Irak: acculé à Mossoul, l'EI attaque Kirkouk

Les forces kurdes, qui contrôlent Kirkouk, jouent un... (photo Ako Rasheed, REUTERS)

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Les forces kurdes, qui contrôlent Kirkouk, jouent un rôle dans cette offensive. « Près de 10 000 peshmergas sont impliqués dans cette opération, sur trois fronts », a indiqué le commandement des combattants kurdes dans un communiqué. Sur cette photo, l'un d'eux court à Kirkouk.

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Le groupe État islamique

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Marwan IBRAHIM, Salam FARAJ, Sarah BENHAIDA
Agence France-Presse
KIRKOUK, BAGDAD, ERBIL

Des djihadistes ont lancé vendredi une série d'attaques meurtrières dans la ville irakienne de Kirkouk où les habitants se sont réveillés au son des explosions et des louanges à la gloire du groupe État islamique (EI) scandées par les hauts-parleurs d'une mosquée.

Ces attaques apparaissent comme une tentative de diversion au cinquième jour d'une vaste offensive irakienne appuyée par une coalition internationale sur Mossoul, le dernier grand bastion du groupe extrémiste dans le nord de l'Irak.

À Kirkouk, ville contrôlée par les Kurdes irakiens, au moins 22 personnes ont péri dans des combats et des attentats suicide. Au total, une centaine de djihadistes participaient à l'attaque, dont certains portaient des gilets ou des ceintures d'explosifs, selon un haut responsable de la ville.

Les services du premier ministre irakien Haider al-Abadi ont eux annoncé des renforts pour combattre les djihadistes.

Au moins cinq kamikazes ont visé des bâtiments gouvernementaux, dont le QG de la police, tandis qu'une centrale électrique en chantier située dans la province de Kirkouk a également été attaquée. Quatre Iraniens qui y travaillaient ont été tués.

Kirkouk est située dans une région pétrolière, à un peu plus de 150 km au sud-est de Mossoul, objectif d'une offensive menée conjointement par les forces kurdes (peshmergas) et irakiennes, appuyées par les raids aériens de la coalition internationale emmenée par les États-Unis.

La route vers Mossoul et la bataille pour en déloger les djihadistes sera longue, ont déjà prévenu responsables irakiens et étrangers.

Sur le terrain, les cohortes de peshmergas légèrement armés et les convois de blindés de l'armée irakienne progressent lentement sur des terrains minés. Les djihadistes laissent derrière eux des bombes en bordure des routes et parsèment le chemin de voitures piégées conduites par des kamikazes.

Cellules dormantes réactivées

Acculé, l'EI tente désormais d'ouvrir un nouveau front et a réveillé des cellules djihadistes dormantes à Kirkouk, une ville qu'elle n'a jamais contrôlée, a affirmé à l'AFP le gouverneur de la province de Kirkouk, Najmeddin Karim.

«L'attaque d'aujourd'hui était l'un des plans du Calife de Bagdad (chef de l'EI) pour démontrer que l'EI continue à s'étendre et à réduire la pression sur le front de Mossoul», a déclaré un jeune irakien arrêté à Kirkouk et suspecté d'être membre de l'EI.

Un correspondant de l'AFP a vu à Kirkouk neuf djihadistes, «vêtus à l'afghane» et portant des grenades et fusils.

Des témoins ont entendu des explosions et des tirs toute la matinée alors que des télévisions locales ont montré des images d'affrontements dans plusieurs quartiers.

«Au moment de la prière du matin, j'ai vu des djihadistes entrer dans la mosquée Al-Mohammadi», rapporte à l'AFP Haidar Abdel Hussein. «Ils ont crié dans des haut-parleurs «Dieu est le plus grand» et «l'EI vaincra'«, poursuit cet enseignant.

«Nous travaillons sans relâche pour éliminer ces cellules terroristes», a indiqué à l'AFP le colonel Arkan Hamed, de la police provinciale. «Seule la présence de tireurs embusqués nous empêche d'en finir tout de suite».

L'un de ces tireurs embusqués a abattu un journaliste d'une chaîne locale, Ahmed Hajer Oglu, 30 ans et père de deux enfants.

L'EI, via son agence de propagande Amaq qui a revendiqué une série d'attentats suicide, affirme, lui, «attaquer Kirkouk depuis tous les axes et contrôler presque la moitié de la ville». Des allégations que témoins et responsables jugent exagérées.

Au sud de Kirkouk, à Dakouk, dans un incident séparé, 15 femmes qui participaient à des commémorations chiites ont été tuées dans un raid aérien sur le lieu de culte où elles étaient réunies. Cinquante autres ont été blessées.

De plus en plus d'attaques

Alors que l'EI se prépare à défendre Mossoul, la ville où son chef Abou Bakr al-Baghdadi a déclaré en 2014 un «califat» sur les territoires conquis en Irak et en Syrie, le groupe ne semble toutefois pas en mesure de lancer des contre-offensives terrestres d'envergure, comme il a pu le faire dans un passé récent.

«Mais ils vont de plus en plus avoir recours aux attaques terroristes et revenir à la tactique d'une organisation purement insurrectionnelle», prévient David Witty, un analyste et ancien officier des forces spéciales américaines.

Face aux djihadistes, la communauté internationale semble déterminée à faire front commun. Vendredi à Ankara, Américains et Turcs, dont les conseillers militaires sont disséminés sur différents fronts du nord irakien, se sont dits décidés à maintenir une «étroite coordination» pour «infliger une défaite durable» à l'EI.

Le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter s'est quant à lui dit confiant sur la possibilité d'intégrer la Turquie dans l'offensive de Mossoul, malgré les dissensions entre Bagdad et Ankara.

Mais avant Mossoul, peshmergas et forces irakiennes doivent encore prendre de nombreuses villes et localités. Vendredi, ils progressaient à Bartalla, ville majoritairement chrétienne à une dizaine de km à l'est de Mossoul.

Au sud, les forces irakiennes remontent par la vallée du Tigre, le grand fleuve qui arrose Mossoul, reprenant village après village, la plupart déjà désertés par leurs habitants.

Partout, des camps de déplacés se montent, couvrant de vastes plaines de tentes blanches et d'installations métalliques alors que quelque 1,5 million de civils sont toujours piégés à Mossoul.

Selon les Nations unies, seulement 5640 déplacées ont été comptabilisés durant les trois premiers jours de l'offensive mais l'ONU s'attend à ce que «le nombre de personnes vulnérables tentant de se déplacer vers des zones sûres augmente à mesure que les combats se rapprochent des zones urbaines».



4 Iraniens tués

Amaq, l'agence de propagande de l'EI, a de son côté affirmé que des djihadistes « attaquaient Kirkouk à partir de tous les axes et contrôlaient presque la moitié de la ville », mais des témoins et des responsables ont indiqué que ces allégations étaient exagérées.

Dans un communiqué, Amaq a en outre revendiqué une série d'attentats-suicides à Kirkouk et dans sa région.

Selon des responsables, au moins cinq kamikazes ont visé dans la nuit plusieurs bâtiments gouvernementaux de Kirkouk, où au moins six policiers irakiens ont été tués. Le quartier général de la police a notamment été visé.

Une centrale électrique en chantier située dans la province du même nom a également été attaquée et au moins 16 personnes y ont perdu la vie.

À l'aube, trois kamikazes ont fait irruption dans cette infrastructure à Dibis, à 40 km au nord-ouest de Kirkouk en allant vers Mossoul, et tué 12 employés irakiens et 4 techniciens iraniens, a indiqué à l'AFP le maire de la localité, Abdallah Noureddine al-Salehi. La police a confirmé ce bilan.

C'est une société iranienne qui menait le chantier sur la centrale. Un porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a confirmé la mort de quatre de ses ressortissants, selon l'agence de presse officielle Irna.

D'après le maire de Dibis, l'attaque a donné lieu à des affrontements entre les forces de sécurité et les kamikazes, dont un a été tué avant de pouvoir se faire exploser.

Alors que l'EI se prépare à défendre Mossoul, la ville où son chef Abou Bakr al-Baghdadi a déclaré en 2014 un « califat » sur les territoires conquis en Irak et en Syrie, il ne semble pas en mesure de lancer des contre-offensives terrestres d'envergure, comme il a pu le faire dans un passé récent.

« Mais ils vont de plus en plus avoir recours aux attaques terroristes et revenir à la tactique d'une organisation purement insurrectionnelle », prévient David Witty, un analyste et ancien officier dans les forces spéciales américaines.

10 000 peshmergas

Au cinquième jour de la grande offensive pour reprendre Mossoul, opération qui implique des milliers de membres des forces de sécurité et qui dispose du soutien de la coalition internationale antidjihadistes conduite par Les États-Unis, les forces irakiennes continuaient de gagner du terrain.

La ville majoritairement chrétienne de Bartalla, où les forces de sécurité ont gagné du terrain, n'est qu'à une dizaine de kilomètres à l'est de Mossoul.

Les forces kurdes, qui contrôlent Kirkouk, jouent un rôle dans cette offensive. « Près de 10 000 peshmergas sont impliqués dans cette opération », a indiqué le commandement des combattants kurdes dans un communiqué.

Au sud, les forces irakiennes remontent par la vallée du Tigre, le grand fleuve qui arrose Mossoul, reprenant village après village sans rencontrer un grand nombre de civils en fuite.

Selon les Nations unies, seulement 5640 déplacés ont été comptabilisés durant les trois premiers jours de l'offensive sur Mossoul, mais l'ONU s'attend à ce que « le nombre de personnes vulnérables tentant de se déplacer vers des zones sûres augmente à mesure que les combats se rapprochent des zones urbaines ».

La communauté internationale s'inquiète notamment du sort des quelques 1,5 million de civils piégés à Mossoul, où entre 3000 et 4500 djihadistes seraient retranchés et pourraient s'en servir comme boucliers humains.

15 femmes tuées dans un raid aérien près de Kirkouk

Quinze femmes ont été tuées vendredi dans un raid aérien qui a visé un lieu de culte chiite près de la ville de Kirkouk, dans le nord de l'Irak, ont indiqué des responsables locaux et de santé.

« Quinze femmes ont été tuées et cinquante autres blessées dans un raid qui a visé un lieu de culte chiite où se déroulaient une cérémonie religieuse à Dakouk », à 50 kilomètres au sud de Kirkouk, a affirmé à l'AFP le chef du conseil local, Amir Houda Karam, précisant que le raid avait eu lieu vers 17 h (10 h à Montréal).

Abbas Moustafa Daqouqi, médecin à l'hôpital de Dakouk, a confirmé ce bilan.

Les chiites commémorent actuellement la mort de l'imam Hussein, qu'ils révèrent, tué en 680 lors de l'un des événements fondateurs du schisme entre musulmans sunnites et chiites.

Ces commémorations incluent des cérémonies non mixtes, au cours desquelles hommes et femmes se regroupent.

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