Référendum en Crimée: appui massif au «rattachement à la Russie»

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Les partisans pro-russes ont célébré le vote en faveur du rattachement de la Crimée à la Russie sur la place Lénine de Simféropol, dimanche.

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

Michel MOUTOT, Dario THUBURN
Agence France-Presse
SIMFÉROPOL

La Crimée a approuvé dimanche à plus de 95 % son rattachement à la Russie au terme d'un scrutin qui a mis en lumière le divorce profond entre Russes et Occidentaux, et réveillé les appétits des séparatistes de l'est de l'Ukraine.

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Une femme dépose son bulletin de vote en tenant un drapeau russe à la main, dimanche à Bakhchisaray.

PHOTO SERGEI KARPUKHIN, REUTERS

La Crimée s'acheminait encore davantage vers le rattachement à la Russie au lendemain d'un référendum marqué par une victoire massive du oui, mais dénoncé par les Occidentaux, qui doivent annoncer de nouvelles sanctions lundi contre Moscou.

À Simféropol, la capitale de la république séparatiste qui chantait dimanche soir l'hymne national russe, le parlement local se réunit lundi en session extraordinaire pour adopter officiellement une demande de rattachement qu'il adressera à la Russie et confirmer les résultats définitifs du oui (plus de 95%).

Des députés de Crimée s'envolent le même jour pour Moscou où la Douma, la chambre basse du Parlement russe, achève la préparation du projet de loi sur l'intégration de la Crimée à la Russie.

À Bruxelles, les ministres européens des Affaires étrangères se réunissent à 3h30 (heure de Montréal) pour décider de sanctions à l'encontre de responsables russes jugés impliqués dans l'intervention russe en Crimée.

Le président américain Barack Obama a fait écho aux Européens en évoquant d'éventuelles sanctions supplémentaires contre Moscou, et en avertissant son homologue russe Vladimir Poutine que les États-Unis et leurs alliés ne reconnaîtraient «jamais» le référendum sur la Crimée de dimanche.

De même, le Japon a appelé lundi la Russie à ne pas annexer la Crimée, et le Canada a évoqué l'«illégitimité» du «soi-disant référendum».

La crise, née en novembre d'un mouvement de contestation du pouvoir du président Viktor Ianoukotch, aura accouché au bout de quatre mois de la pire crise diplomatique entre grandes puissances depuis la fin de l'Union soviétique en 1991. Et elle pourrait permettre à la Russie, une fois la Crimée absorbée, d'étendre son territoire pour la première fois depuis 1945.

Plus de 95% pour la Russie

Les partisans de Moscou ont passé une belle soirée. Il faut dire que la victoire a été facile. «95,5% ont voté pour le rattachement de la Crimée à la Russie», a annoncé le président de la commission électorale locale, Mikhaïlo Malychev, faisant état des premiers résultats après le dépouillement de plus de la moitié des bulletins.

Le taux de participation était de 81% pour cette consultation organisée en catastrophe dans une péninsule occupée depuis deux semaines par les troupes russes.

«Nous rentrons à la maison !» a lancé le premier ministre de Crimée, Serguiï Axionov, place Lénine à Simféropol, avant d'entonner l'hymne national russe avec la foule et une chorale de chanteurs en tenue de marin de la Flotte de la mer Noire.

Manifestation sur la place Lénine de Simféropol.... (PHOTO FILIPPO MONTEFORTE, AFP) - image 2.0

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Manifestation sur la place Lénine de Simféropol.

PHOTO FILIPPO MONTEFORTE, AFP

Entre MM. Obama et Poutine, le dialogue de sourds se poursuit. Barack Obama a demandé d'accepter des observateurs internationaux pour surveiller les incursions de troupes russes en Ukraine, ce à quoi le maître du Kremlin a rétorqué que la mission de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) devrait «s'étendre à toutes les régions ukrainiennes», en référence aux bastions russophones de l'est.

Londres a de son côté qualifié le scrutin de «farce», suivi par Paris qui a raillé un scrutin «sous la menace des forces d'occupation russes».

Scènes de liesse

Dès l'annonce des résultats, des milliers de personnes sont descendues dans les rues de Simféropol et Sébastopol, qui abrite la flotte russe de la mer Noire, pour fêter la victoire du rattachement de la péninsule à la Russie.

Le référendum, présenté comme un exercice de démocratie populaire par les autorités séparatistes et par Moscou, se déroulait en présence de milliers de soldats russes qui contrôlent la région depuis deux semaines aux côtés de milices séparatistes.

L'Union européenne a averti qu'elle mettrait ses menaces à exécution dès lundi en établissant une liste noire de responsables russes et ukrainiens pro-russes visés par des sanctions.

Poutine «a su résister»

À Sébastopol, Aleftina Klimova, née en Russie, a eu du mal à trouver le sommeil avant le vote. «Je m'attendais à ce que les États-Unis, la France, eux tous, soient contre. Je craignais pour (le président russe Vladimir) Poutine. Mais il a su résister», a-t-elle dit.

La question posée donnait aux électeurs le choix entre «la réunification avec la Russie en tant que membre de la Fédération de Russie» ou le retour à un statut, datant de 1992 et jamais appliqué, d'autonomie élargie à l'égard de Kiev.

Les autorités sécessionnistes sont arrivées au pouvoir à Simféropol après la destitution à Kiev, le 22 février, du président pro-russe Ianoukovitch et à la faveur d'un coup de force organisé par des civils pro-russes en armes et des milliers de soldats russes.

Venus de Sébastopol, la base maritime russe à la pointe sud de la péninsule, puis entrés en Crimée en colonnes de blindés depuis le territoire russe, ils assiégeaient dans les bases militaires et les lieux stratégiques les soldats ukrainiens restés fidèles aux autorités de Kiev.

Agitation à l'Est

À Kiev, l'homme de la rue - ou plutôt du Maïdan (place de l'Indépendance) - n'en craint pas moins la guerre.

«C'est une possibilité», dit un membre des groupes d'autodéfense du Maïdan, Vassyl Petrachthouk. «Poutine verra que nous ne sommes pas prêts à nous écarter de son chemin. Aujourd'hui il prend la Crimée, demain il voudra prendre Donetsk, Kharkiv, pas à pas. Il veut rétablir l'Union soviétique».

Dans l'est, des manifestants pro-russes, encouragés par le référendum, ont procédé à une démonstration de force dans les grandes villes industrielles en passe de devenir de nouveaux «points chauds». À Donetsk, ancien fief du président Ianoukovitch destitué fin février, des manifestants pro-russes ont pénétré dans les sièges du parquet et des services spéciaux (SBU), et à Kharkiv, l'ancienne capitale de l'Ukraine, 6000 pro-russes ont organisé une réunion-référendum pour plus d'autonomie et pour la «souveraineté» de la langue russe.

Petite note insolite, l'équipe de Simféropol (Crimée) et le Dynamo de Kiev ont disputé dimanche un match de football symbolique. Le Dynamo, un habitué de la Ligue des Champions, l'a emporté 2 à 1.

Sébastopol hisse déjà le drapeau russe

Le drapeau tricolore de la Russie claque déjà dans le ciel de Sébastopol, le port d'attache historique de la flotte russe de la mer Noire en Crimée, la péninsule ukrainienne qui vote dimanche par référendum son rattachement à la Russie.

Dans la rue principale qui surplombe la mer Noire, l'ambiance est déjà à la célébration du retour dans le giron de Moscou, alors que des chansons militaires et patriotiques inondent les alentours depuis de grands hauts-parleurs placés sur les toits.

Le drapeau russe est partout, aux mains des passants, sur les voitures, les autobus ou même les ambulances.

Un navire de guerre russe, ancré face à la ville, montre aussi, s'il le fallait, l'emprise d'ores et déjà exercée par la Russie sur cette ville portuaire.

«Je suis heureux», dit Alexandre Sorokine. «Honnêtement, j'ai 60 ans et je n'ai jamais pensé que je vivrais assez longtemps pour vivre ce jour de fête. Sébastopol va redevenir une ville russe», ajoute-t-il.

Une grande scène a été installée sur le front de mer pour célébrer le rattachement à la Russie après les résultats attendus dans la soirée.

Guerre de Crimée de 1853

Sébastopol a été fondée par Catherine II en 1783, et héberge dans son port depuis 230 ans la flotte russe de la mer Noire, une force navale cruciale pour la Russie puisqu'elle lui donne un accès au Bosphore et à la Méditerranée.

La ville a été l'enjeu d'une des pires batailles de la guerre de Crimée qui opposa au milieu du XIXe siècle la Russie à la Turquie, la Grande-Bretagne et la France.

Son siège par les Nazis durant la Seconde Guerre mondiale fit 250.000 morts parmi les soldats de l'Armée rouge. Reconquise ensuite par les Soviétiques, et dotée du titre de «ville héroïque» comme l'ancienne Stalingrad (actuelle Volgograd), elle a été entièrement reconstruite dans le style néo-classique de l'époque stalinienne.

Sa population de 350 000 habitants est considérée comme d'origine russe en grande partie.

Près de la scène, sur laquelle un groupe de rock local effectue des essais, un stand installé par un groupe de motocyclistes russes en blousons noirs offre blinis et thé aux passants. «Là où nous sommes, c'est la Russie», résume une grande banderole au-dessus d'eux.

«Tout ce qui s'est produit dans le passé était dû aux politiciens, maintenant c'est au tour de la volonté du peuple de s'exprimer», dit un homme rencontré non loin d'un monument aux morts, qui dit habiter là depuis un demi-siècle.

«Cela dépend de nous», dit-il, interrogé sur l'avenir de la ville.

Une femme de 48 ans, Lioudmila, fonde des espoirs sur le rattachement à la Russie, pour les nouvelles générations.

«Nous espérons que tout sera bon pour nos enfants. Ils vont parler la langue qu'ils veulent parler, le russe», a-t-elle dit.




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