Se convertir ou mourir: le calvaire de chrétiens irakiens sous le joug de l'EI

Zarifa Bakoos Daddo, 77 ans.... (Photo Safin Hamed, Agence France-Presse)

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Zarifa Bakoos Daddo, 77 ans.

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Le groupe État islamique

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Le groupe État islamique

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Safa MAJEED, Jean Marc MOJON
Agence France-Presse
Erbil

Ils ont été torturés, forcés à cracher sur un crucifix ou à se convertir à l'islam. Mais une poignée de chrétiens irakiens a miraculeusement survécu à plus de deux ans sous le joug du groupe djihadiste État islamique (EI).

Lorsque les djihadistes ont envahi la plaine de Ninive dans le nord de l'Irak en 2014, ils ont laissé le choix aux chrétiens entre se convertir, quitter les lieux ou mourir. Environ 120 000 d'entre eux ont pris la fuite.

Aujourd'hui, alors que les forces irakiennes ont repris une bonne partie de la région, ceux qui n'ont pas eu la possibilité de partir, mais qui ont survécu témoignent de ces deux années de privation et d'isolement.

Ismail Matti avait 14 ans lorsque l'EI est entré dans sa ville de Bartalla, à l'est de Mossoul. Il attendait l'arrivée de proches pour fuir avec sa mère malade, Jandar Nasi, mais personne n'est venu.

Ils ont donc tenté de partir, mais ont été refoulés deux fois par des djihadistes, qui les ont mis en prison à Mossoul.

«Il y avait plein de chiites dans la cellule voisine de la nôtre. Ils en ont pris un, lui ont tiré une balle dans la tête et ont tiré son corps devant nous», raconte-t-il.

«Ils ont averti ma mère que le même sort m'attendait si nous refusions de nous convertir. On s'est donc convertis», se rappelle Ismail, désormais accueilli dans un refuge géré par l'Église à Erbil, la capitale du Kurdistan irakien.

La mère et son fils retournent ensuite à Bartalla puis sont envoyés dans le village de Churikhan, à l'ouest de Mossoul.

«Tous nos voisins étaient de Daech», précise-t-il, en utilisant l'acronyme arabe de l'EI. «Ils venaient vérifier que je respectais bien la charia (loi islamique)». «S'ils constataient que je n'avais pas été à la mosquée pour prier, ils pouvaient me fouetter.»

Ismail sortait parfois pour recueillir de la nourriture auprès d'habitants compréhensifs, mais sa mère est toujours restée cloîtrée.

Aujourd'hui, Jandar rechigne à raconter ces deux années, mais loue l'aide apportée par son fils. «Lui, Dieu et Marie nous ont sauvés de la mort. Nous serons toujours ensemble», murmure-t-elle.

Deux ans sans sortir

Zarifa Bakoos Daddo, 77 ans, n'a elle non plus quasiment pas quitté sa maison à Qaraqosh, qui fut la principale ville chrétienne d'Irak. Elle y hébergeait une amie âgée, Badriya.

«Pendant tout ce temps, nous n'avons pas vu les nôtres, juste ces gars-là», les jihadistes, raconte la veuve illettrée. «Les plus âgés nous rassuraient en disant que nous étions comme des soeurs pour eux, mais les jeunes étaient hostiles».

Zarifa et Badriya ont été brièvement emprisonnées à Mossoul, où elles ont côtoyé des femmes divorcées ou veuves. Avant d'être reconduites à Qaraqosh.

«Un jour, l'un d'eux est venu réclamer de l'argent et de l'or. Il a enfoncé son fusil dans mes côtes en me menaçant», se rappelle Zarifa. Elle donna les 300 dollars qu'elle avait et son amie 15 carats d'or.

«Une autre fois, c'était un jeune d'environ 20, 21 ans, qui est entré pour nous dire de nous convertir. Je lui ai répondu qu'il avait sa foi et nous la nôtre.»

Alors «il m'a ordonné de cracher sur une reproduction de la Vierge Marie et sur un crucifix. J'ai refusé, mais il m'a forcée. Pendant tout ce temps, j'ai parlé à Dieu dans mon coeur pour lui dire que c'était contre ma volonté», poursuit-elle.

«J'ai su que Dieu m'avait entendue, car lorsque l'homme a essayé de brûler l'image de la Vierge, son briquet n'a pas fonctionné», précise Zarifa, déclenchant les rires de sa famille écoutant son récit.

Lorsque les forces irakiennes sont entrées dans Qaraqosh à la fin octobre, les deux femmes sont restées à l'intérieur pendant les combats. Des soldats les ont découvertes plusieurs jours après avoir repris la ville à l'EI.

Les retrouvailles avec leurs proches font oublier aux deux femmes leurs tourments. Zarifa, dont la première langue est le syriaque, retire même une satisfaction de ces deux années sous la loi des djihadistes: «Mon arabe s'est amélioré à leur contact».

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