Présidentielle américaine: «Le pire reste à venir»

Donald Trump aime tenir des rassemblements dans des... (photo eric thayer, archives the new york times)

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Donald Trump aime tenir des rassemblements dans des petites villes où il est littéralement la personne la plus célèbre à jamais y avoir mis les pieds. En retour, Trump cite ces foules comme la preuve de l'existence d'un mouvement majeur en sa faveur, une affirmation reprise et diffusée par les médias nationaux, explique Angelo Carusone, de Media Matters.

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La campagne présidentielle de Donald Trump, remplie d'attaques personnelles et de désinformation, vous exaspère ? Vous n'avez encore rien vu : l'avenir du débat politique aux États-Unis s'annonce plus houleux encore, explique Angelo Carusone, vice-président à la direction de Media Matters, une organisation progressive sans but lucratif qui analyse les médias aux États-Unis. La Presse l'a joint à New York.

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Donald Trump aime tenir des rassemblements dans des petites villes où il est littéralement la personne la plus célèbre à y avoir jamais mis les pieds. En retour, Trump cite ces foules comme la preuve de l'existence d'un mouvement majeur en sa faveur, une affirmation reprise et diffusée par les médias nationaux, explique Angelo Carusone, de Media Matters.

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En comparaison des campagnes de John McCain en 2008 et de Mitt Romney en 2012, la campagne de Donald Trump se démarque par la quantité d'informations inexactes véhiculées par le candidat et par ses attaques misogynes et racistes. Est-ce que le ton de la campagne vous étonne ?

Il ne m'étonne pas. L'écosystème médiatique de la droite américaine s'est radicalisé durant la présidence de Barack Obama. Donald Trump l'a compris et exploite cette tendance. Nous avons vu la montée en force de sites comme Breitbart News, le Daily Caller ou divers sites et émissions de radio sur le Net. Ces médias n'ont aucun mal à mentir et à ouvertement faire de la désinformation - tant que cela fait avancer leurs idées politiques. Leur auditoire est de plus en plus homogène et composé de nationalistes blancs, de nationalistes ethniques, d'adeptes des théories du complot et de militants antigouvernementaux, etc.

Nous savons que Donald Trump a employé des recherchistes pour suivre et analyser ces médias avant de se lancer dans la course et qu'il s'est imprégné et inspiré de ces mouvements. Il s'inspire aussi de l'animateur de radio Michael Savage, qui a dit à ses auditeurs que les soldats qui souffrent de stress post-traumatique étaient « faibles », ce que Trump a lui-même suggéré récemment. Trump s'adresse à ces gens en des termes très directs depuis les tout premiers jours de sa campagne, et il a gagné leur appui. L'été dernier, Trump a d'ailleurs embauché Steve Bannon, le bouillant patron de Breitbart News, pour lui confier la direction de sa campagne présidentielle.

Les sondages donnent une avance à Hillary Clinton. Pourtant, on n'entend que très peu parler de ses partisans, alors que ceux de Trump monopolisent toute l'attention et les conversations. Pourquoi, selon vous ?

C'est en partie dû aux styles très différents de leurs campagnes. Mme Clinton organise de grands rassemblements, mais elle rencontre aussi des petits groupes d'électeurs, fait des tables rondes plus intimistes, etc. Donald Trump ne fait que de gros rassemblements, basés autour de sa personnalité et de sa célébrité, sans avoir une organisation politique traditionnelle de terrain derrière. Aussi, Trump aime tenir des rassemblements dans des petites villes où il est littéralement la personne la plus célèbre à y avoir jamais mis les pieds. Des gens font des heures de route pour aller le voir. En retour, Trump cite ces foules comme la preuve de l'existence d'un mouvement majeur en sa faveur, une affirmation reprise et diffusée par les médias nationaux.

Vos analyses concluent régulièrement que, pour les médias grand public américains, c'est deux poids et deux mesures quand vient le temps de parler de Donald Trump et de Hillary Clinton...

Oui, tout à fait. Les médias exigent de Mme Clinton qu'elle respecte des normes élevées qui ne sont pas imposées à Donald Trump. Par exemple, avant le premier débat, les journalistes, analystes et commentateurs répétaient que « la barre était extrêmement haute » pour Mme Clinton dans ce débat, tandis que Donald Trump n'avait qu'à se tenir debout sur ses deux pieds pour réussir son débat. Dans ce cas comme dans d'autres, l'idée du « deux poids, deux mesures » est ouvertement acceptée par la presse. C'est une chose que nous avons vue tout au long de la campagne.

Croyez-vous que la campagne de Trump est une anomalie, ou bien qu'elle est devenue la nouvelle norme dans le débat politique américain ?

Ce que l'on voit n'est pas la nouvelle norme : le pire reste à venir. Je suis sérieux. Durant la campagne électorale de 2008, les médias de droite étaient en colère. À l'été 2009, durant la première année de la présidence d'Obama, ils étaient encore plus en colère : les activistes conservateurs l'avaient d'ailleurs baptisée « l'été de la rage ». Les gens de droite organisaient des manifestations à tous les évènements publics des élus. Ils n'y allaient pas pour manifester contre un enjeu ou un autre, ils y allaient tout simplement pour crier et hurler que le président était dangereux, mauvais et illégitime. Cette année, je pense qu'une fois que le brouillard de la campagne va s'être dissipé, les médias de droite comme Breitbart vont monter le ton dans leurs critiques contre Hillary Clinton et son programme, et aussi dans leurs attaques contre des républicains. Ils vont se battre pour prendre le contrôle à l'interne, pour que les gens dans le parti qui pensent comme eux prennent du galon et que les autres perdent leur influence.

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