Ianoukovitch annonce la «trêve» avec l'opposition

Une frêle barricade, transformée en mur de feu... (Photo: The New York Times)

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Une frêle barricade, transformée en mur de feu la nuit, séparait les manifestants des policiers antiémeute, avec des échanges intermittents de projectiles de part et d'autres

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

Olga NEDBAEVA
Agence France-Presse
Kiev

Le président ukrainien Viktor Ianoukovitch a annoncé mercredi la «trêve» avec l'opposition avant l'arrivée à Kiev de diplomates européens alors que la menace de sanctions occidentales pèse sur son régime au lendemain des violences et d'un assaut policier qui ont fait 26 morts à Kiev.

L'OTAN a averti l'Ukraine d'une remise en cause possible de sa coopération avec ce pays si l'armée intervenait contre les manifestants de l'opposition.

«J'appelle instamment le gouvernement ukrainien à éviter toute nouvelle violence», a déclaré le secrétaire général de l'Alliance atlantique, Anders Fogh Rasmussen.

La capitale ukrainienne sera jeudi le théâtre d'une intense activité diplomatique, avec le venue simultanée des chefs de la diplomatie française, allemande et polonaise et d'un haut responsable russe.

Dans cette perspective, le président Ianoukovitch a annoncé «la trêve et la reprise des pourparlers pour arrêter le bain de sang» à l'issue d'une rencontre avec les trois leaders de l'opposition.

Dans une adresse à la nation en pleine nuit de mardi à mercredi alors que les policiers donnaient l'assaut contre les manifestants dans le centre de Kiev, le président s'est montré beaucoup plus dur envers l'opposition qu'il avait accusée d'avoir appelé à une «lutte armée» pour prendre le pouvoir et menacée de poursuites.

Lui emboîtant le pas, la Russie a dénoncé une «tentative de coup d'État».

Mais le président américain Barack Obama a averti mercredi des «conséquences» de la violence en Ukraine et souligné que le pouvoir devait garantir aux «manifestants pacifiques» le droit de s'exprimer «sans peur de la répression».

Dans le centre de la capitale ukrainienne envahi de fumée noire, un calme tendu a régné mercredi, un répit après les affrontements meurtriers de la veille.

Les manifestants ont continué à brûler des pneus sur le Maïdan, haut lieu de la contestation depuis la volte-face pro-russe du pouvoir fin novembre qui s'est transformée en un rejet total du régime.

Le président Ianoukovitch a remplacé le chef de l'État-major des armées qui était contre l'utilisation de l'armée «pour limiter les droits des citoyens».

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Rétablir le dialogue

«Il faut rétablir le dialogue politique entre opposition et pouvoir», a déclaré le ministre français Laurent Fabius, qui sera accompagné de Frank-Walter Steinmeier (Allemagne) et Radoslaw Sikorski (Pologne).

Les trois ministres doivent notamment rencontrer le président Ianoukovitch, avant de partir pour Bruxelles rendre compte à leurs homologues européens lors d'une réunion extraordinaire.

Le vice-Premier ministre russe, Dmitri Rogozine, réputé nationaliste, sera également à Kiev jeudi, alors que Moscou a appelé l'UE à convaincre l'opposition ukrainienne de «coopérer avec les autorités».

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a demandé de son côté au gouvernement ukrainien de «renoncer à user d'une force excessive» contre les manifestants et de respecter «les exigences et les aspirations de la population».

Les services spéciaux ukrainiens (SBU) ont annoncé mercredi une vaste opération antiterroriste dans toute l'Ukraine, arguant que «les groupes extrémistes et radicaux menacent par leurs actions la vie de millions d'Ukrainiens».

Le pouvoir a déjà imposé à Kiev un état d'urgence qui ne dit pas son nom : le métro de Kiev a été fermé et les entrées de la ville étaient désormais filtrées.

Guerre civile 

Sur le Maïdan, dernier refuge des manifestants hostiles à Viktor Ianoukovitch, des centaines de manifestants se sont activés mercredi les bras chargés de provisions, de vêtements et de médicaments.

Une frêle barricade, transformée en mur de feu la nuit, séparait les manifestants des policiers antiémeute, avec des échanges intermittents de projectiles de part et d'autres.

«La prochaine étape, c'est la guerre civile», estimait Igor, 23 ans, sur une barricade.

Le ministère de la Santé a fait état de 26 morts depuis le regain de violences à Kiev mardi et de 241 blessés. Au moins dix policiers figurent parmi les tués, selon le ministère de l'Intérieur. Un journaliste ukrainien a aussi été abattu.

L'un des chefs de l'opposition, l'ancien champion du monde de boxe Vitali Klitschko, a estimé que seule la démission du président pouvait apaiser les tensions.

Un assaut de blindés antiémeutes y a été déclenché dans la nuit, dans la fumée des pneus brûlés, après une pluie de grenades lacrymogènes et assourdissantes.

L'imposante Maison des Syndicats, transformée en QG des manifestants, a été ravagée par le feu lors des affrontements.

Sanctions ciblées 

Face à la crise, l'une des pires que traverse l'Ukraine, une ex-république soviétique, depuis son indépendance en 1991, des pays de l'UE ont appelé à des sanctions à l'égard des responsables de la répression.

Paris et Berlin ont condamné mercredi des «actes inqualifiables, inadmissibles intolérables» en Ukraine, assurant que leurs auteurs seraient «sanctionnés».

Une attitude «déplacée et inopportune», a dénoncé l'ambassadeur russe auprès de l'UE Vladimir Tchijov.

Pour le ministre suédois des Affaires étrangères Carl Bildt, fervent partisan des sanctions, Ianoukovitch «a du sang sur le mains».

Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a dit espérer que les États membres se mettent d'accord «dans l'urgence sur des mesures ciblées contre les responsables de la violence».

Les violences menacent désormais de s'étendre au reste de l'Ukraine: à Lviv, un bastion de la contestation dans l'ouest, 5000 manifestants ont pris d'assaut les sièges de l'administration régionale et de la police, ainsi que de bâtiments militaires, s'emparant de dépôts d'armes.

Des violences «totalement scandaleuses», dit Washington

La Maison-Blanche a dénoncé mercredi les violences «totalement scandaleuses» qui se sont déroulées à Kiev et renouvelé son appel au président ukrainien Viktor Ianoukovitch à calmer la situation, tout en laissant planer la menace de sanctions.

Un proche conseiller du président  Obama a affirmé que «les scènes auxquelles nous avons assisté hier à Kiev n'ont pas leur place au XXIe siècle».

«Nous avons dit clairement au gouvernement ukrainien qu'il était de sa responsabilité de permettre aux gens de manifester», a souligné ce conseiller, Ben Rhodes.

«Nous sommes opposés à la violence, d'où qu'elle vienne, mais c'est le gouvernement qui doit retirer les membres de la police antiémeutes, décréter une trêve et entamer des discussions dignes de foi avec l'opposition», a-t-il ajouté lors d'un point de presse dans Air Force One.

«Il est évident que les Ukrainiens estiment que (le gouvernement) ne répond pas à leurs aspirations légitimes à l'heure actuelle», a encore noté M. Rhodes, conseiller de sécurité nationale adjoint du président américain.

Alors que le président français François Hollande et la chancelière allemande Angela Merkel ont promis des sanctions contre le gouvernement ukrainien, M. Rhodes a assuré que Washington et ses partenaires européens étaient sur la même longueur d'onde.

«Nous continuons à observer les événements à la loupe, ainsi que les personnes que nous croyons responsables des violences. Et nous avons dit clairement que nous réfléchissions à des mesures contre des individus responsables d'actes de violence en Ukraine. Parmi les mesures à notre disposition figurent des sanctions», a prévenu le conseiller.




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