L'OTAN ordonne la fin de la coopération avec la Russie

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Le secrétaire d'État américain John Kerry et les autres ministres étaient rassemblés à huis clos au quartier général de l'OTAN.

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

John-Thor Dahlburg, Vladimir Isachenkov
Agence France-Presse
BRUXELLES, Belgique

L'OTAN a suspendu mardi sa coopération civile et militaire avec la Russie, en riposte à l'intervention en Ukraine, tout en maintenant le dialogue politique avec Moscou en vue de favoriser une solution à la crise.

L'Alliance a aussi annoncé qu'elle ne pouvait confirmer le retrait partiel de troupes russes déployées à la frontière avec l'Ukraine.

Les ministres des Affaires étrangères des 28 pays membres ont décidé de «suspendre la coopération civile et militaire avec la Russie», a déclaré le secrétaire général de l'Alliance, Anders Fogh Rasmussen, à l'issue d'une réunion à Bruxelles.

Il n'a pas précisé quels seraient les programmes touchés, mais a souligné que ceux liés à l'Afghanistan ou à la lutte contre le trafic de drogue ne seraient pas concernés.

«Je pense que les projets de coopération liés à l'Afghanistan, sur les routes de transit ou les hélicoptères, devraient se poursuivre car nous avons un intérêt commun à assurer le succès de notre mission en Afghanistan», a-t-il dit.

L'Otan et la Russie collaborent aussi, avec des pays tiers, à la lutte contre la piraterie dans l'océan Indien, et à des programmes contre le terrorisme.

Réunis autour de l'Américain John Kerry, les chefs de la diplomatie ont voulu se montrer fermes, sans pour autant «mettre de l'huile sur le feu», car il «ne faut pas fournir de prétexte à la Russie pour relancer l'escalade», a résumé un diplomate.

L'OTAN cherche également à rassurer les pays de l'Est, États baltes et Pologne en tête, qui réclament une plus grande implantation des Alliés, certains plaidant même en faveur de bases permanentes. «Nous nous féliciterions d'une présence plus forte de l'OTAN», a déclaré le ministre polonais, Radek Sikorski.

L'Alliance se tient «prête» à «prendre les mesures nécessaires» face «à toute menace d'agression visant l'Alliance», ont précisé les ministres, sans entrer dans les détails opérationnels.

Pour le moment, les grands pays d'Europe de l'Ouest préfèrent s'en tenir aux mesures prises ces dernières semaines, à savoir le déploiement temporaire d'avions-radars Awacs de l'Otan, et d'appareils F-15 et F-16 des États-Unis en Lituanie et en Pologne. «Ces moyens sont suffisants à l'heure actuelle», selon un responsable militaire.

Manoeuvres avec l'OTAN

«Nous n'avons pas besoin de troupes de l'OTAN aux frontières avec la Russie», a estimé le chef de la diplomatie des Pays-Bas, Frank Timmermans.

Sur l'annonce du retrait de troupes russes, M. Rasmussen a indiqué qu'il ne pouvait «malheureusement pas confirmer». «Ce n'est pas ce que nous constatons».

Les États-Unis avaient déjà accueilli lundi avec prudence les affirmations du ministère russe de la Défense sur le retrait d'un bataillon de la zone frontalière avec l'Ukraine.

M. Kerry a souligné mardi soir qu'il fallait saluer l'annonce russe, mais qu'elle restait «peu importante par rapport au nombre de soldats déployés». «La question est de savoir maintenant ce qui va suivre», a-t-il ajouté, alors que les Américains évaluent à au moins 20 000 le nombre de soldats présents à la frontière Est de l'Ukraine.

Parallèlement, le Parlement ukrainien a décidé l'organisation cette année de manoeuvres communes avec l'OTAN sur le territoire ukrainien et en mer Noire, qui devraient susciter de vives réactions de Moscou.

Il a aussi approuvé le désarmement des groupes paramilitaires qui ont participé à la contestation pro-européenne et contrôlent toujours le centre de Kiev, au lendemain d'une fusillade provoquée par un membre du mouvement nationaliste Pravy Sektor.

La Russie continue par ailleurs à avoir recours à l'arme économique contre l'Ukraine. Le patron du géant russe Gazprom, Alexeï Miller, a annoncé mardi mettre fin au rabais accordé en décembre à Kiev en échange de son renoncement à un accord avec l'Union européenne. Cela augmente le prix de plus d'un tiers, à 385,5 dollars les 1000 mètres cubes.

Kiev est sous la menace d'une hausse encore plus forte: les autorités russes ont fait savoir qu'elles pourraient mettre fin à une autre ristourne de 100 dollars, accordée en 2010 dans le cadre d'un accord sur la prolongation du bail de la Flotte de la mer Noire basée à Sébastopol.

Cela ferait passer le gaz russe à l'un des tarifs les plus élevés appliqués aux pays européens, alors que l'Ukraine est en grande difficulté économique.

Doute sur le retrait des troupes russes

Annoncé par le Kremlin, le retrait partiel de troupes russes à la frontière ukrainienne n'a pas été confirmé mardi par l'OTAN, qui a réaffirmé son soutien à Kiev, soumis à de nouvelles pressions économiques de Moscou.

Les États-Unis avaient déjà accueilli lundi avec prudence les affirmations du ministère russe de la Défense sur le retrait d'un bataillon de la zone frontalière avec l'Ukraine.

La chancelière allemande, Angela Merkel, a pour sa part affirmé mardi ne pas avoir «de raison de douter» des assurances sur le début d'un retrait que lui avaient données la veille le président russe Vladimir Poutine. «Ce n'est certainement pas le dernier pas nécessaire, car la concentration de troupes à la frontière ukrainienne est très élevée», a-t-elle ajouté.

L'annonce d'un retrait partiel a été considérée par les Occidentaux comme un premier signe de «désescalade», après des semaines de tensions ayant culminé avec le rattachement de la Crimée à la Russie.

Cette «agression» a «fondamentalement transformé la situation sécuritaire de l'Europe», a réaffirmé M. Rasmussen avant une réunion des ministres des Affaires étrangères des 28 pays de l'Otan à Bruxelles.




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