L'encadrement de l'espionnage selon Glenn Greenwald

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«En Occident, tous les pays collaborent avec la NSA, certains plus que d'autres. Le Canada et la Grande-Bretagne sont probablement les pires après les États-Unis», estime Glenn Greenwald, auteur de Nulle part où se cacher, un livre sur l'affaire Snowden.

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Edward Snowden, un ancien consultant de la CIA, a révélé l'existence de programmes secrets de surveillance des communications électroniques en remettant des documents compromettants aux quotidiens The Guardian et The Washington Post. Il s'est depuis réfugié à Hong Kong alors que le gouvernement américain a lancé une enquête contre lui. »

(Paris) «Tous les États ont le droit de faire de l'espionnage. La question, c'est de savoir comment se fait l'espionnage et qui est espionné», dit Glenn Greenwald, qui a révélé les programmes d'espionnage de masse de l'Agence nationale de sécurité (NSA). Comment encadrer l'espionnage de masse électronique? Le Canada respecte-t-il la vie privée de ses citoyens? Des conseils pour ne pas être espionné sur le web? Discussion avec le célèbre journaliste d'enquête, cocréateur du nouveau média The Intercept et auteur d'un livre lancé ce mois-ci, Nulle part où se cacher, sur sa collaboration avec l'ex-employé de la NSA à l'origine des révélations, Edward Snowden.

Q: Quels changements proposez-vous aux systèmes d'espionnage électronique actuels?

R: Tous les États ont le droit, probablement aussi le devoir, de faire de l'espionnage. C'est un rôle légitime. La question, c'est de savoir comment l'espionnage se fait et qui est espionné. Il devrait y avoir une vraie cour de justice qui analyse la preuve du gouvernement justifiant la surveillance. Ce n'est pas nécessairement mauvais d'avoir une cour secrète, mais cette cour doit entendre les arguments du gouvernement et les arguments contraires. La cour devrait être aussi publique que possible, au moins publier ses statistiques sur le nombre de demandes et d'approbations de surveillance. Sans dévoiler les informations sur les gens espionnés, elle devrait publier son raisonnement juridique. Présentement, c'est du droit secret.

Q: Vous avez pratiqué le droit constitutionnel [M. Greenwald n'est plus avocat depuis plusieurs années] avant de faire du journalisme d'enquête. Estimez-vous que l'espionnage électronique de masse de la NSA est légal en vertu du droit américain?

R: À l'époque de la Révolution américaine, l'un des principaux griefs contre le roi d'Angleterre était les décrets permettant de fouiller des quartiers entiers pour trouver des agitateurs, d'où la protection contre les fouilles abusives inscrite dans la Constitution américaine. La NSA fait exactement ce genre de surveillance. La Cour fédérale a dit en décembre que c'est illégal [un juge à Washington a déclaré le programme probablement illégal, un autre à New York l'a déclaré légal]. [Ce dossier] ira probablement en Cour suprême. Le problème, c'est que depuis le 11-Septembre, presque toutes les institutions américaines sont devenues très respectueuses du gouvernement quand on parle de sécurité nationale. La Cour suprême a avalisé tout un nombre de programmes qui auraient été jadis considérés comme radicaux et illégaux. Treize ans après le 11-Septembre, la Cour suprême protégera-t-elle les droits de la Constitution ou se couchera-t-elle quand le gouvernement dira le mot «terrorisme» ? Personne ne connaît la réponse à cette question.

Q: Quels changements ont provoqué vos révélations sur les programmes de la NSA?

R: Il y a un débat intense à l'échelle mondiale [...] pour la première fois depuis l'ère numérique [...]. Le Congrès américain a passé de nouvelles lois, pas très fortes, mais c'est quand même la première fois depuis le 11-Septembre que les États-Unis font un pas en arrière et limitent leurs pouvoirs. [...] Le changement se produit lentement. Le système américain de sécurité nationale est l'organe le plus puissant du monde. La NSA ne tombera pas un matin parce que nous avons publié quelques-uns de leurs documents. Et la question, c'est plutôt de savoir comment lui imposer des limites.

Q: Quels pays occidentaux ont le régime de surveillance électronique le plus respectueux de la vie privée des citoyens, et où se situe le Canada sur ce plan?

R: En Occident, tous les pays collaborent avec la NSA, certains plus que d'autres. Le Canada et la Grande-Bretagne sont probablement les pires après les États-Unis. À l'opposé, l'Allemagne a une histoire et une culture politique qui la rendent plus sensible que les autres pays sur les questions de vie privée. Je travaille sur quelques histoires sur le Canada, mais je ne peux pas en parler, car elles ne sont pas prêtes.

Q: Comment un citoyen peut-il ne pas être soumis à l'espionnage électronique de masse?

R: Les gens peuvent utiliser des outils pour devenir anonymes sur le web et ont maintenant le choix d'utiliser les services d'entreprises qui ne collaborent pas avec la NSA. Toutes les entreprises américaines collaborent, mais il y a des entreprises allemandes, des entreprises brésiliennes, des réseaux sociaux en Corée qui ne collaborent pas. Je n'utiliserais pas Yahoo! pour mon courriel et je ne clavarderais pas sur Facebook.

Q: Pourquoi avoir écrit ce livre sur l'affaire Snowden?

R: Il s'est dit tellement de choses dans les médias depuis un an à propos d'Edward Snowden et des documents, et beaucoup de ces choses étaient simplement fausses. Quand vous êtes au milieu d'une histoire, vous comprenez comment les médias peuvent induire les gens en erreur. Je voulais créer un compte rendu historique de ce qui s'était passé selon mon point de vue, et aussi situer ces révélations complexes qui sortaient jour après jour dans un contexte plus large.

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