La violence, de George Wallace à Donald Trump

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À plusieurs égards, Donald Trump mène aujourd'hui la même campagne que George Wallace en 1968, exploitant les peurs et la colère des Blancs qui se sentent floués.

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Richard Hétu

Collaboration spéciale

La Presse

(New York) La scène se passe dans un grand amphithéâtre américain. Plusieurs partisans blancs d'un candidat présidentiel controversé entourent un groupe de protestataires noirs. Certains les bousculent, d'autres scandent: «Tuons-les! Tuons-les!»

À la tribune, le candidat semble encourager ses partisans les plus agressifs, évoquant la façon dont serait matée une émeute dans son État. «Le premier qui ramasserait une brique recevrait une balle dans la tête, c'est tout. Et nous marcherions vers le suivant en lui disant: "O.K., ramasse une brique. Nous voulons juste te voir ramasser une des briques maintenant"», dit l'orateur avant que des policiers n'interviennent pour protéger les protestataires et les escorter vers la sortie.

Ce candidat ne porte pas le nom de Donald Trump mais celui de George Wallace. En 1968, le gouverneur ségrégationniste de l'Alabama avait brigué la présidence à titre de candidat indépendant. Sa campagne s'était caractérisée par des rassemblements ponctués d'affrontements souvent violents, comme ceux qui s'étaient produits au Madison Square Garden à quelques jours de l'élection présidentielle.

Quarante-huit ans plus tard, la campagne de Donald Trump se distingue également par la violence de ses rassemblements. Et les affrontements qui ont poussé vendredi le candidat républicain à annuler un meeting à Chicago ressemblaient à s'y méprendre à la scène chaotique du 24 octobre 1968 au Madison Square Garden. La ressemblance ne tient pas au hasard. À plusieurs égards, Trump mène aujourd'hui la même campagne que Wallace en 1968, exploitant les peurs et la colère des Blancs qui se sentent floués.

Tribun charismatique et démagogique, le gouverneur de l'Alabama ne ciblait pas les émigrants clandestins ou musulmans, mais les «voyous» qui participaient aux émeutes de l'époque et contribuaient à la hausse de la criminalité. Il n'avait pas besoin de préciser la couleur de la peau de ces thugs (un mot souvent employé par Trump) pour que ses partisans saisissent la charge raciale de ses discours.

George Wallace... (BIBLIOTHEQUE DU CONGRES DES ETATS-UNIS) - image 2.0

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George Wallace

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«Si nous étions président, vous ne seriez pas poignardés ou violées à l'ombre de la Maison-Blanche, même si nous devions mobiliser 30 000 soldats, leur fournir des baïonnettes de deux pieds et les placer à quelques pieds d'intervalle. Si vous sortez de cet hôtel ce soir et que quelqu'un vous assomme, il quittera la prison avant que vous ne receviez votre congé de l'hôpital, et lundi matin, ils inculperont le policier plutôt que le criminel», protestait Wallace dans ses discours.

Le gouverneur de l'Alabama ne manquait jamais de s'attaquer aux médias devant ses partisans. «Le New York Times me traite de raciste. Eh bien, c'est une triste chose quand vous ne pouvez pas défendre la loi et l'ordre sans que quelqu'un vous demande si vous êtes raciste», protestait-il.

Et il prenait un malin plaisir à ridiculiser les protestataires présents à ses rassemblements. «Nous avons ici quelques personnes qui connaissent plusieurs mots de quatre lettres. Mais il y en a deux qu'ils ne connaissent pas. W-O-R-K [travail] et S-O-A-P [savon]», raillait-il en épelant chacun des mots.

«George Wallace dit les choses comme elles sont», répétaient à l'époque ses fidèles, un refrain repris aujourd'hui par les partisans de Donald Trump. Opposé au républicain Richard Nixon et au démocrate Hubert Humphrey, le gouverneur de l'Alabama avait fini par remporter cinq États du Sud et recueillir près de 10 millions de voix lors de l'élection présidentielle remportée de justesse par Nixon.

Donald Trump rejette ces jours-ci toute responsabilité pour le climat de violence qui entoure ses rassemblements. Mais il passe autant de temps à attaquer les protestataires (et les médias) que Wallace le faisait en 1968. Et malgré ses dénis, il encourage la violence, comme le faisait le gouverneur de l'Alabama en 1968.

«C'était très, très approprié», a déclaré le promoteur immobilier la semaine dernière en faisant allusion au coup de poing asséné au visage d'un protestataire par un de ses partisans de Caroline-du-Nord.

«Si vous voyez quelqu'un sur le point de lancer une tomate, tabassez-le», a-t-il également dit le 1er février. «Sérieusement. Tabassez-les. Je vous promets que je paierai vos frais juridiques. Je le promets.»

«J'aimerais lui mettre mon poing dans la figure», a-t-il encore dit quelques semaines plus tard en parlant d'un protestataire.

Lors de sa troisième campagne présidentielle, en 1972, George Wallace avait été victime d'une tentative d'assassinat à la sortie d'un rassemblement électoral dans un centre commercial du Maryland. Cloué pour toujours à un fauteuil roulant, il s'était par la suite repenti publiquement de ses positions ségrégationnistes et avait demandé pardon aux Noirs de son État.

Dans le climat fiévreux de la campagne présidentielle de 2016, il est encore difficile d'imaginer Donald Trump suivre un jour George Wallace sur la voie du repentir.

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