Dans les rues désertes de Mossoul, la fumée avant le feu des armes

Sur cette photo prise depuis le village de... (photo SAFIN HAMED, AFP)

Agrandir

Sur cette photo prise depuis le village de Shaqouli, situé à 35 kilomètres à l'est de Mossoul, des colonnes d'une fumée noire s'élèvent du bastion de l'EI, alors que les forces irakiennes ont lancé leur offensive pour reprendre la deuxième ville du pays des mains des djihadistes, le 18 octobre.

photo SAFIN HAMED, AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Le groupe État islamique

International

Le groupe État islamique

Consultez notre dossier sur le groupe djihadiste État islamique. »

Jean Marc MOJON
Agence France-Presse
BAGDAD

D'épais nuages de fumée noire enveloppent les rues désertes de Mossoul, où l'espoir suscité par la fin possible du règne djihadiste le dispute à la peur de la guerre qui se rapproche, explique à l'AFP un habitant piégé dans la deuxième ville d'Irak.

Un convoi des Forces de sécurité irakiennes avance... (photo REUTERS) - image 1.0

Agrandir

Un convoi des Forces de sécurité irakiennes avance à Qayyarah, au sud de Mossoul, en route pour le bastion de l'EI, le 18 octobre.

photo REUTERS

Au lendemain du lancement d'une opération militaire pour reprendre au groupe État islamique (EI) son dernier bastion irakien, les djihadistes tentent de se protéger des frappes aériennes de la coalition internationale.

« L'atmosphère est étrange, le ciel est en permanence obscurci par les fumées noires des pneus que les djihadistes ont enflammés », raconte par téléphone Abou Saïf, 47 ans.

« Il y a aussi la fumée de l'huile que Daech fait brûler dans les tranchées qu'il a creusées autour de la ville pour se mouvoir en toute discrétion », décrit-il en utilisant un acronyme en arabe de l'EI.

Selon lui, les rues de cette métropole du nord de l'Irak, coupée en deux par le fleuve Tigre et où résident environ 1,5 million de personnes, sont vides. Civils et combattants sont calfeutrés.

« Les gens restent à la maison depuis le début des frappes (lundi) » de la coalition internationale menée par les États-Unis, assure Abou Saïf, qui réside dans l'est de Mossoul.

« On dirait que de nombreux djihadistes ont déjà quitté ce côté de la ville et traversé le fleuve » vers l'ouest de la ville, dit-il.

Il explique aussi avoir entendu des frappes aériennes et des explosions venant de Bartala, une ville chrétienne à l'est de Mossoul vers laquelle avancent actuellement les forces de sécurité irakiennes et les combattants kurdes.

Selon des sources militaires, l'est de Mossoul devrait être significativement plus facile à reprendre que sa moitié ouest, considérée comme le vrai repère des djihadistes dans cette ville où ils ont déclaré en juin 2014 leur « califat » sur les portions de territoires conquis en Irak et en Syrie.

« Mais ils ont encore beaucoup de tireurs embusqués placés sur des positions en hauteur (dans l'est de la ville) et on sait que de nombreuses voitures piégées sont prêtes et qu'ils ont installé des bombes partout au bord des routes », assure Abou Saïf.

Multiples exécutions

Ce père de trois enfants, désormais au chômage après avoir été cadre dans une société, a réussi à organiser la fuite de sa famille plus tôt cette année.

Il dit qu'à Mossoul, les gens autour de lui sont partagés entre la joie d'une libération du joug djihadiste et la peur de ne pas survivre aux affrontements et aux exactions qui se préparent, même si les forces de sécurité pourraient mettre plusieurs semaines, voire des mois, à atteindre Mossoul même.

« Au fond de nous, on est contents, car on est sur le point d'être secourus, mais on a peur que Daech perpètre des actes de vengeance contre la population », confie-t-il.

Ces derniers mois, à mesure que l'opération sur Mossoul se précisait, les combattants de l'EI ont procédé à de multiples exécutions, y compris de certains de leurs membres, accusés d'espionnage ou de collaboration avec les forces progouvernementales.

Deux personnes ont été mises à mort près d'une école pas plus tard que dimanche, relève Abou Saïf.

« On craint également toutes ces bombes qui tombent du ciel, ajoute-t-il. Des gens se sont remis à utiliser les abris de la guerre contre l'Iran dans les années 1980 », explique-t-il. « D'autres vivent dans leur sous-sol, notamment dans la vieille ville où les maisons ont des caves. »

Selon Abou Saïf, certaines familles emménagent ensemble dans une même maison pour se sentir plus en sécurité et optimiser l'utilisation des réserves déclinantes de nourriture et d'électricité.

« Les gens cachent leurs possessions, de peur que Daech les vole dans leur fuite ou que des émeutes et des pillages éclatent après la libération », explique-t-il aussi.

Partager

À découvrir sur LaPresse.ca

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer