Un Montréalais parti combattre l'EI arrêté en Irak

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Gabar Tolhildan (à droite) et l'ancien soldat américain Levi Jonathan Shirley, qui a été tué le 14 juillet 2016 dans une offensive pour reprendre la ville syrienne de Manbij.

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Le groupe État islamique

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Le groupe État islamique

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Isabelle Hachey

Parti combattre le groupe État islamique (EI) en Syrie, un Montréalais ne donne plus de nouvelles depuis cinq jours, et est fort probablement détenu sous bonne garde en Irak. Le jeune homme aurait été arrêté en tentant de franchir la frontière entre les deux pays, dans la nuit de jeudi à vendredi, alors qu'il rentrait du front de Raqqa.

Connu par ses frères d'armes uniquement sous son nom de guerre kurde, Gabar Tolhildan, le Montréalais de 28 ans a été atteint à une jambe par une balle de sniper, il y a environ deux mois, lors de combats opposant les forces kurdes de Syrie (YPG) et les militants de l'EI assiégés à Raqqa, la «capitale» du califat islamique.

La Presse a pu confirmer la véritable identité du Québécois auprès de connaissances, mais a choisi de ne pas la révéler pour des raisons de sécurité. Certains combattants étrangers craignent d'être la cible de représailles des militants islamistes. Les photos que nous reproduisons ont été diffusées par Gabar Tolhildan lui-même sur sa page Facebook.

Évacué de la Syrie en raison de sa blessure, le Montréalais rentrait au Canada via le Kurdistan, au nord de l'Irak, lorsqu'il aurait été appréhendé par les forces kurdes irakiennes.

«En route pour la prison d'Erbil. Serkeftin [victoire] quand même», a-t-il écrit par texto à son amie Melihat Tat, jeudi à 17h53, heure de Montréal. Il était alors 1h53 du matin à Erbil, capitale du Kurdistan irakien. Depuis, Melihat n'a reçu aucune nouvelle de Gabar.

Elle est convaincue qu'il se trouve en prison. C'est aussi l'avis de plusieurs combattants qui ont côtoyé Gabar en Syrie. Le gouvernement régional kurde n'a pas répondu à notre demande d'information, hier.

«Affaires mondiales Canada n'ont pas reçu la confirmation qu'un citoyen canadien a été détenu en Irak, a souligné le porte-parole Philip Hannan. Le ministère s'adressera aux autorités locales pour obtenir des renseignements supplémentaires.»

Le dernier statut Facebook de Gabar Tolhildan, publié... (FACEBOOK) - image 2.0

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Le dernier statut Facebook de Gabar Tolhildan, publié jeudi, montre les cercueils des quatre derniers volontaires occidentaux à tomber sous les balles du groupe armé État islamique.

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De lourdes amendes

Gabar, qui possède également la citoyenneté française, aurait été victime de la guerre larvée que se livrent différentes factions kurdes d'Irak et de Syrie.

«Les combattants volontaires qui franchissent la frontière [pour quitter la Syrie] sont soumis à des arrestations pour violation de visa», explique Brandon Gray, un Montréalais qui s'est aussi battu dans les rangs du YPG en Syrie. «Il s'agit surtout d'extorquer de l'argent. Le YPG est obligé de payer une lourde amende pour la libération de chaque combattant.»

Gabar serait donc loin d'être le premier combattant étranger à échouer à la prison d'Erbil à son retour du front, même si son objectif n'a toujours été que d'éradiquer l'ennemi commun - et mortel - des Kurdes d'Irak et de Syrie : l'EI.

«En général, les combattants sont détenus entre deux et quatre semaines. Le riz et les haricots composent tous leurs repas et, parfois, ils sont détenus dans le même bloc cellulaire que des membres, soupçonnés ou confessés, de l'EI», affirme Brandon Gray.

Séduit par la révolution en cours au Rojava, la région autonome kurde de Syrie, Gabar a quitté Montréal le 4 février afin d'aller grossir les rangs de l'YPG. C'était la deuxième fois qu'il se rendait en Syrie pour combattre l'EI, en compagnie d'une poignée d'autres Canadiens et de quelques dizaines d'Américains et d'Européens. Sur Facebook, il cite l'intellectuel marxiste Antonio Gramsci : «Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître. Et dans ce clair-obscur surgissent les monstres.»

«En amour avec la révolution»

«La veille de son départ, il est venu chez moi. Il m'a laissé son foulard de guerre», raconte Melihat, membre de la communauté kurde montréalaise. «Il est tombé en amour avec la révolution et avec la culture, il parle d'ailleurs très bien le kurde», raconte «Çiya», un autre Québécois ayant combattu en Syrie. «Comme moi, Gabar veut défendre un nouveau modèle, qui fait la promotion du féminisme et de la démocratie directe, et qui réussit à s'établir dans l'une des régions les plus explosives du monde.»

«Gabar a un moral d'acier. Actuellement, en prison, il doit être assez calme. C'est un gars très déterminé. Trois jours après s'être pris une balle dans la jambe, il est retourné à Raqqa pour dire au revoir à son unité. Il fallait être motivé!», affirme Çiya.

Gabar a vu plusieurs étrangers mourir. L'an dernier, il a organisé une commémoration à Ottawa pour le «martyr» canadien Nazzareno Tassone, 24 ans.

Son dernier statut Facebook, jeudi, montre les cercueils des quatre derniers volontaires occidentaux à tomber sous les balles de l'EI. «Aujourd'hui, nous avons salué nos amis une dernière fois au bord du Tigre. [...] Les martyrs sont notre fierté. Nous rendrons vos noms inoubliables.»




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