40 000 Norvégiens chantent contre Breivik

Mobilisée malgré la pluie sur une place proche... (Photo: Kyrre Lien, AFP)

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Mobilisée malgré la pluie sur une place proche du tribunal où Breivik est actuellement jugé pour la mort de 77 personnes, la foule a entonné Enfants de l'arc-en-ciel du Norvégien Lillebjoern Nilsen, un morceau et un artiste que le tueur exècre.

Photo: Kyrre Lien, AFP

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Tuerie en Norvège

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Tuerie en Norvège

La Norvège, l'un des pays les plus sûrs au monde, a été frappée le 22 juillet par ses plus lourdes attaques depuis la Seconde Guerre mondiale. Une bombe a d'abord explosé au centre-ville d'Oslo, puis une fusillade a tourné au carnage, sur l'île d'Utoya, près d'Oslo. »

Pierre-Henry Deshayes
Agence France-Presse
Oslo

Roses ou parapluie à la main, des milliers de Norvégiens ont interprété jeudi à Oslo une chanson pour enfants haïe par Anders Behring Breivik, en signe de défiance envers le tueur qui a écouté le même jour, imperturbable, les témoignages poignants des survivants de son attentat à la bombe.

Malgré la pluie, environ 40 000 personnes, selon la police, ont entonné Enfants de l'arc-en-ciel de Lillebjoern Nilsen à quelques centaines de mètres du tribunal où l'extrémiste de droite est jugé pour le massacre de 77 personnes l'an dernier.

Devant la Cour, Breivik avait affirmé vendredi que le chanteur était «un très bon exemple de marxiste» ayant infiltré les milieux culturels et que son morceau servait au «lavage de cerveau des écoliers».

De la personne âgée en fauteuil roulant aux enfants des écoles, des milliers d'anonymes, mais aussi les ministres nordiques de la Culture, lui ont infligé un cinglant désaveu, en reprenant en choeur les paroles de la chanson sous la conduite de l'artiste lui-même.

La ministre norvégienne, Anniken Huitfeldt, a confié avoir pleuré.

Adaptation de My rainbow race de l'Américain Pete Seeger, la chanson est très populaire dans le pays: «Ensemble, nous allons vivre, chaque frère et chaque soeur, petits enfants de l'arc-en-ciel et d'une terre fertile», clame le refrain.

«La chanson n'a jamais été aussi belle», a déclaré à l'AFP, Lill Hjoennevaag, une des instigatrices de la campagne lancée sur Facebook.

«La mobilisation a été bien au-delà de mes attentes», a-t-elle ajouté, alors qu'un peu plus de 5000 personnes avaient annoncé leur participation sur le réseau social.

Des rassemblements similaires ont eu lieu ailleurs en Norvège.



Le 22 juillet 2011, Breivik avait tué 69 personnes en tirant sur des centaines de jeunes travaillistes réunis pour un camp d'été sur l'île d'Utoya, juste après avoir fait exploser une bombe dans le quartier des ministères à Oslo, faisant huit autres victimes.

S'il reconnaît les faits, l'extrémiste de 33 ans plaide non coupable, qualifiant son geste d'«attaques préventives contre les traitres à la patrie» coupables à ses yeux de livrer la Norvège au multiculturalisme et à «l'invasion musulmane».

«C'est nous qui gagnons», a lancé jeudi Lillebjoern Nilsen, tout de noir vêtu, en s'adressant à la foule multicolore.

À peu près au même moment, Breivik écoutait, sans émotion apparente, les témoignages très forts de personnes ayant survécu à son attentat à la bombe.

Jeune femme pétillante de 24 ans, Anne Helene Lund a raconté comment on l'avait retrouvée, projetée en dehors de la tour abritant les bureaux du premier ministre et où elle travaillait alors comme réceptionniste pour l'été.

Très grièvement blessée, la jeune femme a subi d'importantes pertes de mémoire: de ses trois années de sciences politiques, l'étudiante ne se rappelle quasiment plus rien et elle doit aujourd'hui suivre des cours de niveau collège.

Lui aussi appelé à la barre, son père, Jan Henrik Lund, médecin de profession, a détaillé les atroces blessures subies par sa fille, passée seulement «à quelques millimètres de la mort» et surnommée «la miraculée» par les secouristes.

«C'était comme vivre le meilleur et le pire simultanément», a témoigné M. Lund, en évoquant le moment où il a retrouvé Anne Helene, gisant dans le coma, dans la soirée du 22 juillet.

«C'était fantastique de la retrouver en vie, mais effroyable de la voir blessée à ce point», a-t-il expliqué.

À plusieurs reprises pendant son témoignage, il a dû ravaler ses larmes. La procureure Inga Bejer Engh et des membres du public aussi. Mais pas Breivik qui regardait droit devant lui.

En vacances ce jour-là, mais ayant regagné son bureau pour imprimer des documents, Harald Foesker, employé du ministère de la Justice de 67 ans, a raconté que son «visage s'était détaché de la tête» sous l'effet de l'explosion.

«J'étais là et je crachais mes dents», s'est-il souvenu.

Après d'importantes interventions chirurgicales, il a repris partiellement le travail. «C'est à moi de décider quand je veux arrêter de travailler. À personne d'autre», a dit, en se tournant vers l'accusé, le témoin qui a perdu plus de 80% de son acuité visuelle.




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