Le message de Dany Laferrière

Dany Laferrière au court de tennis de l'hôtel... (Photo: Ivanoh Demers, La Presse)

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Dany Laferrière au court de tennis de l'hôtel Karibe, où des matelas ont été sortis en catastrophe dans la première nuit qui a suivi le séisme.

Photo: Ivanoh Demers, La Presse

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(Port-au-Prince) «Ah, tu vois que je ne t'ai pas fait venir pour rien!»

C'est la première chose que Dany m'a dite lorsque nous nous sommes tombés dans les bras à l'hôtel Karibé. Toujours sa façon à lui de tourner les choses... Nous avions passé la journée de lundi en sa compagnie, à faire le tour de ses endroits préférés à Port-au-Prince. Devant le Palais présidentiel, il nous avait dit à la blague : «C'est la plus belle maison de la ville, c'est pourquoi tous les Haïtiens veulent être président!»

Et le palais présidentiel est aujourd'hui détruit.

En nous rendant vers le Karibé, Ivanoh et moi avions failli faire demi-tour. Pas trop endommagé, l'hôtel semblait cependant abandonné. Il n'y avait personne. Jusqu'à ce qu'on nous dise que les clients étaient sur le terrain de tennis, à l'arrière. Ils avaient dormi là - c'était plus sûr en cas de réplique.

Lorsque nous sommes arrivés, nous l'avons vu en compagnie de Rodney St-Éloi, directeur des éditions Mémoires d'encrier, de Montréal, et de Michel Le Bris, fondateur du festival Étonnants Voyageurs, qui devait commencer aujourd'hui. Ils étaient en train de décompresser en prenant un bon Barbancourt - LE rhum haïtien. Des organisateurs et des invités du festival étaient un peu partout sur le terrain. Dans l'attente de la suite.

Toute la famille de Dany est sauve. Sa mère, sa tante, son neveu. «Ma mère a même fait des blagues, et ma tante, à son âge, a beaucoup de recul sur les choses.»

Il est allé voir les dégâts de plus près dans la journée. «J'ai fait le tour de la ville aujourd'hui. J'ai vu une population disciplinée, pas impatiente, et qui s'entraide dans la catastrophe générale. Si les Haïtiens ont de la difficulté à organiser le quotidien de la vie, dans la catastrophe, ils sont extraordinaires.»

Sa présence n'est pas passée inaperçue. «Les gens étaient très heureux de me rencontrer. Ils me disaient : tu es en vie ! Ils avaient un repère alors que, tout autour, ça s'écroulait.»

Le festival Étonnants Voyageurs, qui avait lieu pour la deuxième fois en Haïti, est évidemment en suspens. Ce qui désole tout le monde. Car les écrivains d'origine haïtienne ont remporté cette année une douzaine de prix internationaux, ce qui est impressionnant pour un pays qui a la même densité de population que le Québec. C'était leur année. Mais pour Dany, ce n'est pas perdu.

«Quand tout tombe, il reste la culture. Et la culture, c'est la seule chose que Haïti a produite. Ça va rester. Ce n'est pas une catastrophe qui va empêcher Haïti d'avancer sur le chemin de la culture. Et ce qui sauve cette ville, c'est le peuple. C'est lui qui fait la vie dans la rue, qui crée cette vie. Il ne faut pas se laisser submerger par l'événement.»

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