Politique étrangère de Trump: le grand saut dans l'inconnu

Donald Trump et sa femme Melania Trump, accompagnés... (Photo Joshua Roberts, REUTERS)

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Donald Trump et sa femme Melania Trump, accompagnés du chef du parti républicain au Sénat Mitch McConnell, au Capitole, jeudi.

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Nicolas REVISE, David Clark
Agence France-Presse
WASHINGTON

La politique étrangère du président élu des États-Unis Donald Trump s'apparente à un grand saut dans l'inconnu tant le tonitruant milliardaire a été flou et brutal durant sa campagne, promettant de détricoter ce que Barack Obama a réalisé.

«Je veux être imprévisible», avait lancé le futur 45e commandant en chef de la première puissance mondiale lors de son unique discours de politique étrangère en avril.

Des experts rattachent ce novice en politique au courant isolationniste, l'un des cycles de la politique étrangère de l'Amérique depuis le 19e siècle. Hillary Clinton aurait au contraire été probablement une présidente plus interventionniste sur la scène internationale.

«Avec Trump à la Maison-Blanche, la politique étrangère des États-Unis devrait fondamentalement dévier de tout ce que nous avons vu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ou devenir de plus en plus chaotique et incohérente. Deux options effrayantes», redoute Matteo Garavoglia, chercheur à la Brookings.

Son collègue Thomas Wright, également de l'institut Brookings, craint aussi que «les États-Unis n'abandonnent leur rôle de leader de l'ordre international» occidental. Et si cet «ordre s'effondre, personne ne sait où cela finira et les conditions seront peut-être alors réunies pour une guerre majeure», écrivait-il lundi, avant la victoire de M. Trump.

De fait, pour le nouveau président, les États-Unis ne peuvent plus être les gendarmes du monde et ils doivent réduire leur aide internationale.

Durant 16 mois de campagne, le républicain a promis de prendre le contre-pied du démocrate Obama: réconciliation avec la Russie du président Vladimir Poutine, envoi de dizaines de milliers de soldats en Syrie et en Irak pour anéantir le groupe État islamique (EI), guerre commerciale avec la Chine, remise en cause des principes de l'OTAN et des accords internationaux sur le climat, le libre-échange et le nucléaire iranien.

Trump «pro-autoritaire et pro-russe»

Donald Trump a maintes fois loué les qualités de «dirigeant» de Vladimir Poutine, accusant au contraire Barack Obama d'en être dénué. Il a martelé qu'il serait «bien» d'avoir une «très bonne relation» avec le chef du Kremlin. Mais sans jamais rien détailler de la manière dont il réconcilierait Washington et Moscou.

Pour M. Wright, il ne fait aucun doute que le prochain président américain «est pro-autoritaire et pro-russe».

D'ailleurs, Vladimir Poutine, qui avait qualifié M. Trump d'«homme brillant et plein de talent», a été le premier mercredi à le féliciter, exprimant lui aussi son «espoir» de meilleures relations russo-américaines, tombées à leur plus bas niveau depuis la Guerre froide.

Ce dégel américano-russe préfigurerait-il une coopération en Syrie contre le groupe EI ? Donald Trump ne s'est jamais étendu sur le sujet mais il avait jugé en octobre 2015 que les premières frappes de la Russie en appui à son allié syrien étaient «positives».

«Mettre l'EI K.-O.»

Le candidat populiste a beaucoup varié sur sa stratégie contre l'EI. En septembre 2015, il privilégiait l'«attentisme» en suggérant que le régime syrien et les djihadistes s'entretuent.

Mais en mars, il s'était soudainement engagé à «mettre l'EI K.-O.» en dépêchant «20 000 à 30 000» soldats américains en Syrie et en Irak. Le mois dernier, il avait aussi mouché son colistier Mike Pence qui avait réclamé des frappes contre Damas.

Quant à l'offensive contre Mossoul en Irak planifiée pendant des mois, «tant pis pour l'effet de surprise. Quelle bande de tocards nous avons», a-t-il taclé samedi lors d'un rassemblement, sans craindre de se mettre à dos les hiérarques militaires américains.

OTAN «obsolète»

Donald Trump avait provoqué la consternation en Europe au printemps lorsqu'il avait jugé l'OTAN «obsolète» et averti que l'engagement de Washington au côté de ses alliés en cas d'agression russe dépendrait des contributions financières européennes à l'Alliance.

Le président Trump, qui sera investi le 20 janvier, prendrait-il le risque de retirer son pays de l'OTAN? «Peu probable», répond Vanda Felbab-Brown dans un article pour la Brookings, mais «sa posture clivante pourrait faire beaucoup de mal à l'Alliance».

«Déchirer» l'accord nucléaire iranien

Pour le candidat Trump, le réchauffement du climat n'est qu'un «canular» et il avait même évoqué l'«annulation» de l'accord de Paris.

Et au nom du protectionnisme, il a pris pour cible l'accord de libre-échange entre les États-Unis, le Mexique et le Canada (ALENA, 1994) et le partenariat transpacifique (TPP, 2015) entre Washington et 11 pays de l'Asie-Pacifique.

La grande percée diplomatique de l'administration Obama restera l'accord historique sur le nucléaire iranien scellé en juillet 2015 entre Téhéran et les grandes puissances. M. Trump pourrait-il le «déchirer» comme il l'a affirmé ? Le département d'État a reconnu jeudi que «n'importe quelle partie pouvait sortir» de cet accord, mais que «cela aura de profondes conséquences».

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