Un «message fort» pour Poutine?

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Un homme tient un drapeau russe devant le Parlement de Crimée, à Simferopol, au lendemain du référendum au cours duquel 95 % des votants ont appuyé l'idée d'un rattachement à la Russie.

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

Les résultats du référendum tenu dimanche en Crimée en faveur du rattachement de la péninsule à la Russie ont suscité une levée de boucliers, hier, dans le monde occidental. Plusieurs pays occidentaux ont annoncé des sanctions ciblées pour freiner les ardeurs du président russe Vladimir Poutine, qui a répondu en reconnaissant l'indépendance du territoire convoité.

Q: Quelles sanctions ont été décidées?

R: Rejetant les résultats du référendum, au cours duquel 95% des votants ont appuyé l'idée d'un rattachement à la Russie, l'Union européenne a annoncé hier l'imposition de sanctions contre une vingtaine de personnalités russes et de dirigeants séparatistes de Crimée accusés d'avoir orchestré cette consultation controversée. La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a annoncé que la restriction de visas et le gel des actifs des personnes ciblées visaient à envoyer un «message fort» à Moscou pour bien faire comprendre la gravité de la situation. Les États-Unis et le Canada ont aussi annoncé des sanctions ciblées contre une liste de responsables russes et criméens accusés de «violer la souveraineté et l'intégrité territoriale» de l'Ukraine.

Q: Ces sanctions peuvent-elles fonctionner?

R: Le politologue Dominique Arel, spécialiste de l'Ukraine, doute que les sanctions annoncées hier puissent à elles seules infléchir l'attitude de Vladimir Poutine, qui semble déterminé à rattacher la Crimée à son pays. Le chef d'État, dit M. Arel, a concentré dans ses mains une quantité exceptionnelle de pouvoirs et mène le dossier ukrainien avec l'aide de quelques proches conseillers seulement, sans avoir à rendre de comptes à aucune institution. Les personnes extérieures à ce cercle qui seraient touchées par les sanctions risquent peu de pouvoir influencer le président, note l'analyste. Yaroslav Baran, conseiller en communications basé à Ottawa qui a déjà participé à des missions d'observation électorale en Ukraine, pense que les autorités européennes et nord-américaines n'obtiendront des résultats que si elles visent beaucoup plus large, par exemple en imposant un embargo commercial à grande échelle.

Q: Comment a réagi hier Vladimir Poutine?

R: Le président russe, de manière prévisible, a dit espérer «que la majorité de la population de l'Ukraine respectera et comprendra les résultats plus que convaincants du référendum». Il a signé un décret reconnaissant l'indépendance de la Crimée et a assuré que la Douma prendrait rapidement «et de manière efficace» les mesures requises pour procéder au rattachement de la péninsule. Il s'est montré peu sensible aux menaces de l'Ouest. L'annonce des résultats du référendum a été reçue triomphalement dans les médias russes, qui encensent, dans la majorité des cas, la manière forte adoptée par le président. Au dire de Dominique Arel, plusieurs s'adonnent à des attaques virulentes contre l'Occident et décrient les critiques occidentales. L'ancien président russe Mikhaïl Gorbatchev s'est mis de la partie hier en relevant que le résultat du référendum devait être «salué» plutôt que dénoncé.

Q: Comment évolue la situation sur le terrain en Crimée?

R: Les autorités sécessionnistes n'ont pas perdu de temps au lendemain du référendum, divulguant toute une série de mesures visant à favoriser le rapprochement souhaité avec Moscou. Ils ont annoncé la nationalisation des biens de l'État ukrainien en Crimée, ciblant en particulier les entreprises pétrolières et gazières, ainsi que l'adoption du rouble comme monnaie nationale. Ils ont par ailleurs demandé que les troupes ukrainiennes présentes en Crimée quittent le territoire ou s'intègrent dans les forces armées locales. Le gouvernement ukrainien a fait savoir de son côté que ses troupes resteraient sur place, jetant les bases d'un face à face durable entre militaires avec un fort potentiel de dérapage. «Dans les circonstances actuelles, tout peut arriver», note Yaroslav Baran. Dominique Arel souligne de son côté que les troupes ukrainiennes ont résisté jusqu'à maintenant aux provocations de troupes russes en Crimée, mais qu'il est difficile de prédire la suite des choses. Particulièrement si Moscou en vient à statuer que les forces ukrainiennes présentes dans la péninsule constituent des «troupes étrangères».

Q: Y a-t-il un risque d'élargissement du conflit au reste de l'Ukraine?

R: Si le rattachement de la Crimée à la Russie va de l'avant sans impact majeur pour son régime, il est possible que le président Vladimir Poutine cherche à pousser son avantage dans d'autres régions du pays, concentrées dans l'Est russophone. Les incidents violents survenus à Donetsk et Kharkiv au cours des derniers jours témoignent des risques d'élargissement du conflit. Dominique Arel note que l'on voit se répéter les scènes où des centaines, voire des milliers d'hommes prorusses défilent dans les rues en s'en prenant aux institutions ukrainiennes. Yaroslav Baran pense que le régime à Moscou cherche à générer l'idée que des minorités prorusses sont persécutées pour justifier de nouvelles interventions. «Le même scénario que celui qui est arrivé en Crimée se répète soudainement à plusieurs endroits. Ce n'est pas un hasard», dit-il.




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