Le courage d'un homme

Des centaines d'Ukrainiens ont tenu à rendre hommage... (PHOTO BULENT KILIC, AFP)

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Des centaines d'Ukrainiens ont tenu à rendre hommage aux manifestants morts au cours des dernières semaines en formant avec des fleurs un monument de fortune sur la place de l'Indépendance au centre de Kiev.

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

Michèle Ouimet remporte ses cinquième et sixième prix à ce concours.
Michèle Ouimet

envoyée spéciale

La Presse

(KIEV, Ukraine) Un message sur Facebook qui a tout déclenché, un homme battu transformé en héros, une Russie indignée qui dénonce la destitution du président Ianoukovitch. Histoire d'une révolution menée au pas de course.

Hier, Mykhailo Gavrylyuk devait être heureux. Le gouvernement a lancé un mandat d'arrêt contre le président déchu Viktor Ianoukovitch pour «meurtres de masse» de civils.

Mykhailo Gavrylyuk a goûté à la médecine du régime Ianoukovitch. Le 23 janvier, il a été arrêté par des Berkout, la redoutable police antiémeute. Ils l'ont déshabillé - il faisait -15 degrés -, puis ils l'ont jeté par terre et l'ont battu sauvagement en le frappant à la tête et au dos. Il était seul, nu, frigorifié, entouré d'une quinzaine de Berkout. Au moins une dizaine d'autres observaient la scène de loin.

Ils l'ont ensuite exhibé comme un trophée, terriblement vulnérable dans sa nudité. Ils se moquaient de lui. Ils l'ont obligé à prendre une hache dans ses mains pendant qu'un Berkout filmait la scène. La vidéo s'est retrouvée sur YouTube.

Pendant que les Berkout l'humiliaient, Mykhailo Gavrylyuk ne bronchait pas. Il ne disait rien, pas un mot. C'est ce stoïcisme, cette réponse muette aux coups qui ont fait de lui un héros instantané, un héros de la révolution.

Le lendemain de sa raclée, il était de nouveau sur les barricades de Maïdan, où se joue la révolution, en plein coeur de Kiev.

Mykhailo Gavrylyuk refuse de raconter cette histoire. Je l'ai croisé dimanche à Maïdan. «Je ne veux pas en parler, a-t-il dit, c'est un cauchemar.»

Maïdan était envahi par des familles venues fêter la destitution du président Ianoukovitch. Tout le monde voulait voir Mykhailo, lui parler, le toucher, comme un miraculé. Les femmes le dévoraient des yeux, les hommes lui donnaient une poignée de main virile, les enfants se faisaient prendre en photo dans ses bras.

Mykhailo Gavrylyuk souriait, un sourire timide, embarrassé par toute cette gloire qui l'étourdit et qu'il ne comprend pas. Il avait encore un pansement sur le nez.

Mykhailo, un fermier de 34 ans qui porte une boucle d'oreille, a vu des policiers battre des étudiants à la télévision. C'était le 30 novembre. Le lendemain, il bouclait ses valises, quittait son village pour Kiev et se jetait tête baissée dans la révolution.

«Je ne pouvais pas rester chez moi et accepter que des enfants se fassent frapper.»

Jamais il n'aurait cru qu'il deviendrait le symbole d'une révolution.

Il va bientôt quitter Kiev. La révolution est presque finie, croit-il. Il s'ennuie de son village, de ses grands espaces. Il n'aime pas la ville. «Je ne peux pas vivre dans une jungle de pierres.»

Il s'est assis sur un banc à côté de ses amis manifestants avec son pansement sur le nez, enveloppé dans son chandail à col roulé. Il a serré sa tasse de thé dans ses grandes mains en ignorant les gens qui voulaient encore le toucher.

La colère de la Russie

Hier, pour la première fois depuis qu'Ianoukovitch a été destitué, la Russie a réagi. Le premier ministre Dmitri Medvedev a dit qu'il ne reconnaissait pas le nouveau pouvoir ukrainien.

«Si on considère que des gens qui se baladent dans Kiev en masques noirs et avec des kalachnikovs sont le gouvernement, alors il nous sera difficile de travailler avec un tel gouvernement», a-t-il déclaré.

Si Medvedev avait vu les 100 membres de la brigade d'autodéfense qui protégeaient le parlement avec leur barda - cagoules, casques, boucliers de fortune et bâtons - , il se serait étouffé d'indignation.

Au parlement, les membres des brigades, la nouvelle police de Kiev, se laissaient prendre en photo ou se réchauffaient, les mains tendues au-dessus d'un feu allumé dans des poubelles. Ils contrôlaient l'accès et laissaient passer les ministres, les députés et les journalistes.

Ils sont arrivés vendredi. La place était vide, la police avait quitté les lieux. Les membres des brigades ne se sont pas fait prier pour s'installer. Ils contrôlent non seulement le parlement, mais aussi la plupart des édifices gouvernementaux.

Les députés s'engouffraient dans le parlement pour régler les mille et un problèmes soulevés par une révolution. Le pays est au bord de la faillite et la Russie menace de couper les vivres. Les parlementaires se tournent vers l'Union européenne (UE), leur planche de salut.

Hier, la représentante de l'UE, Catherine Ahston, était à Kiev. Elle a traversé le grand hall du parlement au pas de course, poursuivie par une nuée de journalistes qui n'ont pas réussi à lui arracher l'ombre d'une déclaration.

Dans les corridors du parlement, les députés, eux, répondaient aux questions sur la formation d'un gouvernement de coalition, l'état catastrophique des finances, le mandat d'arrêt contre Ianoukovitch, la colère de la Russie, la nomination du futur premier ministre...

Au parlement, la révolution roule sur des chapeaux de roues.




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