Les technologies au service des régimes autoritaires

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Netsweeper Inc., société canadienne qui a des bureaux aux États-Unis, en Grande-Bretagne, aux Émirats arabes unis et en Malaisie, vend la technologie utilisée par des gouvernements notamment pour filtrer internet, une industrie en plein essor.

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Sous surveillance

Edward Snowden, un ancien consultant de la CIA, a révélé l'existence de programmes secrets de surveillance des communications électroniques en remettant des documents compromettants aux quotidiens The Guardian et The Washington Post. Il s'est depuis réfugié à Hong Kong alors que le gouvernement américain a lancé une enquête contre lui. »

Une nouvelle coalition veut obliger les gouvernements à interdire la vente de technologies de surveillance et de censure aux régimes autoritaires, un marché de milliards de dollars en plein essor. Une entreprise canadienne est visée.

Pour filtrer l'internet, le Pakistan peut compter sur une technologie développée, selon plusieurs analyses, dans un parc industriel anonyme de Guelph, près de Toronto.

Netsweeper Inc., société canadienne qui a des bureaux aux États-Unis, en Grande-Bretagne, aux Émirats arabes unis et en Malaisie, vend la technologie utilisée par des gouvernements notamment pour filtrer internet, une industrie en plein essor.

«Ces technologies de surveillance peuvent être utilisées à des fins légitimes par des forces policières, explique en entrevue Tim Maurer, chercheur au Open Technology Institute, à Washington. Dans certains pays, elles peuvent aussi être utilisées dans un but amoral, comme outil de répression politique et de violation des droits de l'homme.»

Ce filtrage de l'internet n'est pas une vue de l'esprit: au Pakistan, YouTube, utilisé par les critiques et les médias indépendants pour documenter les agissements du gouvernement, est bloqué depuis 18 mois.

Ce mois-ci, une coalition formée par Amnistie internationale, Reporters Sans Frontières, et l'Open Technology Institute, notamment, a mis sur pied The Coalition Against Unlawful Surveillance Exports (CAUSE), un organisme qui vise à faire pression auprès des gouvernements occidentaux afin qu'ils bloquent la vente de matériel sensible de surveillance des entreprises privées à des pays qui répriment les droits de la personne.

Pour Tim Maurer, la question est de savoir si la technologie est destinée à un pays qui possède un système légal solide, qui garantit les droits de l'homme, ou bien à un pays qui ne répond pas à ces critères. «Nous demandons à nos gouvernements de mettre à jour les lois sur les exportations. La tâche demande du travail, mais elle peut être réalisée.»

L'exemple de l'Éthiopie

En Éthiopie, par exemple, des technologies occidentales sont utilisées pour épier les gens perçus comme étant des opposants politiques, qu'ils se trouvent dans le pays ou ailleurs dans le monde, révélait le mois dernier Human Rights Watch. Dans ce pays autoritaire, toutes les communications mobiles et tous les accès à l'internet sont contrôlés par Ethio Telecom, une entreprise d'État. L'Éthiopie arrête des journalistes et les militants, pratique la torture et les détentions arbitraires qui durent pendant des années.

Contrôle des pays occidentaux

Danielle Kehl, analyste des politiques à l'Open Technology Institute, signale que les pays occidentaux contrôlent déjà très bien les exportations vers les pays qui sont frappés par des sanctions officielles.

«Un des domaines où le contrôle se fait concerne les pays sous sanctions, comme l'Iran, la Syrie, le Soudan, Cuba et la Corée du Nord, dit-elle en entrevue. Dans le cas de l'Iran, les États-Unis identifient avec précision le type de technologie de surveillance dont la vente est illégale. C'est une approche qu'il faut étendre à d'autres pays qui ne respectent pas les droits de l'homme.»

La technologie de surveillance électronique a évolué à un rythme foudroyant ces dernières années, notamment après le 11 septembre 2001, qui a fait exploser la demande pour l'équipement de surveillance des communications.

Selon The Economist, le marché de l'équipement de surveillance des communications, qui était «pratiquement de zéro» en l'an 2000, est évalué à plus de 5 milliards de dollars annuellement.

L'effet Snowden

Netsweeper Inc., qui a le Pakistan, le Yémen et le Qatar comme clients, selon CAUSE, n'a pas répondu à la demande d'entrevue de La Presse. Un courriel envoyé au président fondateur de l'entreprise, Perry J. Roach, est resté sans réponse.

Un rapport diffusé l'an dernier par The Citizen Lab, un groupe de l'Université de Toronto, a révélé que Netsweeper Inc. a fourni la technologie permettant au gouvernement du Pakistan de bloquer certains sites web.

La technologie canadienne est utilisée «pour filtrer les sites liés aux droits de l'homme, des sujets religieux délicats ainsi que les médias indépendants», note l'étude.

Les révélations d'Edward Snowden, l'an dernier, sur l'étendue des programmes de surveillance des États-Unis et d'autres gouvernements occidentaux soulèvent la question: en matière d'espionnage des communications, l'Ouest a-t-il le droit de s'imposer en donneur de leçons à l'international?

«La façon d'aborder la question est de se demander: «A-t-on affaire à un État de droit, où le gouvernement protège les libertés individuelles et où les citoyens ont des moyens légaux de se faire entendre?», répond M. Maurer. Sans ces protections vitales, on ne peut espérer que la technologie ne sera pas utilisée à des fins néfastes - en toute impunité.»




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