kiev et de la communauté internationale, sont sans surprise. Ils faisaient état dimanche soir de près de 90 % de oui dans la région de Donetsk, l'une des deux (avec celle de Lougansk) ciblées par le vote de dimanche. La participation a été de près de 75 %, a affirmé un responsable des rebelles.

Le président de la «Commission électorale centrale» exhibe... (PHOTO DIMITAR DILKOFF, AFP) - image 2.0

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Le président de la «Commission électorale centrale» exhibe les résultats du «référendum» séparatiste, à Lougansk, le 12 mai.

PHOTO DIMITAR DILKOFF, AFP

Les résultats de la région voisine de Lougansk sont attendus dans la journée de lundi. Ils devraient aller dans le même sens selon les estimations provisoires.

Entretemps, les tirs et détonations ont repris tôt lundi à Slaviansk, bastion de la rébellion armée, encerclé par les forces ukrainiennes qui y mènent une vaste opération militaire depuis le 2 mai.

Les insurgés armés prorusses avaient convoqué dimanche la population du bassin du Donbass (7,3 millions de personnes), dont ils contrôlent les principales villes, pour valider leur projet d'«indépendance» des «Républiques populaires» autoproclamées de Donetsk et de Lougansk.

Les autorités ukrainiennes et la communauté internationale craignent que ne se reproduise un scénario similaire à celui qui a conduit au rattachement de la Crimée à la Russie en mars, après un référendum similaire.

Le président ukrainien par intérim, Olexandre Tourtchinov, a de son côté répété lundi que le référendum est «une farce sans effets juridiques».

«La farce que les terroristes appellent référendum n'est rien de plus qu'une couverture de propagande pour des meurtres, des enlèvements, des violences et d'autres crimes graves», a-t-il déclaré.

Les autorités de Kiev «vont poursuivre le dialogue avec ceux qui en Ukraine de l'Est n'ont pas de sang sur les mains et sont prêts à défendre leurs objectifs de manière légale», a-t-il ajouté.

Les autorités ukrainiennes sont déterminées à mener à bien le scrutin présidentiel anticipé prévu le 25 mai, qu'elles accusent la Russie de vouloir faire capoter. Les insurgés ne veulent pas de cette élection et traitent de «fasciste» le gouvernement provisoire au pouvoir depuis la chute du président Viktor Ianoukovitch fin février.

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, est attendu à Kiev dans la soirée de lundi pour y rencontrer le premier ministre, Arseni Iatseniouk, et apporter le soutien de l'UE à l'élection.

À Bruxelles, les ministres européens des Affaires étrangères se réunissent et pourraient adopter de nouvelles sanctions plus dures à l'encontre de la Russie, qu'ils accusent de tirer les ficelles dans la crise ukrainienne.

Selon le secrétaire américain à la Défense, Chuck Hagel, la Russie n'a toujours pas retiré ses troupes massées à la frontière avec l'Ukraine en dépit de promesses en ce sens.

Selon une source diplomatique française, une réunion entre Ukrainiens - autorités de Kiev et prorusses - pourrait avoir lieu dès mercredi en Ukraine sous l'égide de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

La présidente du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, a averti lundi que la crise ukrainienne «constitue un danger que l'on peut encore très difficilement mesurer et dont le risque de contagion à d'autres pays n'est guère prévisible».

«Je ne sais pas ce qui va se passer»

Donestk, au lendemain du vote, s'est réveillée sous des trombes d'eau et dans le calme. Malgré la victoire écrasante du oui, aucune scène de liesse, aucun rassemblement dans la ville - même devant le siège de l'administration régionale tenu par les rebelles - n'a été constaté.

«Je ne sais pas ce qui va se passer maintenant, mais je fais confiance à nos nouveaux leaders pour faire ce qui sera le mieux pour nous», a confié à l'AFP Valentina, une professeure de 42 ans.

Le référendum de dimanche, considéré comme «illégal» par Kiev et la communauté internationale, s'est accompagné de violences à Krasnoarmiïsk, une ville de 65 000 habitants située à l'ouest de Donetsk.

Des hommes armés, vraisemblablement des milices pro-ukrainiennes, ont fait irruption dans les bâtiments officiels où se déroulait le référendum et l'ont interrompu.

Selon un photographe indépendant travaillant pour l'AFP et présent sur place, ils ont tiré sur la foule qui les invectivait et deux personnes ont été vues gisant sur le sol.

Ailleurs dans la région, le vote semble s'être déroulé dans le calme.

Aucune vérification indépendante n'a de fait été possible en l'absence d'observateurs neutres et des médias, dont la présence a été interdite.

En revanche, dans la ville de Svatove (20 000 habitants), proche de Lougansk, le maire Evguen Rybalko a refusé d'organiser le référendum, bien que des dizaines d'hommes armés lui aient rendu visite à deux reprises pour tenter de l'en convaincre.

Le ministère ukrainien des Affaires étrangères a rappelé que, selon un récent sondage de l'institut Pew Research Center, 70 % des habitants de l'Est étaient favorables à l'unité de l'Ukraine.

«Le problème est que la grande majorité des vrais patriotes ukrainiens et des partisans d'une Ukraine unie font l'objet d'intimidations de la part des groupes terroristes prorusses», a-t-il souligné.

-Avec Marion THIBAUT et Bertrand de SAISSET




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