«La Californie représente le cauchemar des républicains»

Des militants anti-Trump manifestent à San Diego, alors... (PHOTO  Mark Ralston, AFP)

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Des militants anti-Trump manifestent à San Diego, alors que le candidat républicain «présumé» à la Maison-Blanche tient un rassemblement dans la ville californienne, le 27 mai.

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Veronique DUPONT
Agence France-Presse
LOS ANGELES

Donald Trump a beau répéter que «les Hispaniques l'adorent», le parti républicain a un problème face à cette population en très forte croissance, majoritairement démocrate et irritée par ses déclarations provocantes.

En Californie, où la primaire républicaine aura lieu mardi, l'urgence prend un caractère existentiel pour le Grand Old Party (GOP).

«La Californie représente le cauchemar des républicains», estime Raul Hinojosa, professeur d'études hispano-américaines à l'université UCLA de Los Angeles.

Aucun des leurs n'y a remporté un scrutin présidentiel depuis plus de 20 ans et «ils n'ont aucune perspective de remporter des sièges de gouverneur ou de sénateur dans un avenir proche», ajoute-t-il.

Et le candidat en passe de recevoir l'investiture des républicains à la présidentielle n'a pas exactement caressé dans le sens du poil les Hispaniques, le groupe démographique désormais le plus nombreux en Californie.

Il a qualifié les Mexicains de «violeurs», trafiquants de drogue, et veut construire un mur entre les États-Unis et le Mexique, aux frais de ce dernier.

Les politologues rappellent qu'en 1994, le gouverneur républicain Pete Wilson s'était fait réélire après une campagne très «anti-immigrants» axée sur un projet de loi destiné à interdire aux sans-papiers l'accès à de nombreux services publics.

Ruée vers les listes électorales

La mesure fut finalement déclarée anticonstitutionnelle et a entraîné un raz-de-marée d'inscriptions d'Hispaniques sur les registres électoraux, faisant basculer la Californie durablement dans le camp démocrate.

«Le poids du vote latino a doublé en 20 ans», poursuit Raul Hinojosa.

En Californie, l'État le plus peuplé des États-Unis, les Hispaniques forment 20 % de l'électorat avec 4 millions enregistrés. Seuls 16,5 % sont des républicains déclarés.

Lors des discours de Trump en Californie ces derniers jours, ce décalage démographique sautait aux yeux : dans les rangs de l'homme d'affaires on trouvait des Blancs, des Asiatiques, des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux... mais très peu d'Hispaniques.

Chez les manifestants anti-Trump, une majorité de jeunes, et énormément d'Hispaniques équipés de pancartes qualifiant le milliardaire de «xénophobe», «raciste», «harceleur», etc.

À cause de l'«effet Trump», qui a aussi promis d'expulser les 11 millions d'immigrés en situation irrégulière, les Hispaniques s'inscrivent cette année aussi en masse.

D'après le cabinet d'études Political Data, deux millions de nouveaux électeurs se sont inscrits depuis le 1er janvier, soit 200 % de plus qu'en 2012. La moitié sont démocrates, et un quart d'origine hispanique.

Tous les Hispaniques ne vont certes pas voter démocrate. Les Américains d'origine cubaine tendent traditionnellement vers le parti républicain, et certains électeurs originaires d'Amérique du Sud «soutiennent l'autoritarisme, la notion qu'ils sont les vertueux, les immigrés légaux», souligne Raul Hinojosa.

Beaucoup ont aussi bénéficié d'une vaste légalisation de clandestins par l'administration Reagan en 1986.

Mais la vaste majorité des Hispaniques comprend «des sans-papiers dans leur entourage proche» et en est solidaire, remarque Diana Colin, de l'association de défense des droits des immigrants Chirla.

D'après un sondage Gallup, ils sont 77 % à avoir une opinion défavorable du magnat de l'immobilier.

Des partisans de Trump «cachés»

Delores Chavez, l'une des dirigeantes de l'antenne californienne de l'Assemblée nationale des républicains hispaniques (CARNHA), estime toutefois qu'il pourrait y avoir un réservoir insoupçonné d'Hispaniques favorables à Trump, «car beaucoup se cachent».

«Si vous êtes latino et que vous prenez des positions pro-Trump vous risquez de vous faire incendier sur les réseaux sociaux», dit-elle.

Reste que les Hispaniques représentent une véritable bombe à retardement électorale.

Ils sont 18 millions d'électeurs actuellement dans tout le pays et pourraient passer à 24 millions très rapidement vu la ruée vers les inscriptions.

Ils représenteront un tiers de la population américaine d'ici 2060 selon les projections officielles, et constitueront un corps électoral de 30 à 40 millions de personnes d'ici 15 ans, renchérit le professeur de l'UCLA.

Sous ce poids démographique, de nombreux États sont en train de devenir démocrates, comme le Texas ou la Floride, selon M. Hinojosa.

L'instance de direction du parti républicain (RNC) - dont des dirigeants de Californie n'ont pas été disponibles pour répondre aux questions de l'AFP - avait, dans son analyse de l'échec à la présidentielle de 2012, prôné un vaste effort pour conquérir le vote hispanique.

Il a été jugé insuffisant jusqu'alors par les experts des deux bords.

Donald Trump ferait donc bien «d'adoucir» son message, estime Delores Chavez, ou alors, «de mieux expliquer : quand on parle du mur, il faut donner des faits».

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