«Poutine est certainement mégalomane»

Le président russe Vladimir Poutine a présidé hier... (PHOTO ALEXEY DRUZHININ, AFP/RIA-NOVOSTI)

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Le président russe Vladimir Poutine a présidé hier une réunion gouvernementale dans sa résidence officielle de Novo-Ogaryovo, aux environs de Moscou.

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

Richard Hétu

collaboration spéciale

La Presse

(NEW YORK) Comme plusieurs membres de la diaspora russe à New York, Nina Khrouchtcheva suit avec un vif intérêt le déroulement de la crise ukrainienne. Mais les opinions de cette intellectuelle de 49 ans ont un poids particulier. Non seulement est-elle spécialiste en relations internationales à la New School, une université privée de New York, mais elle est également l'arrière-petite-fille de Nikita Khrouchtchev, le leader soviétique qui, d'une certaine manière, a contribué à la situation actuelle en offrant la Crimée à l'Ukraine en 1954. Auteure de plusieurs livres et articles sur la Russie, elle a accepté de répondre à nos questions hier.

Q : Quelles sont les visées de Vladimir Poutine en Crimée et en Ukraine?

R : Poutine a vu une occasion de prendre le contrôle de la Crimée, et il l'a saisie. La Crimée fait désormais partie de facto du territoire contrôlé par la Russie. Un de ses objectifs est de garder intacte la flotte russe de la mer Noire. Je pense qu'il craignait que la venue d'un nouveau gouvernement ukrainien ne compromette le bail de location de la base conclu avec les administrations précédentes. Poutine veut aussi démontrer qu'il exerce un contrôle sur les territoires qui appartenaient à l'ancienne Union soviétique et qu'il n'hésiterait pas à utiliser la force pour garder ces territoires sous l'influence russe si ceux-ci étaient menacés.

Q : La prise de contrôle de la Crimée par la Russie est-elle irréversible?

R : Nous ne le savons pas. Il y a aujourd'hui une rencontre à Paris et nous verrons ce qu'il en ressortira. Mais je ne pense pas que Poutine évacuera les forces russes de la Crimée. Je ne pense pas non plus qu'il veuille aller plus loin. Il veut démontrer au monde qu'il a le droit d'intervenir pour stopper un mouvement qui ne lui plaît pas.

Q : On a beaucoup parlé de l'état d'esprit de Poutine, l'ancienne secrétaire d'État américaine Madeleine Albright allant même jusqu'à affirmer qu'il est déconnecté de la réalité. Qu'en pensez-vous?

R : Il est certainement mégalomane. Il est un petit homme et sa mégalomanie est inversement proportionnelle à sa taille. Il est aussi au pouvoir depuis presque 15 ans et, comme nous le savons, le pouvoir absolu corrompt absolument. Au-delà même des traits psychologiques propres à Poutine, un individu qui a été au Kremlin pendant toutes ces années ne voit plus le monde comme il est. Il voit le monde comme il veut le voir. Et cela se reflète très clairement dans toutes ses actions.

Q : Et comment ses actions en Ukraine sont-elles perçues par les Russes? Un sondage publié mardi indiquait que 73% d'entre eux sont opposés à une intervention en Ukraine.

R : Ce sondage est fiable. Les gens ne veulent pas d'une intervention armée. Mais le point de vue des Russes demeure ambigu. D'un côté, nous voulons faire partie du monde, et de l'autre, nous disons que nous sommes uniques, spéciaux, que notre relation au monde est spirituelle, comparativement à celle de l'Occident, qui est matérialiste. Ainsi, les Russes ne veulent pas d'une intervention en Ukraine, mais ils se sentent en même temps solidaires de leurs frères.

Q : Quel jugement portez-vous sur l'attitude des pays occidentaux devant la situation qui a cours en Ukraine depuis le début des manifestations à Kiev?

R : Je ne suis vraiment pas impressionnée. La réponse des Occidentaux a manqué de cohérence à la suite du refus (du président ukrainien Viktor Ianoukovitch) de signer l'entente d'association avec l'Union européenne. Les Occidentaux ont été pris par surprise et ne se sont pas entendus sur un message commun. Aujourd'hui, l'Union européenne a enfin trouvé ces 15 milliards de dollars pour aider l'Ukraine. Qu'est-ce qui l'empêchait d'offrir cette somme avant?

Q : Que pensez-vous du rôle joué par Barack Obama et John Kerry depuis le début de cette crise?

R : Je pense que le monde fait fausse route en espérant que les États-Unis apportent des solutions à une crise européenne. Je pense aussi que John Kerry doit arrêter d'utiliser sa rhétorique grandiose. Cela n'aide pas. Nous l'avons vu dans le dossier syrien. Les grands mots et les lignes rouges n'ont pas d'effet sur Poutine. Quant à Obama, il doit cesser d'attaquer Poutine sur le plan personnel, comme il l'a fait en le traitant de «gamin qui s'ennuie au fond de la classe». Cela n'est pas digne d'un président. Quand Poutine attaque les États-Unis, il le fait de façon générale et élégante. Il n'insulte pas le président Obama personnellement.




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