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Les mots dits
Ils évoquent l'horreur ou la colère, le cri du coeur ou le désarroi. Plusieurs font désormais partie de notre vocabulaire. Tous sont lourds de sens.
Voici les mots, les idéogrammes, les expressions pour raconter 2011.
(Dégage)
C'était le cri de ralliement des Tunisiens, devant le ministère de l'Intérieur à Tunis. Le président Ben Ali n'en avait que pour quelques heures avant de faire définitivement ses bagages... Ce slogan, né en français en Tunisie, s'est propagé dans toute la région et est devenu le symbole de la colère populaire contre le pouvoir établi. Un véritable « mot projectile », a résumé le linguiste français Alain Rey.
L'interjection a été reprise ensuite en arabe classique (« Erhal ! », ont notamment scandé les Yéménites et les Égyptiens), même si cette traduction, note le sociologue marocain Driss Ajbali, n'exprime pas avec autant de puissance qu'en français le cri du coeur de la rue.
Le 15 janvier, les Tunisiens sont en liesse au lendemain de la fuite du président Ben Ali vers l'Arabie saoudite.
Photo THIERRY ROGE, REUTERS
La ville de Miyako, au nord-est de Tokyo, l'une des plus touchée par le tsunami
du 11 mars.
Photo MAINICHI SHIMBUN, REUTERS
(Tsunami)
En idéogrammes japonais, il est composé de deux mots : le « port » et la « vague ». Dans la réalité, c'est l'océan, réveillé par un séisme, qui
sort de son lit pour engloutir la terre. Le tsunami qui a balayé la côte est japonaise, le 11mars 2011, a laissé derrière lui plus de 23 500
morts et disparus. Le Japon, dont l'économie avait déjà du mal à se sortir de la récession, mettra des années à s'en remettre. Et la catastrophe
nucléaire évitée de justesse à Fukushima force le monde entier à reconsidérer le recours à ce type d'énergie.
(L'île extérieur)
Son nom en norvégien désigne cette toute petite île un peu éloignée des deux autres îles (Storøya et Geitøya) qui forment l'archipel du lac Tyrifjorden, à une quarantaine de kilomètres d'Oslo. Le 22 juillet 2011, après avoir fait exploser une bombe au centre-ville de la capitale, Anders Behring Breivik, équipé d'une arme semi-automatique, est arrivé à Utøya, où étaient rassemblés pour un camp d'été les jeunes militants du Parti travailliste. Bilan : 69 morts, don't 55 adolescents, et une nation bouleversée par la haine qui anime ce partisan de l'extrême droite.
Une vue aérienne de l'île d'Utøya, avant le massacre du 22 juillet.
Photo AP
(Occuper)
Avant Occupons Montréal, Occupy London et évidemment Occupy Wall Street, il y a eu Occupy Dataran. Ce square de Kuala Lumpur, en Malaysie, a hébergé le premier mouvement d'occupation populaire dans un parc urbain, le 30 juillet 2011. Les Malaysiens se sont eux-mêmes inspirés des indignés espagnols, qui ont commencé à manifester le 15 mai, qui eux-mêmes s'inscrivent dans la colère collective qui a porté le Printemps arabe. Le slogan américain « We are the 99 % » a fait mouche et traduit l'essentiel des revendications du mouvement : un meilleur partage des richesses.
À Montréal, les indignés ont campé pendant une quarantaine de jours au square Victoria, avant d'être expulsés le 25 novembre.
Photo MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE
(Pain, éducation, liberté)
Ce slogan vieux de 1973 a réapparu cette année dans les rues de la Grèce. À l'époque, les étudiants de l'Université polytechnique d'Athènes résistaient contre les colonels à la tête du pays. Cette année, à la faveur de mesures d'austérité écrasantes, les Grecs ont remis le slogan au goût du jour. « Le pain actuellement en Grèce, a expliqué cet automne un étudiant à Euronews, ce sont les salaires, les retraites, l'argent qui entre au foyer. » Des salaires inexistants pour la moitié des jeunes Grecs, qui continuent de crier leur désespoir pendant que l'Europe retient son souffle.
Un manifestant détenu par un policier lors d'une marche
à Athènes contre les mesures d'austérité.
Photo JOHN KOLESIDIS, REUTERS
(Famine, en language somali)
Elle se préparait depuis longtemps. Avec les sécheresses successives et les combats obstinés que mènent les rebelles islamistes shebab en Somalie, ce n'était qu'une question de temps avant que la famine ne pousse des centaines de milliers d'Africains de l'Est, surtout des Somaliens, sur la route de l'exil. Le 20 juillet, l'ONU a officiellement déclaré l'état de famine dans le sud de la Somalie. Dans les camps du Kenya, où ont abouti à bout de force des réfugiés de la faim, le taux de mortalité était sept fois plus élevé que celui pour lequel un état d'urgence est déclaré. Et ironiquement, en cette fin d'année, ce sont les inondations causées par des pluies anormalement élevées qui menacent les populations affaiblies...
Le 20 juillet, l'ONU déclare l'état de famine dans le sud de la Somalie.
Photo TONY KARUMBA, AFP

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