Donald Trump, visage américain du populisme

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Brigitte DUSSEAU
Agence France-Presse
WASHINGTON

Excessif, impulsif, sans la moindre expérience politique, Donald Trump n'avait au départ aucune des qualités requises pour prétendre entrer à la Maison-Blanche.

Mais avec son énergie inépuisable et son égo surdimensionné, le milliardaire républicain de 70 ans a déjoué tous les pronostics lors d'une élection aux allures de séisme politique. Il sera en janvier le 45e président des États-Unis, le dirigeant de la première puissance économique et militaire du monde.

Il avait promis pour mardi un «Brexit puissance trois», et les électeurs le lui ont offert, plongeant l'Amérique et le monde dans l'incertitude.

À la faveur de discours décapants jouant sur les frustrations et insécurités des Américains blancs laissés-pour-compte de la mondialisation, il est devenu l'espoir du changement pour des millions d'entre eux.

Et il a fait exploser un parti républicain à la peine pour comprendre ses électeurs, incapable de trouver la parade à la tornade populiste déclenchée par Trump. Plus que tous les caciques du Grand old Party, il a su capter l'humeur et la colère d'une partie du peuple américain. Sur elle, il a bâti son triomphe.

Avant de se lancer dans la campagne en juin 2015, Donald Trump était surtout connu pour son immense fortune, les tours, golfs et casinos à son nom, ses divorces pour tabloïds, et pour être l'animateur star de l'émission de télé-réalité «The Apprentice»: ce jeu éliminatoire débouchant sur un emploi dans l'empire Trump, en avait fait un visage familier dans les foyers américains.

Mais il s'est révélé être un formidable animal politique, héros populiste improbable, promettant de «rendre à l'Amérique sa grandeur» et d'y faire notamment revenir les emplois délocalisés en Chine ou au Mexique.

Ses derniers propos de campagne lundi dénonçaient l'establishment, «l'élite politique qui a saigné à blanc notre pays». Il a promis que l'Amérique serait sa «priorité».

Imprévisible

Il ose tout dire, souvent plus instinctif que réfléchi, cogne là où ça fait mal. Il dénonce «un système truqué», des responsables politiques «corrompus», des médias «qui empoisonnent l'esprit des Américains».

Il a des solutions simples à tous les problèmes complexes, veut construire un mur à la frontière mexicaine, payé par le Mexique, pour empêcher l'immigration clandestine. Il parle d'expulser des États-Unis les 11 millions de clandestins. De renégocier les accords commerciaux internationaux, en rupture avec son parti favorable au libre-échange.

Face au terrorisme, il veut interdire l'entrée des États-Unis aux immigrants de pays à risque, après avoir parlé de refuser tous les musulmans.

Il est arrogant, charismatique, abrupt, parfois drôle. Et même s'il se contredit et s'est montré peu à l'aise sur le fond des dossiers lors des trois débats présidentiels, ses partisans veulent y croire.

Provocateur

D'autant que Trump, qui a dépensé plus de 50 millions de dollars pour sa campagne, leur semble incorruptible face à Hillary Clinton, proche de Wall Street et souvent détestée. Trump l'a surnommée «Hillary la crapule».

Durant la campagne, il a insulté les femmes, les musulmans, les Hispaniques, s'est aliéné les Noirs.

Jamais avare de provocations, il s'est refusé à dire qu'il reconnaîtrait le résultat de l'élection présidentielle.

Mais il a aussi sa part de rêve, sa vie de luxe, sa famille glamour: sa femme Melania, ancienne mannequin de 46 ans qui élève leur fils Barron, 10 ans, loin des projecteurs. Ses enfants adultes, Ivanka, Donald Jr, Eric et Tiffany, présents dans la campagne.

Trump habite un triplex aux allures de mini-Versailles au sommet de la tour Trump à New York, se déplace dans son Boeing 757 privé, qui sert régulièrement d'arrière-plan à ses réunions.

Chevelure blonde étrange, impeccablement habillé, il fascine, horrifie.

Quand une dizaine de femmes l'ont accusé de baisers volés et gestes sexuels déplacés, il les a toutes traitées de menteuses. Presque miraculeusement, il a traversé la tempête politique provoquée par ces accusations.

Il n'est pas idéologue, démocrate jusqu'en 1987, puis républicain (1987-1999), membre du parti de la Réforme (1999-2001), démocrate (2001-2009), et à nouveau républicain.

Né à New York, rapidement envoyé dans une école militaire pour tenter de calmer son tempérament volcanique, il est le quatrième de cinq enfants d'un promoteur immobilier new-yorkais.

Après des études de commerce, il rejoint l'entreprise familiale. Son père l'aide à ses débuts avec «un petit prêt d'un million de dollars» selon lui.

En 1971, Donald Trump prend le contrôle de l'entreprise paternelle. Son père construisait des logements pour la classe moyenne, il préfère les tours de luxe, les hôtels, casinos et golfs, de Manhattan à Bombay.

Ce fan de lutte était aussi jusqu'en 2015 co-propriétaire des concours Miss Univers et Miss USA. Il a animé «The Apprentice» de 2004 à 2015.

Trump a dans sa carrière intenté ou été la cible de dizaines de procès civils liés à ses affaires.

Il a refusé de publier ses feuilles d'impôt --une tradition pour les candidats à la Maison-Blanche-- et a reconnu à demi-mot qu'il n'avait pas payé d'impôts fédéraux pendant des années, après avoir déclaré des pertes colossales de 916 millions de dollars en 1995. «Cela fait de moi quelqu'un d'intelligent», a-t-il dit.

Il a un programme phénoménal pour ses 100 premiers jours, pour impulser le changement.

Jusqu'à mardi, personne n'y croyait vraiment. Car sauf sur la fin, il s'est révélé durant la campagne particulièrement indiscipliné.

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