Et si une blague d'Obama avait poussé Trump à se présenter?

À l'occasion de son dernier dîner des correspondants... (PHOTO AP)

Agrandir

À l'occasion de son dernier dîner des correspondants de la Maison-Blanche, samedi, Barack Obama n'a pas manqué de faire quelques blagues au sujet de Donald Trump, qui n'était toutefois pas présent dans la salle.

PHOTO AP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Maison-Blanche 2016

International

Maison-Blanche 2016

Qui succédera à Barack Obama ? Consultez notre dossier sur l'élection présidentielle américaine de 2016. »

Richard Hétu

collaboration spéciale

La Presse

(New York) «Au diable le dîner des correspondants de la Maison-Blanche!». Si Barack Obama avait eu la même réaction qu'Hillary Clinton, Donald Trump n'aurait peut-être pas songé à briguer la présidence en 2016. Pardon?

L'histoire se déroule le 29 avril 2011, quelques jours avant un des faits d'armes du 44e président, dont les Américains soulignent aujourd'hui même le cinquième anniversaire.

> Réagissez sur le blogue de Richard Hétu

En matinée, le président réunit ses principaux conseillers à la sécurité nationale dans la Situation Room de la Maison-Blanche pour les informer que le raid sur le refuge d'Oussama ben Laden au Pakistan aurait lieu le lendemain soir. Peu après, un de ses interlocuteurs lui rappelle qu'il doit participer, au cours de la même soirée, au dîner annuel des correspondants de la Maison-Blanche. Étant donné les circonstances, ne devrait-il pas s'absenter de ce rituel où la tradition lui demande de livrer un monologue humoristique? Le problème, souligne un autre participant, c'est que son absence pourrait éveiller les soupçons des journalistes et contribuer à vendre la mèche.

C'est alors que la secrétaire d'État conseille au président de se concentrer sur la traque de ben Laden en lâchant cette formule peu diplomatique: «Fuck the White House Correspondent's Dinner!» (1)

Bien sûr, s'il avait écouté Clinton, Obama serait resté à la Maison-Blanche pour rien. Au cours de la soirée du 30 avril, l'opération des Navy Seals à Abbottabad a été reportée de 24 heures en raison d'un ciel trop nuageux.

Un impact sur Trump

Mais le fameux monologue du président a peut-être contribué à la décision de Donald Trump de se lancer dans la course à la Maison-Blanche. Une décision dont Barack Obama pourrait avoir à se repentir si l'ancienne star de la téléréalité lui succède.

Trump se trouve parmi l'auditoire du dîner des correspondants de la Maison-Blanche en ce 30 avril 2011. Au cours des semaines précédentes, il avait monopolisé l'attention des médias en devenant le chef de file des «birthers», ces Américains qui mettent en doute la citoyenneté américaine d'Obama. Trois jours plus tôt, ce dernier avait voulu mettre fin à ce qui était devenu un cirque médiatique en publiant son acte de naissance.

Et le dîner annuel des correspondants de la Maison-Blanche, où il a déjà démontré un bon sens du rythme comique, lui offre la chance de prendre sa revanche. Il ne s'en prive pas, tournant d'abord en ridicule l'obsession de Trump pour sa naissance supposée au Kenya.

«Donald Trump est ici ce soir et je sais qu'il a encaissé des critiques ces derniers temps, mais personne n'est plus heureux, plus fier que cette affaire d'acte de naissance soit enfin réglée que le Donald, dit-il. Et c'est parce qu'il va maintenant pouvoir se concentrer sur les problèmes importants. Par exemple, notre vol sur la Lune était-il un faux? Qu'est-il vraiment arrivé à Roswell? Et où sont Biggie et Tupac?»

Donald Trump, et sa femme Melania, ont assisté... (ARCHIVES AP) - image 2.0

Agrandir

Donald Trump, et sa femme Melania, ont assisté au dîner des correspondants de la Maison-Blanche le 30 avril 2011.

ARCHIVES AP

Puis il félicite Trump d'avoir congédié l'acteur Gary Busey, un des concurrents de l'émission Celebrity Apprentice. «C'est le genre de décision qui me ferait passer des nuits blanches», ironise celui qui vient de donner le feu vert à la capture ou à l'élimination de ben Laden.

Assis à quelques tables de Trump, le journaliste du New Yorker Adam Gopnik est témoin de sa réaction. «L'humiliation de Trump était absolue et plus visible que jamais», a-t-il affirmé dans son article.

Tandis que les vagues de rires enflaient autour de lui, «il est resté assis, immobile, la mâchoire verrouillée dans une expression de rage immuable».

En mars dernier, le New York Times a estimé de son côté que «cette soirée d'humiliation publique» a joué un rôle crucial dans la décision de Donald Trump de briguer la présidence, accélérant ses efforts «pour gagner en importance au sein du monde politique » et pour combler son besoin «d'être pris au sérieux».

Disons que Barack Obama n'a rien fait, samedi soir, pour ménager les problèmes d'insécurité présumés de Donald Trump.

«Je suis un peu peiné de son absence », a-t-il dit lors de sa dernière apparition au dîner des correspondants de la Maison-Blanche. «Nous nous étions tellement bien amusés la dernière fois et c'est surprenant, il y a là une salle pleine de reporters, de célébrités, de caméras, et il a dit non. Est-ce que ce dîner serait trop tape-à-l'oeil pour Donald? Qu'est-ce qu'il peut bien être en train de faire? Manger un steak Trump? Tweeter des insultes à Angela Merkel?»

Obama a également blagué sur l'expérience du candidat républicain en matière de politique étrangère. «Il a passé des années à rencontrer des dirigeants étrangers: Miss Suède, Miss Argentine, Miss Azerbaïdjan», a-t-il dit.

Mais, aux dernières nouvelles, rien d'aussi important que le raid d'Abbottabad ne se tramait en coulisses cette année.

***

(1) L'anecdote est tirée du livre This Town du journaliste du New York Times Mark Leibovich.

Partager

À découvrir sur LaPresse.ca

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer