Prédire la victoire de Trump et mal dormir

L'historien Allan Lichtman, professeur de l'American University de Washington... (PHOTO MARCUS YAM, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES)

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L'historien Allan Lichtman, professeur de l'American University de Washington

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Maison-Blanche 2016

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Maison-Blanche 2016

Qui succédera à Barack Obama ? Consultez notre dossier sur l'élection présidentielle américaine de 2016. »

De son propre aveu, l'historien Allan Lichtman dort mal ces jours-ci. Selon ses «13 clés de la Maison-Blanche», célèbre formule de pronostic, Donald Trump remportera le vote populaire le 8 novembre. De quoi lui donner l'envie d'avaler une poignée de somnifères.

Mais, tout progressiste soit-il, le professeur de l'American University de Washington ne s'en fait pas seulement pour l'avenir de son pays. Il s'inquiète aussi pour la pérennité de sa formule, qui s'est avérée infaillible lors des huit dernières élections présidentielles. Et si, malgré tout, Hillary Clinton le faisait mentir?

«Je dois vous l'avouer, cette élection me fait passer des nuits blanches», a confié à La Presse Allan Lichtman lors d'une conversation téléphonique.

«Cette année électorale est sans précédent. Il est difficile d'en prédire l'issue.» - Allan Lichtman, historien

Il n'a toutefois pas l'intention de renier sa prédiction.

La formule

L'historien américain a mis au point sa formule en 1981 avec l'aide du mathématicien russe Vladimir Keilis-Borok après avoir analysé toutes les élections présidentielles américaines de 1860 à 1980. Ses 13 clés de la présidence ne tiennent pas compte des grandes étapes d'une course à la Maison-Blanche, que ce soit les campagnes à l'investiture des grands partis, les conventions ou les débats.

Elles ne prennent pas davantage en considération les controverses qui jalonnent l'année électorale. La vidéo révélant les propos obscènes de Trump sur les femmes? La relance de l'enquête du FBI sur les courriels de Clinton? Allan Lichtman n'en a cure. Les sondages ne l'intéressent pas plus, à une exception près.

Les clés de la Maison-Blanche comportent 13 énoncés qui invitent à un choix binaire. Exemple: «Le candidat du parti sortant est le président sortant» (faux en 2016). Autre exemple: «L'économie n'est pas en état de récession pendant la campagne électorale» (vrai en 2016).

Si cinq ou moins des déclarations se révèlent fausses, le parti sortant remporte le scrutin. Quand six ou plus sont fausses, c'est le parti de l'opposition qui triomphe. Or, six des déclarations sont fausses en 2016, ce qui conduit Allan Lichtman à prédire la victoire de Trump.

Des réserves inédites

Mais il existe une incertitude, qui tient à la déclaration suivante: «Il n'existe pas de sérieuse campagne électorale d'un parti tiers ou d'un candidat indépendant.» En 2016, cet énoncé est faux, Gary Johnson, du Parti libertarien, ayant une chance réaliste d'obtenir au moins 5% des suffrages populaires, le critère d'Allan Lichtman.

Mais si Johnson ne récolte que 3% des voix le 8 novembre?

«Je prédis les élections présidentielles depuis 1984 et je n'ai jamais louvoyé, a répondu l'historien. En mai 1988, j'ai prédit la victoire de George Bush père alors qu'il tirait de l'arrière par 17 points de pourcentage sur Michael Dukakis dans les sondages et que tout le monde le tenait pour fini. Mais l'année 2016 est la première où j'apporte des réserves à ma prédiction.

«Je dis non seulement qu'il est possible que Johnson tombe sous la barre des 5%, mais également que Donald Trump est un candidat qui fait voler en éclats les précédents historiques de tant de façons», dit M. Lichtman.

Et Lichtman d'ajouter : «Il y a une douzaine de choses qu'il a faites ou dites qui auraient forcé tout autre candidat à quitter la course. Pensez à Herman Cain, qui a brigué l'investiture républicaine en 2012. Trois ou quatre femmes l'ont accusé de harcèlement sexuel. Il ne s'était pas vanté d'avoir agressé des femmes. Mais il a dû abandonner la course. Donald Trump s'est vanté d'avoir agressé sexuellement des femmes. Une douzaine de femmes l'ont accusé d'attouchements sexuels non désirés. Et il est toujours dans la course. Donc, oui, j'apporte des réserves à ma prédiction en disant qu'un candidat républicain normal devrait remporter cette élection, mais que Donald Trump est peut-être le seul républicain à pouvoir la perdre.»

Voilà un verdict qui pourrait permettre à Allan Lichtman de mieux dormir en tant qu'Américain progressiste. Mais qu'adviendrait-il de sa formule jusque-là infaillible?

«Deux choses pourraient se produire, a répondu l'historien. Donald Trump pourrait n'être qu'une anomalie qui ne remet pas en cause ma formule. Mais il se produit peut-être quelque chose de plus fondamental. Donald Trump n'est peut-être pas juste une anomalie, mais un candidat qui change le cours de l'histoire américaine. Nous aurons peut-être une nouvelle normalité en politique américaine à cause de Donald Trump.»

Insomnie garantie pour nombre d'Américains.

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